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TIFINAGH : “ Une écriture qui existait 3000 ans avant J.C”
Du 02 au 08 janvier s’est tenu à l’IRSH d’Agadez, un séminaire sur la transcription de la langue tamajaq en langues latines. Nous avions à ce propos rencontré le coordonnateur du Projet Développement Intégré Amataltal (PDIA) El Hadj
GHABDOUANE Mohamed, un ancien instituteur à la retraite, l’un des initiateurs du séminaire.
RACINES : Dites nous Monsieur GHABDOUANE, dans quel cadre s’inscrit la présente formation ? GHABDOUANE Mohamed : Je vous remercie de me donner l’opportunité de parler de cette formation qui porte sur la langue tamajaq, la grammaire et la phonétique. La présente formation s’inscrit dans le sens de l’arrêté N° 0214 MEN/SPCNRE du 19 octobre 1999 du ministère de l’éducation nationale à travers son secrétariat permanent de la commission nationale pour la reforme de l’enseignement et le plan de scolarisation précisément, fixant l’orthographe de la langue tamajaq. Cet arrêté a pour objectif d’harmoniser et fixer l’alphabet tamajaq à compter de la date de sa signature, en particulier sur la transcription des lettres en langues latines. Nous avions alors jugé utile d’organiser le présent séminaire à l’intention des enseignants des écoles bilingues. Ainsi, pendant la semaine qu’a duré le séminaire, les représentants de ces écoles se sont retrouvés pour harmoniser les différentes écritures du tamajaq, en quoi réside l’objectif du séminaire qui il faut le rappeler a réuni une cinquantaine de participants dont des linguistes de l’université de Niamey, des représentants de l’INDRAP, les enseignants de toutes les écoles bilingues et les membres de l’association pour la promotion des tifinagh (APT).
RACINES : A combien estimez vous approximativement le nombre des personnes lettrées en tifinagh ? GHABDOUANE Mohamed : Dans chaque famille Touarègue, il y a au moins une ou deux personnes qui écrivent le tifinagh. On estime à peu prés à cinq cent mille (500 000) le nombre de personnes lettrées en tifinagh au Niger. Ce savoir se transmet comme vous le savez de père en fils le plus souvent. Je l’ai personnellement appris avec les enfants de mon âge à huit ans à travers de petites correspondances d’amour, de salutation, ou autres lettres amicales, etc. et depuis j’écris en tifinagh. Actuellement certaines de mes correspondances confidentielles adressées aux parents ou aux amis sont rédigées en tifinagh et la compréhension ne pose aucun problème.
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RACINES : Est-ce un ensemble de lettres comme l’alphabet arabe, français ou des figurines comme les hiéroglyphes que l’on met côte à côte pour avoir un son ? GHABDOUANE Mohamed : Selon les historiens, le tifinagh date de trois mille ans avant Jésus Christ, il existe des gravures rupestres qui l’attestent. Cette écriture a existé bien avant l’écriture arabe et les hiéroglyphes. Il y a des lettres et des signes dans l’alphabet. Actuellement, dans tous les pays ou le tifinagh est utilisé, les gens sont en train de s’organiser.
RACINES : Les gens s’organisent pour uniformiser les caractères dans ces pays? GHABDOUANE Mohamed : C’est juste. Et ce souci d’harmonisation existe dans tous les pays où le tamajaq est parlé. Je parle des pays riverains du grand Sahara tels que le Mali, l’Algérie, la Libye, et mêmes la Tunisie et le Maroc. Certains Etats sont en avance sur d’autres, mais retenez qu’il existe depuis 1992 un répertoire informatique appelé UNICODE où se trouvent les caractères de toutes les langues du monde. Le tifinagh a été introduit seulement en 2004 par un institut berbère Marocain IRCAM. Là encore, certains caractères utilisés au Niger et au Mali ont été omis. Comme vous le savez, le 31 janvier 2007 madame Chantal Enguehard enseignante chercheur à l’université de Nantes était venue ici même à Agadez pour recueillir les avis et compléter la proposition de IRCAM. Je n’ai plus de ses nouvelles personnellement, mais certains m’ont dit qu’ils sont restés en contact avec elle après la conférence d’Agadez. Je pense qu’actuellement, les choses sont en bonne voie quant à l’harmonisation pour que partout dans le monde que le tifinagh s’écrive de la même façon. C’est dans un souci d’harmonisation de la transcription dans tous les dialectes tamajaq que nous tenons toutes ces réunions car cette écriture est un patrimoine du peuple Touareg il faut donc non seulement que nous la revalorisions et la redynamisions, mais aussi que nous l’harmonisions.
RACINES : Quelles sont les conclusions de cette formation? GHABDOUANE Mohamed : C’est d’abord une formation qu’il faut beaucoup saluer. Saluer ceux qui l’ont initié, saluer surtout ceux qui l’ont financé. Il s’agit ici de l’ONG Danoise GTU, elle-même financée par la DANIDA en vue d’harmoniser l’enseignement de la langue tamajaq dans les écoles bilingues. Il faut également saluer et féliciter tous ceux qui ont participé à ce séminaire. C’est un travail remarquable qui a été abattu ici. Une semaine durant, les participants ont discuté à travers des débats extrêmement riches. Et je ne doute pas qu’au sortir de ce séminaire, que toutes les écoles bilingues vont en tirer profit. Et c’est cela l’objectif du séminaire, c'est-à-dire que tout le monde enseigne la même chose et partout.
RACINES : Avez-vous un dernier mot à dire sur le tifinagh ? GHABDOUANE Mohamed : Comme je vous l’avais dis plus haut, le tifinagh est une très ancienne écriture. Elle n’est pas en péril contrairement à ce que pensent certains. Il y a beaucoup de chercheurs qui travaillent sur le tifinagh. Personnellement j’ai fait plus de 27 années de recherches avec le professeur Karl, un ancien recteur de l’université de Copenhague, spécialiste des langues berbères. Il travaille sur les langues berbères depuis plus de 50 ans maintenant. Il a beaucoup écrit sur la transcription en tamajaq, sur le tifinagh, sur l’histoire des berbères. Il a beaucoup fait aussi pour que le tifinagh ne se perde pas ou que ne s’oublie pas, et je pense bien que tifinagh ne sera pas oublié vu tout ce qui est en train d’être fait pour le revaloriser, car c’est un patrimoine extraordinaire qu’il ne faut pas laisser aux oubliettes. On doit le préserver et l’enrichir.