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"L'école nigérienne aurais une bouffée d'oxygène...” Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
A quelques jours de la commémoration de la semaine de l'Education pour tous (EPT) pouvez-vous nous faire l'historique du syndicat des enseignants, qui est un des acteurs principaux du secteur  de l'éducation?

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M. Kassoum Issa
Le syndicat national des Enseignants du Niger, qui est l'un des plus vieux syndicats de notre pays pour avoir été créé avant la République, c'est-à-dire en 1955, est un syndicat qui continue à regrouper les enseignantes et enseignants, du préscolaire au primaire, et du secondaire premier et second cycles. Cette formation est toujours restée autour d'un certain nombre d'axes prioritaires par rapport à ses missions traditionnelles. Et il faut comprendre ces missions à travers ses statuts et textes réglementaires pour mieux expliquer ou justifier les agissements du SNEN et ses positions par rapport à la question de l'Education et à l'Etat de droit. En effet, la première mission est la défense et la promotion de la démocratie et de l'Etat de droit. Aussi, du Bureau exécutif national aux sections, chacun a une mission fondamentale, celle de préserver les objectifs assignés à la lutte syndicale.

Raison pour laquelle vous pouvez nous retrouver par rapport à la question des passe-droits vis-à-vis d'un enseignant, des conditions salariales des contractuels ou des fonctionnaires, ou par rapport à la question de l'environnement pédagogique dans lequel on devrait mettre enseignants et élèves pour qu'ils puissent correctement travailler. De la même manière, nous parlons de la qualité de l'éducation, de la qualification des enseignants, donc nous parlons du Programme décennal de l'éducation en termes de politique éducative. En même temps, quand vous nous voyez sur des questions de démocratie et de l'Etat de droit, c'est lorsque il y a menace par rapport à certaines libertés fondamentales, et que le SNEN se mêle à la Société civile pour défendre ces valeurs, parce que ce sont des missions cardinales que nous nous sommes assignées dans nos textes fondamentaux.

Quelles sont les mutations connues par le SNEN de sa création à aujourd'hui ?

Il faut dire tout de suite que le Niger ne peut pas rester en marge des mutations du monde. Il va de soi que tout le contenu de l'Etat change. Vous savez que l'école publique était menacée par la politique internationale avec la mondialisation néolibérale du fait des réductions drastiques des différents budgets alloués aux secteurs sociaux de base, dont l'éducation. Et cette politique internationale a aussi ses répercussions sur le niveau micro que nous représentons en tant qu'organisation de la Société civile du secteur de l'éducation. D'abord, la première situation à laquelle nous avons été confrontés en terme de mutation, c'était lorsque le gouvernement a cessé d'apporter son soutien aux élèves par rapport au système des internats, des allocutions et des bourses. Cette question a perturbé les établissements scolaires ; ce qui ne peut nous permettre de faire face à notre mission. Par rapport aux enseignants eux-mêmes, on a diminué leur temps de formation, ce qui ne nous permet pas également d'avoir une bonne qualification pour réagir promptement à la nécessité du marché de travail. Il y a également la réduction drastique des budgets alloués à l'éducation qui fait que les encadreurs pédagogiques ne sont pas suffisants à l'échelle nationale, et n'ont pas les moyens pour assurer leur mission, en terme de matériels didactiques et de formation continue pour d'affronter la mondialisation avec tout ce qu'elle apporte comme modernité dans le secteur de l'éducation.

L'autre aspect de ces mutations, c'est que la grande majorité des enseignants est composée de jeunes et de volontaires n'ayant même pas la formation requise pour faire leur travail. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que ces derniers aient un minimum de profil et qu'ils soient dans de bonnes conditions, étant donné que leur statut ne leur permet pas d'avoir une rémunération conséquente pour les mettre à l'abri du besoin. Au congrès de Zinder, le SNEN a réfléchi en vue d'un transfert de ressources conséquentes à toutes les sections réparties à travers le pays car, le SNEN, à l'instar des autres partenaires, est responsable et comptable du devenir de l'école nigérienne. Et c'est d'ailleurs pourquoi, dans le cadre de la gestion du PDDE, nous imposons notre implication effective au lieu qu'on nous l'impose dans l'élaboration des politiques, dans sa mise en oeuvre et le suivi-évaluation.

Quelles sont alors les actions concrètes entreprises par le SNEN dans le sens de l'amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants ?

