samedi, 22 juin 2013 20:55

Préparatifs de la campagne agricole/ Les producteurs à pied d’oeuvre pour tirer le meilleur profit de leur labeur : réunir les conditions d’une bonne campagne agricole

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Semence NigerEn cette période de démarrage de la campagne agricole dans notre pays, tous les regards sont tournés vers le ciel. Les souhaits des Nigériens de voir le Miséricordieux gratifier notre pays d’une campagne abondante, pleuvent de toutes parts et à toutes les occasions.

Aussi, les invocations dans ce sens sont au rendez-vous de toutes les rencontres, notamment les cérémonies de mariage et de baptême où  les marabouts ne manquent pas de dire une ‘’fathia’’ spéciale demandant au Miséricordieux nous gratifier d’une saison abondante. Pour leur part, les producteurs agricoles ne baissent pas les bras pour mieux préparer la campagne qui s’annonce sur une note d’espoir. Pour affronter les travaux champêtres, ils aiguisent leurs hilaires, pour les uns, houes pour les autres, et tracteur pour quelques rares de privilégiés. 
 
Nos braves paysans sont désormais conscients du fait qu’au regard de l’état actuel de nos terres, en majorité  complètement lessivées par plusieurs années d’exploitation, il leur faut plus que le courage et le labeur au travail pour espérer tirer de la terre les produits suffisants pour assurer leur subsistance. Ainsi, en plus de l’ardeur, il  faut introduire d’autres moyens et techniques culturales appropriées. Et nul n’ignore de nos jours que la base d’une bonne productivité de la campagne repose d’abord sur la qualité des semences.
C’est dire qu’en plus de l’abondance et la bonne répartition des pluies, le monde rural a aussi besoin de conseils avisés des techniciens et de la disponibilité d’intrants agricoles pour enrichir les sols surexploités. Pour avoir bien compris le caractère indispensable de cet accompagnement en faveur des paysans, le gouvernement a redoublé d’efforts et de moyens pour cette campagne qui commence. On peut déjà se réjouir du fait que pour accompagner les producteurs ruraux durant la période de soudure, le gouvernement a mis à  leur disposition plus de 368. 540 tonnes de céréales, pour une valeur de 101 milliards 240 millions 886 mille 320 FCFA, sous forme de vente à prix modéré (131.640 tonnes) et de distributions gratuites des vivres (236. 900 tonnes). D’autre part, dans tous les domaines concernés, des dispositions pratiques sont prises pour accompagner les producteurs dans leur labeur. Ainsi, pour faciliter l’accès des paysans aux engrais minéraux, d’importants tonnages d’intrants sont vendus à prix modérés,  En matière de protection des végétaux, les produits phytosanitaires sont mobilisés sur le terrain, ainsi que des appareils de traitements. S’y ajoutent également les moyens de modernisation de notre agriculture, à savoir les tracteurs et les charrues à traction animale qui sont mis en vente à des prix abordables. Avec tous ces moyens réunis, il ne nous reste plus qu’à  souhaiter la clémence du ciel pour nous gratifier d’une pluviométrie abondante.
Assane Soumana
 


