lundi, 08 avril 2013 11:27

Région de Maradi/ Sur le périmètre hydro-agricole de Jirataoua : vivre des cultures irriguées

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Dans la vallée du Goulbin Maradi, la pratique des cultures irriguées est une activité qui fait partie du quotidien. Depuis l’aménagement du périmètre de Jirataoua, dans le département  de Madarounfa, l’activité qui s’est ainsi modernisée,  suscite  un engouement sans cesse grandissant.

Situé à quelques encablures de la ville de Maradi, et vieux de plus de 30 ans, le périmètre irrigué de Jiratoua est le site moderne de cultures   irrigués de référence. C’est grâce à un financement de la Banque mondiale, à travers le Projet Maradi que l’aménagement hydro agricole de Jirataoua a été réalisé à l’époque. D’une superficie de 532 ha à sa création en 1981, le périmètre est doté de forages équipés de 42 électropompes. Il  était d’abord géré par l’Office Nationale des Aménagements Hydro Agricoles (ONAHA), qui avait des contrats d’exploitation avec les producteurs regroupés en coopérative.  A partir de 1986, les organisations paysannes, coopératives des producteurs ont repris la gestion, pratiquement sur les mêmes bases. 

L’ONAHA va se cantonner à un rôle d’encadrement. Ainsi, les coopératives vont  continuer à s’occuper de l’attribution des terres, la protection des infrastructures, la récupération des redevances auprès des producteurs. Ces redevances doivent servir à fournir le compte d’exploitation qui permet de faire face aux charges variables et fixes qui sont entre autres les dépenses liées au paiement des salaires du personnel de la coopérative, l’électricité, l’entretien, les investissements , les gros travaux, la formation…  Aujourd’hui, quatre coopératives s’occupent de l’exploitation et de la gestion du périmètre irrigué de Jirataoua. Au total, 1734 exploitants de 10 villages, dont 107 femmes  ont un contrat d’exploitation sur le périmètre. Mais, relève M. Dan Narba Issaka, le chef d’antenne de l’ONAHA  de Maradi, le nombre des personnes qui exploitent les terres du périmètre peut atteindre 3000, car la plupart des exploitants qui ont des contrats d’exploitation ont morcelé leurs parcelles qu’ils partagent avec d’autres personnes. L’explication, se trouve dans l’engouement que suscite l’exploitation de ces terres aménagées et surtout les  bénéfices que l’activité procure. Pour tout dire, cette terre nourrit vraiment ses exploitants. Ces derniers comptent sur ces lopins pour tout leur besoin. « Nous vivons des cultures irriguées. Nous subvenons aux besoins de nos familles, à toutes nos dépenses  avec les revenus que nous tirons de ces terres», témoigne Saadou Moussa exploitant du plot 05, et secrétaire général de la coopérative de Jirataoua Nord. Ce sont 253 exploitants qui travaillent avec lui au niveau de leur coopérative. Kalla Oumarou, un autre exploitant et membre de la coopérative Radi-Aderawa qui compte 519 exploitants, abonde lui aussi dans le même sens. La plupart des exploitants ont pour seule activité l’exploitation de ce périmètre, en saison d’hivernage, comme en saison sèche.

En culture pluviale, ils cultivent du coton, maïs, du sorgho, de l’arachide, du manioc, du piment, blé. En saison sèche il y a l’anis ou yajin yao, l’oignon, le maïs, l’arachide, la pomme de terre, le chou, la salade, le blé.

  1. la commercialisation des produits et  réhabiliter les infrastructures

La commercialisation, des produits souffre d’un manque d’organisation. Seule la production du coton fait l’objet d’une vente organisée basée sur un contrat avec une société  chinoise qui a repris  la SCN. Cette société qui fournit gratuitement les semences aux exploitants achète la production au prix de 260 FCFA et 230 le kg du coton. Pour  la campagne hivernale 2011, les producteurs du périmètre irrigué de Jirataoua en  ont vendu au chinois pour 21.580.000 FCFA.