Pour un syndicat, la première des choses, c'est de rassurer ses militantes et militants dans un mouvement de solidarité à l'interne et aussi à l'endroit des autres couches sociales, notamment les élèves dont nous avons en charge l'éducation et la formation, les parents d'élèves qui n'ont même pas les moyens de prendre en charge des répétiteurs. Entre autres efforts, je peux citer la formation sur la gestion du système éducatif dans le cadre duquel nous avons entrepris une vaste campagne et produit des outils pour sensibiliser enseignantes et enseignants, élèves et parents, tout ce qui peut constituer un facteur de violence à l'école et sur les moyens à mettre en oeuvre pour faire de l'école un cadre où chacun peut travailler dans la quiétude. En outre, le SNEN a été le premier syndicat à vulgariser la loi d'orientation du système éducatif nigérien dont elle a reproduit le texte en format A3 pour l'envoyer dans ses 72 sections. En fait, beaucoup d'actions et de productions ont été réalisées dans le sens de l'amélioration constante et continue de l'école nigérienne. Par exemple, nous avons un projet intitulé ''combattre le sida par l'école'' introduit dans tout l'enseignement secondaire et bientôt dans les systèmes éducatifs au niveau du primaire et des collèges pour une durée de 6 ans. A cela s'ajoutent l'éducation environnementale pour la santé, l'alphabétisation non formelle à l'endroit des victimes de la déperdition scolaire, la création de centres pédagogiques informatiques pour initier les enseignants à l'informatique et à la navigation sur internet. Pour le moment, nous avons deux centres opérationnels à Niamey et à Agadez.

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Aujourd'hui encore, certaines écoles sont sous paillote. Quelle est la position du SNEN face à cette situation ?

En 2003, nous étions la première organisation de la société civile à tirer la sonnette d'alarme par rapport à la question. Il est vraiment inquiétant de voir le nombre de classes sous paillote qui est entrain d'équivaloir au nombre de classes en matériaux définitifs. En effet, on dénombre plus de 12 000 classes sous paillote au Niger, ce qui est intenable. Les communes qui devraient s'en occuper ne le font plus. Si bien qu'à chaque rentrée scolaire, nous nous retrouvons avec des classes sous paillote, ce qui ne crée pas des conditions optimales pour les activités pédagogiques dans nos écoles.

Les conditions climatiques ne permettent pas de sécuriser élèves et enseignants dans ces classes où déjà au mois de mai, avec la mousson, la situation est inacceptable.

Selon vous, qu'est-ce qu'il faut concrètement faire pour que l'école nigérienne retrouve sa crédibilité d'antan?

A ce niveau se posent plusieurs paramètres. Il faut que l'Etat se dote des ressources humaines nécessaires et capables. Etant donné que la retraite anticipée (30 ans) de service a tellement affecté notre système éducatif que lorsque vous allez au Ministère en charge de l'Education, vous serez sidérés par le nombre d’appelés du Service civique et de stagiaires qui gèrent les postes. Il faut donc qu'il y ait des ressources pouvant nous ramener à une gestion saine, démocratique et réfléchie, des ressources capables de conduire une réforme. La deuxième chose concerne l'arbitrage budgétaire au niveau de l'Assemblée nationale, l'effectivité des ressources allouées à l'éducation, dont le Niger s'est engagé, à l'instar de tous les Etats, à mettre au moins 20% de ses ressources dans l'Education, dont 50% pour l'éducation de base. Si les députés nationaux arrivent à accepter, surtout à l'image de la déclaration du Premier ministre qui avait dit que l'éducation sera l'une de ses premières priorités, c'est bon. Nous attendons également un apport annuel de la Banque Mondiale d'environ 49 à 50 milliards, mais il faut que le Niger remplisse certaines conditions.

A cela viennent s'ajouter les ressources des PPTE qui doivent être consacrées à hauteur d'au moins 42% à l'éducation… Bref, une fois que toutes ces ressources présentes ou attendues auront été injectées, avec la création potentielle d'un fonds national pour l'Education, l'école nigérienne aura une bouffée d'oxygène. Par ailleurs, nous ne pouvons pas minimiser tous les efforts que les enseignantes et enseignants fournissent pour sauver l'école nigérienne.

Réalisée par Dubois Touraoua

18 Avril
Publié le 18 Avril 2008
Source: Sahel Dimanche

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