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En ce début du XXIème siècle, alors que les technologies modernes se développent et se répandent rapidement, que plusieurs sociétés sont déjà arrivées à garantir quasi totalement
l'éducation de base pour tous afin d'être aux différents grands rendez-vous de l'histoire (la réalisation les objectifs du millénium par exemple), au Niger près de la moitié des enfants n'ont pas encore accès à l'école et, parmi ceux qui y ont la chance d'aller, nombreux sont précocement déscolarisés.
En outre, la majorité des adultes sont analphabètes. Autrement dit, d'innombrables enfants, jeunes et adultes n'arrivent pas à acquérir les connaissances et compétences, les aptitudes et attitudes fondamentales leur permettant de comprendre leur environnement et d'interagir avec lui afin de participer plus efficacement au développement économique, politique, sociale et culturel de celle-ci. D'où la nécessité d'intensifier les actions d'alphabétisation, les actions de création d'écoles coraniques rénovées et les actions de formation professionnelle des jeunes et des adultes alphabétisés. Il faut comprendre que sans l'introduction d'importantes modifications du système scolaire, la baisse de la qualité de l'éducation, le redoublement, l'abandon, des phénomènes qui, loin de faiblir, iront s'accentuant, ainsi que leurs corollaires, l'illettrisme et l'analphabétisme. Pour infléchir la tendance actuelle et s'assurer que nous sommes engagés dans la bonne voie vers l'éducation pour tous, les prochaines années doivent être celles d'efforts renouvelés, coordonnés et soutenus. C'est d'ailleurs dans cet esprit que, soucieuse de l'amplitude et de la complexité du défi, l'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé la " Décennie des Nations Unies pour l'alphabétisation " pour la période 2003-2012 comme faisant partie des efforts globaux vers l'Éducation pour tous. Dans la même optique, l'Assemblée des Nations Unies réaffirme que " l'alphabétisation pour tous est au coeur de l'éducation de base pour tous et qu'il est indispensable de créer des environnements et des sociétés alphabétisées pour parvenir à éliminer la pauvreté, réduire la mortalité infantile, freiner l'expansion démographique, instaurer l'égalité entre les sexes et assurer durablement le développement, la paix et la démocratie." Toujours est-il qu'aussi bien les autorités politiques que les partenaires au développement reconnaissent qu'au Niger, l'éducation en général, et particulièrement l'éducation non formelle et l'alphabétisation, souffre d'une importante ambivalence. D'une part, elles sont considérées comme indispensables pour le développement des ressources humaines dans un pays où tout le monde n'a pas encore la chance d'accéder à l'école ou d'achever son cycle scolaire de base. De l'autre, malgré les efforts déployés par les uns et les autres, force est de reconnaître, qu'aujourd'- hui encore l'éducation non formelle et l'alphabétisation sont réduites au statut de parent pauvre du système éducatif national et, eu égard, ne bénéficient pas toujours de l'attention et des ressources conséquentes qu'elles méritent. Pourtant, les autorités politiques ont inscrit le Niger dans la mouvance internationale et sous régionale de l'éducation pour tous en faisant siens les objectifs de développement pour le millénaire en matière d'éducation. Paradoxalement, semble-t-il, qu'en 2007 sur les 20% du budget national alloué à l'éducation, seulement 14% de cette quotte part a été effectivement mobilisé et, pire, sur ces 14% de ressources obtenues à peine 2% est injecté dans le domaine de l'éducation non formelle et de l'alphabétisation, contrairement au Burkina, Mali et Sénégal où 3 à 5% des ressources de l'éducation revient à ce sous-secteur. Par ailleurs, dans le cadre des fonds PPTE, l'engagement est pris au Niger d'investir 40% de ces fonds pour accélérer le développement de l'éducation de base. Mais dans la pratique, le secteur de l'éducation a bénéficié à peine de 25% de ces fonds et sur les 25%, l'éducation non formelle et l'alphabétisation, fort tristement, n'ont presque gagné aucune part. Cependant, l'espoir est permis car, il parait qu'un engagement est pris dans le cadre du Programme spécial du Président de la République pour investir substantiellement, très prochainement, dans l'alphabétisation et la formation des femmes et des jeunes. En 2007-2008, le sous-secteur l'éducation non formelle et alphabétisation a plongé dans l'assombrissement avec la fin du programme de développement de l'éducation non formelle (PRODENF) à travers lequel sont financés des projets d'alphabétisation des ONG et associations ainsi que certaines actions des services de l'alphabétisation de l'Etat. Malheureusement, le fonds de l'éducation non formelle et de l'alphabétisation qui devait le remplacer et constitué l'outil principal de financement des actions n'a toujours pas vu le jour. Au Burkina, ce type d'instrument est en place depuis 4 ans et il arrive à mobiliser annuellement en moyenne 3 milliards de FCFA au bénéfice de l'éducation non formelle et de l'alphabétisation. Aussi, on constate que de nos jours les programmes/ projets de développement comportent de moins en moins des composantes éducation non formelle et alphabétisation au bénéfice des groupes cibles. On a l'impression que les bailleurs de fonds qui s'intéressent à la question de l'éducation non formelle et de l'alphabétisation deviennent de plus en plus rares. Pourtant les résultats produits en la matière ont connu des ascensions : la fréquentation des centres d'alphabétisation s'est améliorée (en moyenne 80%), les taux de réussite se sont accrus (en moyenne 60%), les abandons ont connu une baisse considérable (en moyenne 10%) et des alphabétisés qui se servent des connaissances et compétences acquises pour améliorer leur propre vie et celle de leurs communautés. Nous ne comprenons donc pas pourquoi on tend à accorder une faible importance à la formation de la grande masse des citoyens nigériens, encore analphabète ou faiblement instruite, formation qui peut que se réaliser essentiellement qu'à travers l'éducation non formelle et l'alphabétisation. En outre, nous ne comprenons pas comment on veut faire du développer sans passer par l'éducation des populations. En tout cas, aucun pays dans le monde n'est arrivé à se développer sans pour autant mettre l'accent sur l'éducation de sa population. Un éminent président chinois ne disait-il pas : " après le pain et la santé, l'éducation est le premier besoin du peuple " Cette triste situation de l'éducation non formelle et de l'alphabétisation ouvre les discussions et interpelle les acteurs de l'éducation à savoir les décideurs politiques, les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers sur la nécessité de repositionner ce sous-secteur sur l'échiquier des stratégies à déployer pour lutter contre la pauvreté, l'exclusion et créer les conditions permettant à la grande masse des populations de jouer leur rôle dans le processus de développement socio-économique du Niger. Au fait, l'allocation de ressources plus équitables constitue un des aspects d'une reconnaissance véritable de l'éducation non formelle et l'alphabétisation. Il est essentiel pour les décideurs et leaders (les élus du peuple, les membres du gouvernement, les autorités régionales, sous-régionales et locales) de s'en convaincre, de convaincre l'ensemble des partenaires techniques et financiers d'investir substantiellement et durablement dans l'éducation non formelle et l'alphabétisation. Recommandations et mesures d'urgence de repositionnement de l'éducation non formelle et l'alphabétisation Le forum international sur l'éducation non formelle et l'alphabétisation, initié par le Centre d'Etude et de Coopération International (CECI) et le Ministère de l'Education Nationale, tenu à Niamey en janvier 2007 et qui a regroupé une centaine de participants du Canada, du Maroc et de 5 pays de la sous-région (Burkina, Guinée, Mali, Niger, et Sénégal) a formulé les recommandations essentielles suivantes : Aux pays participants au Forum, de consacrer au secteur de l'éducation non formelle et de l'alphabétisation au moins 5% du budget alloué à l'éducation; Aux pays du Sud, d'allouer une partie importante des fonds reçus sur les remises de dettes (fonds des Pays Pauvres Très Endettés-PPTE) en faveur de l'ENF; Aux partenaires techniques et bailleurs de fonds, de cibler des appuis budgétaires en faveur de l'éducation non formelle/alphabétisation dans le cadre des approches programmes ; à tous les acteurs, de mettre en place des structures paritaires et durables pour le pilotage et la gestion des ressources allouées au secteur de l'ENF (genre le fonds pour l'alphabétisation et l'éducation non formelle au Burkina Faso (FONAENF) ; à l'Etat nigérien et les autres acteurs de l'éducation de travailler à ériger le Centre de formation des cadres de l'alphabétisation de Niamey en centre s régional de formation en éducation non formelle et alphabétisation. Pour notre part, nous suggérons les mesures d'urgence suivantes de repositionnement de l'éducation non formelle et l'alphabétisation au Niger : le soutien politique du l'assemblée nationale, du gouvernement, des élus locaux au sous-secteur de l'éducation non formelle et de l'alphabétisation; l'accélération du processus de mise en place du fonds de l'éducation non formelle de la part du Ministère de l'Education Nationale et ses partenaires techniques et financiers ; la prise en compte de l'éducation non formelle et de l'alphabétisation des femmes et des jeunes dans le cadre du Programme Spécial du Président de la république ; la prise en compte de l'éducation non formelle et l'alphabétisation dans tous les programmes de développement local ; l'allocation de ressources par les communes pour la réalisation d'actions d'éducation non formelle et d'alphabétisation. Nous osons espérer que la plaidoirie exprimée ici, comme toutes les autres plaidoiries présentées en faveur de l'éducation dans le cadre de la semaine mondiale d'action, édition 2008 seront entendues des autorités nigériennes et de tous les partenaires au développement. Mme Fodi Halimatou (Coalition nationale pour l'Education pour Tous) 28 Avril Publié le 28 Avril 2008 Source: Le Sahel
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