Pour les autres productions, les chiffres de vente ne sont que des estimations, car il n’y a aucune organisation à  ce sujet. «Chaque producteur vend aux  clients qui viennent le trouver. Si les choses étaient organisées, on allait plus profiter de notre labeur », déplore Saadou Moussa, secrétaire général de la coopérative Jirataoua Nord. Les  estimations faites par le chef d’antenne ONAHA Maradi, sur les différentes cultures pratiquées sur l’aménagement, donnent les chiffres suivant : le manioc cultivé sur une superficie de 55 ha avec un rendement de 25t/ha  pour une production de  1375 tonnes,  la valeur économique serait de  55.000.000. FCA;  pour l’anis ou yajin Yao cultivé sur 120 ha avec 1t/ha, une production de 120 tonnes, la valeur économique serait de  100.000.000 FCFA.

En ce qui concerne l’arachide cultivée sur  42 ha avec 1,5 tonnes/ ha, une  production de 63 tonnes, la valeur économique serait de 28.350.000 FCFA. Le moringa qui est  beaucoup cultivé occuperait une superficie de  42,5 ha avec un rendement  de 3t/ha et une production  127,5t, la valeur économique serait de 39.843.000 FCFA. Le maïs produit sur 125 ha avec 2,6t/ha, une production de 325 tonnes la  valeur économique serait de  58.500.000 FCFA. La patate douce qui occupe  60 ha avec  22t/ha et une production de  1320 tonnes, la valeur  économique serait de 96.000.000 FCFA. Enfin, cultivée sur 9 ha avec un rendement de   16 t/ha une production de  144 tonnes, la pomme de terre aurait une  valeur économique de 28.000.000 FCFA. 

Le problème de manque d’organisation et d’écoulement  est en voie de trouver une solution. Un programme basé à  Maradi a accepté de financer un marché qui serait un comptoir de vente des produits du périmètre irrigué de Jirataoua. Ce qui permettrait de résoudre le problème d’harmonisation des prix. Les producteurs, mais aussi la commune rurale de Jirataoua trouveraient leur compte. Les producteurs profiteront au mieux de leur labeur et la mairie pourra encaisser des taxes prélevées sur le marché. Ce qui n’est pas le cas pour la municipalité, car soutient le maire jusque-là, la municipalité ne sait absolument rien de ce qui se passe sur le périmètre. 

A part la question de la commercialisation, ce dont se plaignent le plus les producteurs du périmètre irrigué de Jirataoua, c’est la surexploitation, dont le site fait l’objet et  la vétusté des équipements. Il est difficile de dire exactement le nombre d’exploitant qu’il y a sur le site. Les terres et les infrastructures sont ainsi soumises à une  forte exploitation qui les dégrade. Les pompes et les canalisations vieilles de plus de trente ans sont  vétustes. « Les pompes sont prévues pour 20.000 heures. La plus part sont aujourd’hui à plus de 70.000 heures. Ce qui pose un problème de rentabilité, car elles consomment beaucoup d’énergie pour un débit faible», explique Sanoussi Ibrahim, l’électro mécanicien de l’ONAHA. Sur les 42 pompes, 12 fonctionnent au 1/3 de leur  capacité. Une est carrément à l’arrêt.  Pour la campagne hivernale qui  dure huit mois dont seulement 5 d’arrosage, la facture d’électricité est de 25 millions. Pour la campagne de saison sèche de 4 mois la facture est de 17 millions de FCFA.

« Nous espérons un  appui pour réhabiliter, le périmètre dans le cadre de l’initiative 3N. De notre côté, nous sommes prêts  à apporter  notre contribution», affirme Saadou Moussa secrétaire général de la coopérative Jirataoua Nord.

Moutari Souley, ONEP/Maradi

08 avril 2013
Publié le 08 avril 2013
Source : Sahel