vendredi, 18 septembre 2015 14:39

Le XXIe siècle sera-t-il le siècle de l’Afrique? Par Frederik de Klerk, ancien Président de l'Afrique du Sud

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Frederik de Klerk Nelson MandelaSelon l’ancien président sud-africain, Frederik de Klerk, si l’Afrique veut devenir un acteur mondial incontournable, elle doit encore améliorer sa gouvernance et sa transparence politique.

En 2000, au commencement d’un nouveau millénaire, le Président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki, affirmait que le XXIe siècle serait celui de l’Afrique. Après cinq cents ans d’exploitation et de domination exercée par l’Europe, l’Afrique sortirait enfin de l’ombre des affaires mondiales pour prendre la place qu’elle mérite sur la scène internationale.

Pour que le continent africain puisse voir la prédiction de Thabo Mbeki devenir réalité, l’un des éléments clé sera sa faculté à améliorer sa gouvernance et la transparence politique. La gouvernance inclut la capacité à maintenir la paix, à assurer une croissance économique et à promouvoir la justice sociale. La transparence politique se traduit par l’ouverture des systèmes gouvernementaux, l’absence de corruption et la liberté d’expression politique. Comment l’Afrique s’est-elle débrouillée dans ces domaines jusqu’ici ?

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Bien qu’elle ait fait des progrès en mettant un terme aux conflits qui ont ravagé une bonne partie du continent pendant les dernières décennies du XXe siècle, des tensions continuent à poindre dans beaucoup de régions. Selon le Global Peace Index, le pays d’Afrique le plus tranquille est le Botswana à la 31e position et douze Etats africains font partie des trente pays les moins pacifiques du monde. Mon pays, l’Afrique du Sud, à la 136e position, ne se porte pas beaucoup mieux.

L’Afrique est de plus en plus sur la ligne de faille entre l’Islam fondamentaliste et les sociétés multiconfessionnelles qui s’étendent de la Somalie à l’est, à la ceinture subsaharienne jusqu’à l’Atlantique. La moitié des pays d’Afrique - soit 27 Etats – sont membres de l’Organisation Islamique. La part de musulmans qui vivent sur le continent africain est estimée à 45% contre 40% de chrétiens. Les «chocs religieux» le long la ligne de faille sont la cause de conflits récents ou actuels au Kenya, au Nigéria, au Mali et en Côte d’Ivoire, des conflits qui incluent les activités terroristes de groupes radicaux, comme Al Shabaab en Somalie ou Boko Haram au Nigéria.
Ces dernières années, l’Afrique a fait assez peu de progrès en matière de gouvernance démocratique. Selon l’organisation Freedom House qui étudie l’étendue de la démocratie dans le monde, l’Afrique subsaharienne est politiquement la zone la plus instable du monde en termes de gouvernance démocratique. En 2015, 10 pays de cette zone étaient des démocraties, 18 des régimes autoritaires et 21 des dictatures.


Le challenge de la plupart des pays africain est d’éviter ce que Kofi Annan appelait l’approche politique du «winne takes it all» (le gagnant empoche la mise). Les frontières artificielles de la plupart des pays africains englobent souvent les minorités ethniques et religieuses très différentes. Il est essentiel qu’elles se sentent toutes prises en compte par leurs gouvernants et qu’aucune d’entre elles ne se retrouve mise au ban de la société.


La principale manière de mesurer la transparence politique est l’indice de corruption mis en place par Transparency International. Le pays africain le mieux placé est le Botswana à la 31e place mais quinze autres Etats africains font partie des 30 pays les plus mal classés. La plupart des pays du continent ont un score inférieur à 50%, ce qui, d’après Transparency International, indique qu’un Etat fait face à une corruption endémique.

 

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Transparency International a été particulièrement inquiet face aux flux financiers illicites qui s’échappent d’un continent qui a pourtant un grand besoin de capitaux d’investissement. La somme de ces flux illicites est plus grand que toute l’aide au développement que le continent reçoit chaque année. Plus de 60 milliards de dollars US selon la Commission Economique pour l’Afrique.


Cependant, l’Afrique subsaharienne est destinée à jouer un rôle de plus en plus grand dans les affaires mondiales. Ses croissances, économique et démographique, sont parmi les plus rapides du globe. La réalité, c’est que l’Afrique subsaharienne constitue l’une des plus grandes zones sous-développée du monde sur le plan de l’immobilier. Elle compte presque autant d’habitants sur ses 24 millions de km2 que l’Inde qui en fait pourtant 3,3 millions. Le continent est doté d’énormes ressources minérales dans un monde qui n’a d’yeux que pour les produits de base. Les Chinois – entre autres – se sont rués en Afrique pour signer des contrats de long terme afin d’exploiter les ressources de fer, de cobalt, de charbon de vanadium et de pétrole.


La planète ne peut plus ignorer l’Afrique, mais si l’Afrique veut vraiment arriver à exploiter son plein potentiel, elle devra améliorer ses performances en matière de gouvernance et de transparence politique. L’Afrique doit faire plus pour installer d’authentiques démocraties dans les 39 pays du continent qui n’en sont pas encore. Elle doit aussi poursuivre le bon travail qu’elle a mené jusqu’ici en mettant un terme aux conflits qui minent encore certaines parties du continent. L’Afrique doit aussi améliorer ses standards de bonne gouvernance et éliminer la corruption généralisée. Enfin, elle doit améliorer sa compétitivité et ouvrir ses marchés économiques pour stopper sa dépendance aux aides internationales.


Si le continent africain réussit à mettre en œuvre tous ces pré-requis, alors il est encore possible, comme Thabo Mbeki l’avait prédit, que le XXIe siècle devienne le siècle de l’Afrique.
Par Frederik de Klerk, ancien Président de l'Afrique du Sud

18 septembre 2015
Source : http://www.liberation.fr/

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