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Les ''makaranta'' ou écoles d'enseignement coranique, une amorce de modernisation
Il y a quelques années encore, les écoles coraniques connues sous le nom de " makaranta " donnaient leurs enseignements dans un cadre traditionnel. Le marabout et ses talibés
s'installaient généralement dans un coin de quartier sous un hagard, si ce n'est à l'ombre d'un arbre. Dans ces écoles, la natte et la peau de mouton remplacent le table-banc.
Au cours de la séance, le maître, communément appelé ''Mallam'', veillait sur les élèves qui lisent à haute voix, dans la mêlée leurs leçons écrites sur des tablettes. L'enseignement est centré sur la lecture et la mémorisation du Saint Coran. A l'époque, peu de citadins s'y inscrivaient. Les élèves dans leur grande majorité sont des enfants confiés au marabout par leurs parents. N'ayant personne sur qui compter en ville, ils sont contraints de s'adonner à la mendicité, un phénomène longtemps décrié par les garants de l'éducation, tant les travers de cette pratique sont manifestes. Selon Abdoul Karim, fondateur d'une de ces écoles, c'est à partir des années 1990 que s'ouvrent à Niamey les " makaranta ". Dans beaucoup de ces écoles, en enseigne les premiers rudiments des différentes matières en donnant à l'élève une culture islamique plus générale. Avec cette nouvelle donne, les parents sont de plus en plus nombreux à inscrire leurs enfants aux " makaranta " qui offrent ainsi aux élèves de ''l'école moderne'' l'opportunité d'apprendre les week-ends et pendant les vacances. Ousseini Massalacthi, directeur de l'école ''Riyad sounna'' affirme avoir commencé avec une cinquantaine d'élèves à l'ouverture de son école. " Aujourd'hui, nous accueillons et encadrons dans notre makaranta, environ 600 élèves répartis dans dix classes ", souligne-t-il.
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Force est de constater que de nos jours, ces écoles dénommées ''makaranta'' sont de plus en plus organisées. Ainsi, dans certaines de ces écoles bien structurées, les élèves ignorent les rudes épreuves endurées par les talibés. En effet, il y en a qui pratiquent l'internat pour bien encadrer et former les élèves à la mémorisation du Saint Coran. Elles offrent aussi une formation dans divers domaines de la science islamique. Ce qui fait dire à certains que, du point de vue éducatif, si le recensement tenait compte de ce genre d'enseignement dans le calcul des indicateurs, notre rang serfait devantage honorable dans le classement des pays.
Zoubeirou Mahamane
Lire aussi : Une vie de Talibé
Depuis quelques années, le nombre de talibés (disciples de l'école coranique) errant dans les rues augmente dans les villes et villages de notre pays. C'est du reste la preuve supplémentaire que l'Islam est une religion fortement ancrée au Niger. Les talibés sont généralement des enfants mineurs, remis par leurs parents à un marabout du village qui se chargera de leur enseignement et de leur encadrement. Si certains de ces enfants fréquentent parallèlement l'école dit moderne, d'autres n'y ont jamais mis les pieds. Leur éducation, c'est le maître coranique qui s'en charge. Mais, de plus en plus, ce type d'enseignement rencontre pas mal de problèmes…
Le marabout du village, cet éducateur très respecté et incontesté dans nos milieux, amène généralement l'enfant loin de chez lui, sous prétexte de pouvoir l'éduquer beaucoup plus facilement. Seulement voilà, dans nombre de cas, étant donné que l'enfant est soumis au maître marabout, ce dernier va l'utiliser à d'autres fins, comme par exemple aller mendier pour amener de l'argent au maître.
Cela n'est pas sans conséquence sur l'avenir des enfants talibés qui, pour la plupart, se retrouvent tous les jours aux feux optiques et dans les différents marchés de la ville pour mendier ou pour s'adonner à toute autre activité leur permettant de réunir les fonds exigés par le maître. A la question de savoir pourquoi les écoles coraniques traditionnelles persistent encore à garder cette pratique qui consiste à éloigner l'enfant loin du bercail (alors que s'offrent de plus en plus des voies et moyens modernes facilitant l'éducation de l'enfant à domicile), un marabout a répondu que l'expérience a montré que l'enfant loin de ses parents est très facile à soumettre et à éduquer. Ce qui est sûr, c'est que les talibés sont très nombreux à Niamey. C'est le cas du jeune Djibrilla, un de ces petits talibés venus de Banibangou et qui vit au quartier Golfe. Je vis de la mendicité nous a-t-il confié et nous sommes nombreux dans cette situation.
Ils vont de porte à porte, un récipient entre les mains pour implorer la grâce des ménages en récitant des versets coraniques. Au retour, certains ménages leur offrent le reste de leurs repas. Ces ''nécessiteux'' dont la charge revient à la communauté tout entière guettent aussi les passants, les lieux d'attroupement pour quémander, ou tout simplement, ils vont chez les vendeuses d'aliments pour ramasser les restes de repas. Ils sont là, le regard pitoyable, prêt à se ruer sur vous dès que vous bougez votre main ou tâtez votre proche. " Nous fréquentons tous les endroits où se rassemblent les gens et nous tendons la main même aux passants " affirme le petit Issoufou originaire de Tabotaki (Filingué).
Par ailleurs, lorsqu'on jette un regard sur leurs lieux d'habitation ou sur les habits qu'ils portent, on peut dire qu'il n'y a aucune mesure d'hygiène dans le milieu des talibés. Les aliments qu'on leur donne sont parfois avariés. Ces petits enfants ont tout de même l'esprit de communion. Ils marchent ensemble en groupes, partagent entre eux ''la manne'' reçue et affrontent ensemble le danger. Harouna Hafizo
21 Février Publié le 21 Février 2008 Source: Le Sahel