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Les organisations paysannes misent sur la modernisation de notre agriculture
L'économie du Niger repose essentiellement sur le secteur agro-sylvo-pastoral. Les plus hautes autorités du pays ont réaffirmé leur volonté de faire de l'agriculture le levier de la croissance de l’économie et une source de richesses pour les populations nigériennes, notamment rurales. Ainsi, les paysans se sont organisés en plusieurs structures dont la Plate-forme Paysanne du Niger (PFPN), constituant un cadre organisé de réflexion, de concertation et d’actions des Organisations Paysannes. Ce cadre a pour mission de contribuer à la défense des intérêts matériels et moraux de ses membres au niveau national, sous-régional et international par des actions de développement, la concertation, le lobbying, le plaidoyer et l’échange d’expériences.
En cette veille de campagne agricole 2013, les paysans s’activent pour affronter les travaux champêtres. Le vice-président de la Plate-forme paysanne, M. Amadou Mossi, indique que leur structure est en pleine action pour la préparation de la campagne agricole. Cependant, il déplore une faible participation de certains de leurs membres.
Pour rappel,  dans le rapport général du Ministère en charge de l’Agriculture, la campagne agricole d’hivernage 2012 s’est déroulée à la grande satisfaction de l’ensemble des acteurs. Selon ce rapport, elle a été marquée par une pluviométrie excédentaire au niveau de la majeure partie de la zone agricole, avec des précipitations régulières, plus ou moins importantes et fortes qui sont la cause des inondations ayant occasionné des dégâts par endroits, surtout dans les régions du fleuve Niger. Une situation phytosanitaire globalement calme et sous contrôle pour tous les ravageurs a été remarquée. Il faut ensuite noter que le Ministère en charge de l’Agriculture a annoncé la mise en place d’importants appuis en intrants (semences améliorées, engrais et produits phytosanitaires) apportés par l’Etat et ses partenaires, et les récoltes obtenues avaient été  bonnes.
Cette année par contre, les paysans constatent que leurs boutiques d’intrants disposent de peu d’engrais. ‘’Nos boutiques ne sont pas remplies ; pire, l’Etat crée une concurrence à travers la vente de l’engrais, qui coûte déjà cher en ville et aussi dans les villages. Nous avons attiré l’attention du gouvernement sur cet aspect, mais tout de même cela est resté  sans suite’’, déplore le vice président  de la Plate-forme Paysanne.
En ce qui concerne les semences, les paysans avancent qu’ils n’ont pas de problèmes particuliers.
‘’En effet, la plupart de nos agriculteurs disposent de leurs propres semences sélectionnées. Ces semences sont de qualité, et sont certifiées par les centres de recherches tels que l’INRAN et ICRISAT. Et avec la variabilité climatique, dont les paysans sont désormais conscients, la PRESAO (Prévisions Saisonnières de l’Afrique de l’Ouest)  annonce que cette année, il sera enregistré des cumuls pluviométriques équivalents à excédentaires par endroit, par rapport à la période de référence 1981-2010. De même, il est annoncé que les dates de démarrage et de fin de saison des pluies équivalentes et des séquences sèches seront moins longues pendant les périodes critiques d’installation et de reproduction des cultures.
« Nous tenons compte de ce que disent les chercheurs sur la prévision météorologique. Ce sont des estimations, il faut reconnaitre que la pluie appartient à Dieu. Récemment, il avait plu, mais les services de la météo nous ont dit de ne pas semer, et la plupart des cultivateurs ont respecté la consigne. Ceux qui ont refusé de suivre le conseil des services de  la météo ont beaucoup perdu, car présentement, les pousses de mil sont entrain de sécher dans les champs », explique, le vice-président de la Plate-forme Paysanne du Niger.
Les prévisions de la PRESAO (Prévisions Saisonnières de l’Afrique de l’Ouest)  ont montré des caractéristiques de la saison pluvieuse 2013 : savoir un cumul pluviométrique saisonnier excédentaire à normal, des dates de début de saison normales à légèrement tardives, des dates de fin normales à tardives, des périodes de séquences sèches plus courtes aussi bien après le démarrage de la saison que pendant la période de reproduction des cultures, augurent de bonnes conditions hydriques pour le développement des cultures dans les zones à régime pluviométrique en Afrique de l’Ouest.
Au Niger, les paysans demandent à l’Etat de moderniser l’agriculture en y investissant les moyens conséquents. Ils pensent que la plus grande difficulté demeure le manque de matériels modernes pour l’agriculture. ‘’A un moment donné, l’Etat a amené du matériel agricole motorisé, mais les bénéficiaires étaient les hautes personnalités. Les paysans ont été  lésés dans la distribution ‘’, souligne M. Amadou Mossi.
Selon le vice-président de la Plate-forme Paysanne, ‘’peut-être qu’avec la mise en œuvre de l’initiative 3N, le problème de l’agriculture aura de solutions durables, bien que les organisations paysannes n’aient pas encore été invitées dans sa mise en œuvre. ‘’On nous avait dit que les portes d’entrée de l’initiative 3N, ce sont les communes. Jusque-là, nous n’avons aucun contact concret avec cette institution. Quand on nous rassemble au cours des ateliers, les participants écoutent les discours politiciens et applaudissent sans rien comprendre. Pour moi, la mise en œuvre de l’initiative 3N est toujours en projet’’, affirme M. Abdou Nino, président de la Fédération Nationale d’Agropastoralisme (FENAP), une organisation membre de la Plate-forme paysanne du Niger.
Selon lui, actuellement, il manque toujours de politique agricole bien adaptée et partagée avec les partenaires qui appuient le Niger. Par exemple, dit-il, avec la Stratégie de Développement Rural (SDR), les partenaires avaient adhéré parce que les objectifs étaient axés sur  les résultats. ‘’Je vous le dis, depuis l’avènement de l’initiative  3N, l’Etat ne discute plus avec les paysans. Mais avant la mise en œuvre de cette initiative 3N, à l’annonce de chaque campagne agricole, les services techniques nous réunissent pour nous informer des prévisions météorologiques et des éventuelles attaques des criquets pèlerins au cours de l’année. De notre côté, nous informons et sensibilisons les paysans pour prendre des précautions préalables’’,  a-t-il indiqué.
 
