vendredi, 09 mai 2014 08:44

Interventions du Dispositif National de Prévention et de Gestion des Catastrophes et Crises Alimentaires (DNPGCCA) : Sécurisation des pâturages et relèvement des populations sinistrées

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DNPGCCADepuis 2011, le Dispositif National de Prévention et de Gestion des Catastrophes et Crises Alimentaires, sous l’égide du Cabinet du Premier ministre, s’est inscrit dans la stratégie nationale de sécurité alimentaire et de développement agricole durable.

Le dispositif a pour missions la prévention, l’atténuation, la gestion et le relèvement précoce des incidences des crises et catastrophes affectant les populations.  Avec l’appui des partenaires au développement comme le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), les structures du dispositif se sont investies dans un ambitieux programme  de prévention et de relèvement des populations victimes des catastrophes naturelles. Cinq domaines principaux ont ainsi été ciblés par le dispositif à travers le financement du PNUD. Il s’agit de la reconstitution de cheptel, de la reconstitution des habitats, de la réalisation des bandes pare-feu,  de l’embouche ovine et du maraîchage.  Des actions appréciables ont été savamment exécutées dans ces domaines, au niveau des huit régions de notre pays par les ONG nigériennes avec l’appui des services techniques de l’Etat.
C’est le cas notamment de la réalisation des bandes pare-feu. Dans le département de Banibangou, région de Tillabéri,deux ONG, à savoir JFDD et Alfarai Mazada, ont mené des actions efficaces visant la sécurisation de l’abondant pâturage de la zone. A elles seules, ces deux ONG ont réalisé, cette année, 200 km de bandes pare-feu dans cet immense département. Les populations des villages de Bissaou 1, Bissaou 2, Ntoussa et Daykoukou ont été les principaux artisans de ce travail. 198 bénéficiaires, dont 96 femmes, ont effectivement contribué à la réalisation des bandes pare-feu avec une rémunération en cash for work qui leur a permis de s’assurer, du 5 janvier  au 5 mars dernier, ainsi que les mois suivants, une évidente sécurité alimentaire.  
Le chef de village de Bissaou 1 reconnait  d’ailleurs, avec une évidente satisfaction, tout l’intérêt de ce travail. ‘’C’était un travail très bénéfique pour nous, parce que la dernière campagne agricole n’avait pas été bonne. Nous avons tiré beaucoup de profits de la réalisation de ces bandes pare-feu. Et depuis que ces bandes pare-feu ont été réalisées, les feux de brousse sont de moins en moins fréquents dans notre zone, et les animaux paissent sans aucune difficulté’’,  a-t-il ajouté.
Pour chaque kilomètre de bande pare-feu réalisé, l’équipe de travailleurs reçoit la somme de 50.000FCFA. Le président de l’ONG Alfarai Mazada, M. Moumouni Younoussa, souligne que cette année, pour les 100 km de bandes pare-feu que son organisation a réalisés, les travailleurs ont été rétribués à hauteur de 5.117.000 FCFA en cash for work.
Comme  le confirme le directeur départemental de l’Environnement, de la Salubrité Urbaine et du Développement Durable de Banibangou, le Commandant Hima Midou, les bandes pare-feu ont pour objectifs, entre autres, de lutter contre les feux de brousse, de permettre aux populations éprouvées par les mauvaises récoltes d’assurer leur sécurité alimentaire, et de les fixer après une mauvaise campagne agricole.
Situé dans l’extrême nord de la région de Maradi, le département de Bermo couvre une superficie de 6.496 km2. C’est une zone à vocation pastorale, avec des ressources végétales constituées de strate arborée, de strate arbustive et de strate herbacée. Une mare permanente, celle de Akdani, et plusieurs mares semi permanentes rajoutent aux potentialités du département de Bermo.  Le financement des bandes pare-feu par le PNUD à travers le dispositif national de Prévention et de Gestion des Catastrophes et Crises Alimentaires et les ONG exécutantes, a été sans aucun doute d’un apport incommensurable pour ce département qui regorge d’un cheptel impressionnant.   Les ONG ont travaillé sur cinq sites pour dresser des bandes pare-feu sur environ 450 km. Vue l’étendue des pâturages de ce département, cela ressemble à une goutte d’eau déversée dans un océan. Mais c’est déjà un précieux atout qu’il importe de consolider en multipliant chaque année les bandes pare-feu ; cela d’autant plus que le 21 octobre dernier, un feu de brousse d’une rare intensité s’est propagé dans toute la zone et a dévasté 21.636 hectares. Et c’est la zone où le pâturage était le plus dense qui a été touchée par le sinistre.
Selon le directeur départemental en charge de l’Environnement de Bermo, le Capitaine Issia Kadadé, ce cas de feu de brousse n’est pas le seul enregistré cette année. ‘’Du 28 au 29 octobre, il y a eu aussi un triple feu qui a dévasté 24.000 hectares dans trois départements : 6500 hectares à Bermo ; 14.000 hectares dans le département de Belbédji ; et 3.500 hectares dans le département d’Aderbissanat. S’il y avait au moins une seule bande pare-feu, on n’aurait enregistré que  la moitié de ce sinistre en termes de perte de pâturage. Pour pallier ce problème, il faut commencer à réaliser les bandes pare-feu au plus tard au mois de septembre prochain’’, a  ajouté M. Issia Kadadé. Ce point de vue sur la période idéale pour la réalisation des bandes pare-feu, est d’ailleurs largement partagé par les populations de tous les villages bénéficiaires des actions du dispositif national de prévention et de gestion des Catastrophes et Crises Alimentaires. En effet, ces populations qui reconnaissent unanimement les bienfaits des bandes pare-feu, plaident avec insistance sur la période de leur réalisation. Selon elles, pour plus d’efficacité, ces bandes pare-feu doivent être faites avant la période critique des feux de brousse, c’est-à-dire, pendant le mois de septembre ou d’octobre au plus grand tard. C’est du moins le vœu exprimé par MM. Liman et Alahouri, deux éleveurs bororos de Bermo.
A Aderbissanat, on partage ces mêmes préoccupations. En effet, ce jeune département est menacé dans sa partie nord par la formation de grandes étendues de sable, les ergs et les regs. Dans sa partie sud par contre, il a une végétation très herbacée. C’est une zone pastorale par excellence, confrontée à une dégradation très avancée due aux facteurs climatique et anthropique. Pour le facteur climatique, le directeur départemental de l’Environnement d’Aderbissanat, le Capitaine Amadou Ganda,  souligne que ce sont les sécheresses répétitives qui ont beaucoup joué sur le développement du tapis herbacé et de la steppe arborée. Pour les dégradations liées à l’homme, il faut dire qu’elles sont dues au fait de l’élevage intensif et extensif. En effet, les éleveurs amènent un nombre important de troupeaux sur une même aire, et ce pendant une longue période, contribuant ainsi à la dégradation du tapis herbacé.  ‘’Les feux de brousse sont fréquents, surtout en fin de saison des pluies, et en début de saison sèche, quand les éleveurs remontent pour la cure salée, donc au moment de la transhumance, quand ils quittent le sud pour se diriger vers le nord. C’est à ce moment là qu’on enregistre généralement des cas de feu de brousse. Cette  année, nous avons enregistré sept cas de feu de brousse’’, nous confie le Capitaine Amadou Ganda.
Pour prévenir les dégâts liés aux feux de brousse et sécuriser le pâturage, l’Etat a réalisé plus de 1000 km de bandes pare-feu à Aderbissanat. Le département a en outre bénéficié cette année de 400 km de bandes pare-feu, réalisés grâce à un financement du PNUD à travers le dispositif national de prévention et de gestion des Catastrophes et Crises Alimentaires, et exécuté par les ONG nigériennes dont l’ONG Tassidrit. Selon le coordonnateur régional de Tassidrit,  M. Ahmed Hanjar, son organisation a réalisé 100 km de bandes pare-feu en deux tranches sur le site de Echia situé à une dizaine de kilomètres de la ville d’Aderbissanat. 532 personnes, dont 119 femmes, ont bénéficié des retombées des travaux effectués pour un cash for work de 8.412.690 FCFA.

