mercredi, 14 janvier 2015 14:07

Revue de presse Afrique de RFI - A la Une : Charlie sous le feu des critiques

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Presse Afrique 01Le retour en kiosque de Charlie ce matin en France et dans plusieurs autres pays est certes salué par la presse du continent, mais sa couverture fait grincer des dents… On y voit un dessin représentant le prophète Mahomet, en pleurs, tenant un écriteau « Je suis Charlie », avec cette légende : « tout est pardonné »

Commentaire du Républicain à Bamako : « Le prophète Mahomet aurait sans doute revendiqué sa charlitude après les insoutenables carnages de Paris. Car il n’aurait jamais ordonné de tirer sur Cabu et Wolinski. Il aurait même couvert Charb de son corps pour que force reste à la vie et à la tolérance. Et si Jésus avait été de quelque conseil nous n’aurions pas eu ce matin la caricature qui barre la une de Charlie Hebdo. Pourquoi ? Cette caricature amusera l’Hexagone, pointe Le Républicain, qui la couvre de sa constitution. Mais elle agacera des centaines de millions de musulmans dont la constitution interdit toute image de leur prophète. Parce que le droit des uns peut offenser les autres, l’islam véritable aurait dit aux survivants de Charlie Hebdo : 'pleurez vos morts, célébrez ces génies qui auraient dû être en ce moment avec vous dans la salle de rédaction mais ne cédez pas à la provoc' ! »

Le quotidien Walfadjri au Sénégal renchérit : « la démarche des 'survivants' de Charlie Hebdo semble être un entêtement du journal satirique français qui se cache derrière la liberté d’expression pour toucher sensiblement ce que plus d’un milliard d’individus gardent au plus profond dans leur cœur, c’est-à-dire Mahomet et l’Islam. »

Haine viscérale ?

Le Soleil, toujours à Dakar, hausse le ton : « en poussant à fond la provocation, Charlie Hebdo a perdu le peu de crédit dont il bénéficiait au niveau des musulmans. D’aucuns pensaient qu’après l’immense vague de sympathie dont avait bénéficié le journal, suite aux attentats de mercredi dernier, et les appels à ne pas céder aux sirènes de l’amalgame et de l’islamophobie, le journal allait enfin comprendre que son ennemi n’était pas l’Islam, mais des groupuscules d’égarés et de fanatisés qui se réclament de cette religion de paix. Hélas, ceux qui en doutaient sont maintenant édifiés : Charlie Hebdo a une haine viscérale, affirme Le Soleil, envers la religion musulmane et son Prophète, n’en déplaisent aux avocats du diable qui le défendent au nom d’une liberté d’expression à géométrie variable. (…) En persistant dans son entreprise nauséabonde consistant à vouloir salir l’Islam et son Prophète, poursuit le quotidien sénégalais, Charlie Hebdo a révélé son véritable visage : un journal islamophobe qui utilise la haine pour remplir son compte bancaire. »

En Algérie, également, c’est l’incompréhension pour une partie de la presse. Ainsi, s’exclame Le Temps, « au moment où la plupart des médias américains refusent de publier les caricatures sur le prophète Mahomet, Charlie Hebdo a pris la décision de republier un dessin de ce symbole religieux pour un quart de la population mondiale. Une décision qui ne peut que conforter les partisans des discours radicaux et conforter les terroristes qui continueront à menacer la sécurité mondiale, en particulier dans les pays musulmans. La banalisation de cette situation menace davantage la stabilité planétaire et pourrait encourager tout comportement susceptible d’être désapprouvé par les communautés religieuses. »

Nouvelle fracture culturelle ?

Enfin, le site d’information Guinée Conakry Infos tente de dépassionner le débat : « comme on le voit, ce numéro des 'survivants', au-delà de son tirage prolifique et de sa traduction en 16 langues, arrive au cœur d’une polémique qui va fissurer voire lézarder la grande unanimité faite jusque là autour de la 'tragédie connectée' des 7 et 9 janvier derniers. La lecture et l’interprétation de la volonté de continuer de l’équipe de Charlie Hebdo dans son impertinence, apparait pour de nombreux musulmans et sympathisants, relève le site guinéen, comme une culture de l’irrespect pour la religion de Mahomet, dans laquelle cette espèce d’iconographie est bannie. 'Le droit au blasphème' ne semble pas être encore la potion intellectuelle de nombreux croyants africains, ou du monde musulman en général. »

Et Guinée Conakry Infos de s’interroger : « le monde va-t-il s’embarquer dans le vaisseau d’une nouvelle fracture culturelle ? La lutte contre la stigmatisation, telle qu’initiée en Allemagne, pourra-t-elle amenuiser la colère des musulmans subjugués par le tout dernier numéro de Charlie Hebdo ? Ce numéro veut-il toujours continuer à dire 'les pires horreurs sur le christianisme, le judaïsme et l’islam' ? Au nom de la liberté d'expression et d’informer ? Au risque, comme le pensent certains observateurs avisés, de jeter de l’huile sur le feu ? »

15 janvier 2015
Source : http://www.rfi.fr/afrique/20150113-le-nouveau-numero-charlie-hebdo/

Dernière modification le mercredi, 07 octobre 2015 07:05

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