Seyni Seydou Zakaria
 



Prévenir les menaces des ennemis des cultures
«Quand on parle de la sécurité alimentaire, il faut évidemment évoquer la protection des cultures, qui fait appel à la lutte contre le criquet pèlerin, cet insecte qui a causé beaucoup de dégâts en 2004 dans notre pays’’, affirme M. Yahaya Garba, Directeur général du Centre National de Lutte Anti-acridienne (CNLA).
Il faut rappeler que l’agriculture nigérienne rencontre plusieurs problèmes dont celui des invasions des ennemis des cultures, à savoir les chenilles mineuses du mil et surtout les criquets pèlerins. Le CNLA s’active pleinement cette année dans le cadre des préparatifs de la campagne agricole au Niger. Déjà, des équipes de prospection et de lutte sont mobilisées sur le terrain pour prévenir toute menace. Un appui est donc indispensable de toute urgence pour renforcer les capacités d’intervention des équipes de terrain à  grande échelle et sur la durée requise de la lutte.
La mission du Centre National de Lutte Antiacridienne est de surveiller les aires grégarigènes de l’Aïr et du Tamesna de criquet pèlerin, aires qui couvrent vingt-quatre millions d’hectares, et également le Sahel de pâturage qui est une zone de reproduction de cet insecte en période d’hivernage. Quant à l'Aïr, il  abrite plusieurs foyers de grégarisations autour du massif, le long des oueds et dans les zones d'épandage. Relativement au Tamesna, les foyers de grégarisation sont concentrés le long de la vallée fossile de l'Azaouak et ses affluents, mais aussi dans les dépressions, cuvettes endoréiques et inter dunaires.  ‘’Cette surveillance du Centre National de Lutte Antiacridienne permet d’empêcher à ce que le criquet pèlerin passe de la phase inoffensive à la phase grégarigène en formant des bandes larvaires et des essaims. La deuxième mission du centre est la lutte curative, quand il y a apport de populations de criquets à partir des régions des pays voisins ou la région occidentale constituée de la Mauritanie, de l’Algérie, du Maroc, la Libye et la Tunisie. On note aussi l’apport de populations de criquets à partir de la région centrale. En ce moment aussi, la mission du centre devient une lutte curative en collaboration avec les partenaires techniques’’, indique  M. Yahaya Garba.
Face à de telles situations, ajoute le Directeur général, le CNLA et ses partenaires utilisent les moyens aériens, terrestres, les brigadiers phytosanitaires pour effectuer le traitement dans la zone dite de reproduction pour éviter les dégâts sur les cultures.  La lutte contre le fléau est axée essentiellement sur la stratégie de prévention et la capacité de réaction rapide du centre. Et c’est ce qui assure son succès.  M. Yahaya Garba a précisé que son institution a élaboré deux plans d’action présentés au Conseil d’Administration, et qui ont été validés  à la réunion des experts regroupant dix pays de la région occidentale en matière de lutte contre les invasions acridiennes, tenue du 10 au 11 juin 2013 à Agadir au Maroc.
Dans le premier plan d’action retenu par la réunion, il est prévu le déploiement de dix équipes de prospection et cinq autres équipes de lutte dans l’Aïr et le Tamesna, mais d’une superficie de 30 000 hectares. Quant au deuxième plan, il prévoit le traitement de 60 000 hectares avec une quinzaine d’équipes de prospection et  dix équipes de lutte.
Actuellement, souligne notre expert, on constate des infestations dans les zones de reproduction au Niger qui a bénéficié  d’une pluviométrie précoce dès le mois d’avril. Les conditions écologiques commencent à être favorables. Les insectes sont guidés dans leur déplacement par la présence de nourriture. ‘’Donc, en dehors des populations autochtones qui vont se développer, on aura certainement un apport probable de populations de criquets pèlerins à partir des autres pays de la région occidentale et centrale.  Nous avons déjà déployé deux équipes sur le terrain dans le Tamesna et dans l’Aïr. Tout de même, au début de la troisième décade du mois de mai, nous avons également dépêché deux équipes dans les versants Est et Ouest de l’Aïr qui sont des zones à  surveiller continuellement  de près’’, a-t-il indiqué.
Par ailleurs, M. Yahaya Garba a souligné que dans l’exécution du travail, les équipes sont confrontées à  des difficultés d’ordre logistique (véhicules) et sécuritaire. Pour lui, il faut prendre beaucoup de précautions bien que les équipes soient accompagnées par des Forces de Défense et de Sécurité, dont il salue au passage pour la collaboration. ‘’Sans leur présence, il serait très difficile de faire le travail’’, a-t-il dit. Selon le Directeur général du Centre National de Lutte Antiacridienne, le rôle joué par le Dispositif National de Prévention de Gestion des Catastrophes et Crises Alimentaires est très important dans la lutte contre les criquets pèlerins. ‘’Grâce à ce dispositif, la totalité de notre plan est couverte. Nous avons aujourd’hui au Niger une base aérienne qui est opérationnelle. Notre pays détient un outil pour lutter contre ces fléaux des cultures. D’ailleurs, lors de la rencontre à Agadir, nous avons recommandé au niveau du Conseil d’Administration de mettre à notre dispositif des pesticides nécessaires et à temps pour parer à toute éventualité’’,  ajoute-t-il.
Il faut enfin noter que le Niger constitue un couloir de passage du criquet dans ses mouvements migratoires entre les zones de reproduction estivale du Sahel vers les zones de reproduction hiverno-printanière, et vice-versa. Cette situation expose le pays à la menace acridienne qui peut venir de ces foyers de grégarisation, et aussi des régions voisines.
 
Seini Seydou Zakaria

 

22 juin 2013
Publié le 21 juin 2013
Source : Sahel Dimanche

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Dernière modification le samedi, 22 juin 2013 22:14