Des actions de relèvement appréciables à Diagourou et à DiffaLes forte  pluies qui se sont abattues en 2012 sur beaucoup de localités de notre pays, n’ont pas fait que du bien. Dans la région de Téra, au niveau des communes rurales de Diagourou, Kokorou et dans le Gorouol, les populations de plusieurs villages ont fait les frais de la furie des eaux du ciel. A Tampiana, village d’agropasteurs situé à quelques encablures de Diagourou, les eaux de pluies ont surpris les animaux  en pâturage dans la vallée, et les ont charriés sur plusieurs  kilomètres loin du village. A l’issue de cette pluie, les villageois ont dénombré, la mort dans l’âme, plus de 200 têtes de bétail (moutons, chèvres, vaches) qui ont péri dans le sinistre. Une véritable hécatombe. L’intervention du dispositif national de prévention et gestion des catastrophes et crises alimentaires a été prompte. Bénéficiant d’un financement du PNUD,  l’ONG ADIB exécute rapidement  un programme de reconstitution du cheptel dans le village de Tampiana. ‘’Ce sont des personnes déjà vulnérables qui ont été frappées par le sinistre. Elles ont encore perdu beaucoup de leurs animaux qui constituent leur principale épargne’’, affirme M. Boureima Moussa, le directeur départemental de l’Elevage de Téra. Aussi, les 43 personnes victimes du sinistre ont reçu, chacune, un kit de 2 chèvres et 1 bouc. Une manne qui leur permet d’espérer des lendemains meilleurs.
Selon M. Ibrahim Abdramane, habitant du village de Tampiana et bénéficiaire de l’opération, l’achat des animaux et leur  mise en place ont été faits avec l’assistance du vétérinaire communale. ‘’Les 43 personnes sinistrées de notre village, hommes et femmes, ont reçu chacune la somme de 84.000 FCFA correspondant au prix d’achat de deux chèvres et d’un bouc. C’était inespéré ! Cela nous permet de nous relever après cette catastrophe’’,  a-t-il dit. Outre cet important appui, les villageois ont aussi découvert l’intérêt de la vie associative puisqu’ils se sont constitués en comité pour débattre de leurs préoccupations. Selon le responsable de l’ONG ADIB, M. Souleymane Yacouba, une formation axée sur la vie associative et l’élevage leur avait été prodiguée avant même qu’ils ne reçoivent leurs kits.
Dans la région de Diffa, cette opération a été conduite avec le même succès dans la commune urbaine de Diffa, notamment dans les quartiers vulnérables de Charé et Château. C’est l’ONG Rayuwar Karkara qui s’en est occupée en distribuant 300 chèvres aux ménages vulnérables. ‘’Je suis contente de recevoir trois chèvres et je fais chaque jour tout ce que je peux pour bien les entretenir. Dans un an ou deux, ces animaux commenceront à mettre bas et je peux en vendre pour faire face à mes besoins’’, souligne Mme Aï Adam dite Dolé, une bénéficiaire du quartier Charé. Mme Fadjimata, du même quartier, ne cache pas aussi sa joie. ‘’ Nous remercions le gouvernement pour avoir pensé à nous. Cette aide est d’une grande importance pour nous, car elle nous permettra de faire face au problème d’insécurité alimentaire, et aussi de faire face aux dépenses quotidiennes’’, dit-elle, émue. Ce qui l’amène à avoir une pensée particulière pour les autres femmes du quartier, toutes aussi vulnérables, qui n’ont pas eu la même chance qu’elle. ‘’Notre souhait est que le gouvernement vienne aussi en aide à nos nombreuses camarades qui sont également dans  le besoin’’,  nous confie-t-elle.

