mardi, 07 octobre 2014 04:39

« Par l’Afrique, pour l’Afrique ? ». Industrialisation et intégration pour une croissance inclusive.

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Afrique IndustrialisationAprès les indépendances dans les années 60, les pays africains ont pour la plupart consacré leurs énergies et leurs moyens à la mise en place d’un système administratif solide, d’une véritable gouvernance politique et de modes de gestion modernes de leurs ressources naturelles.

Après les indépendances dans les années 60, les pays africains ont pour la plupart consacré leurs énergies et leurs moyens à la mise en place d’un système administratif solide, d’une véritable gouvernance politique et de modes de gestion modernes de leurs ressources naturelles. Cela dit, l’Afrique postcoloniale a largement vécu sur un modèle privilégiant l’aide publique au développement. Elle a été le champ d’expérimentation de théories économiques variées qui ont valorisé soit les industries lourdes, soit l’agriculture, soit les deux activités en même temps sans aboutir à des résultats probants.

Après la fin de la guerre froide, la chute du mur de Berlin, l’éclatement de l’Urss et l’établissement de régimes plus démocratiques en Afrique, la question de l’installation d’un modèle de développement fondé sur l’industrialisation réelle, c'est-à-dire la transformation structurelle des pays africains avec la promotion de la production et la création sur place d’entreprises de transformation des ressources naturelles, est devenue une nécessité.

L’émergence des classes moyennes, l’adhésion de l’Afrique aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, les travaux de l’Union africaine et de la Banque africaine de développement, ceux de la Commission des Nations Unies pour l’Afrique, tout cela doit inciter les dirigeants africains à réfléchir aux modalités d’une industrialisation du continent par l’Afrique et pour l’Afrique.

Le 14ième Forum économique international sur l’Afrique s’inscrit justement dans cette ligne et s’efforcera de déterminer les liens entre industrialisation et intégration pour une croissance inclusive. Géopolitique Africaine propose, pour sa part, de livrer des pistes de réflexion pour accompagner ce 14ième Forum économique international.

L’industrialisation de l’Afrique est devenue une nécessité car elle sera la clef de la transformation économique du continent pour permettre à celui-ci de relever les nombreux défis qui sont devant lui. Notamment celui de son essor démographique. Selon les prévisions, l’Afrique comptera en 2050 2,1 milliards d’habitants. Les populations seront essentiellement urbaines et vont exiger qu’on leur offre des opportunités économiques et sociales adéquates en matière de formation, d’emploi et d’amélioration du niveau de vie.

Pour leur donner satisfaction, les pays africains doivent mettre au point des modèles économiques de développement industriel tenant compte des réussites et des échecs des pays occidentaux, bref construire des systèmes originaux faisant la synthèse entre l’économie de marché et les traditions locales. Il leur faut s’inspirer des politiques industrielles anciennes pour développer des stratégies industrielles nouvelles adaptées au contexte africain.

Les Etats africains sont de plus en plus impliqués dans la création des richesses mondiales, mais ils demeurent assez paradoxalement à la périphérie des trois principaux pôles commerciaux que sont les Amériques, l’Asie et l’Europe. La question de l’intégration progressive des marchés et des systèmes productifs africains se trouve par conséquent au cœur des préoccupations du continent.

L’Afrique fait des efforts pour y parvenir, tant sur le plan politique que sur le plan économique. La création de l’OUA en 1963 et de l’Union africaine dans les années 2000 répond à l’objectif de la construction d’un ensemble politique capable de porter au niveau mondial les préoccupations africaines. En revanche, sur le plan économique, les pays africains ont beaucoup de mal à bâtir des modèles d’intégration au niveau régional. Ils se contentent de poursuivre le modèle de leur coopération bilatérale avec les pays occidentaux et n’y réussissent qu’assez difficilement entre eux.

Le potentiel est pourtant énorme. L’Afrique est considérée aujourd’hui comme la « nouvelle frontière » de la croissance économique. C’est en Afrique que l’on trouvera les marchés émergents et les consommateurs de demain, donc d’importants gisements de croissance. Il reste aux pays africains à construire des politiques industrielles régionales novatrices pour permettre aux consommateurs et producteurs africains d’être les moteurs de cette croissance nouvelle que l’Afrique attend avec impatience.

L’industrialisation de l’Afrique n’est pas le seul fait des pouvoirs publics, autrement dit des décideurs nationaux. D’autres acteurs doivent intervenir, qu’ils appartiennent à la société civile africaine et mondiale, aux organisations et entreprises internationales ou aux organismes de coopération entre l’Afrique et ses différents partenaires étrangers. La croissance inclusive que l’Afrique recherche doit reposer sur un modèle de développement industriel reposant sur un partenariat gagnant/gagnant entre l’Afrique et ses différents partenaires. Tous les acteurs concernés (collectivités locales africaines, investisseurs étrangers, urbanistes, aménageurs) doivent apporter leur pierre à la construction de modèles d’industrialisation opportuns, efficaces et pragmatiques pour l’Afrique de demain.

Cette coopération multilatérale permettra de donner de la cohérence et du dynamisme aux systèmes productifs africains, comme l’a toujours souhaité le père fondateur de l’analyse  de l’économie industrielle moderne, Alfred Marshall. Dans son ouvrage « The Economics of industry », il défendait l’idée selon laquelle tout système productif doit reposer sur des gages de légitimation, de cohérence et de dynamisme, faute de quoi il dépérit. A bon entendeur…

Lucien Pambou


07 octobre 2014
Publié le 06 octobre 2014
Source : http://www.geopolitique-africaine.com

 

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