Embouche ovine à Issawane
Région de Maradi, Issawane. Dans cette commune rurale du département de Mayahi, plusieurs villages ont été déclarés déficitaires à l’issue de la campagne agricole 2012. Pour aider les populations de ces villages à se mettre à l’abri de l’insécurité alimentaire, le dispositif national de prévention et de gestion des catastrophes et crises alimentaires a confié à l’ONG Contribution au Développement Rural (CDR) le soin de mettre en exécution un programme d’embouche ovine. Les femmes des villages de Karé da Haouka, Dallawa, Totsa, Aïtadan, Dogon Chimgué, Toundoun Waha, Yampoyé, et Zangon Karwa dans la commune de Issawane,  et celles des villages de Zangon Mahaman, Guidan Boubé, Fassouwa peul, Gondonbaraou, Banon Champti, Algoum et Idiguilo dans la commune rurale de Guidan Amoumane, ont été les principales bénéficiaires. Dans chacun de ces 15 villages, il a été choisi 23 femmes vulnérables à qui l’ONG a attribué des béliers pour embouche, explique M. Mahaman Lawali Alassane de l’ONG CDR.
C’est une opération rondement menée et bien réussie à en croire les bénéficiaires qui ne tarissent pas d’éloges à l’endroit du dispositif national de prévention et de gestion des catastrophes et crises alimentaires, du gouvernement nigérien et du PNUD qui a mis la main à la poche pour rendre effectif ce programme. ‘’C’est sous la supervision du service de l’élevage que nos moutons ont été achetés. Nous avons ensuite bénéficié d’une formation du même service sur l’embouche ovine. Cette formation a été axée sur les petits soins que nous devons apporter aux animaux d’embouche, sur leur alimentation, sur leur santé, et bien d’autres aspects. L’opération nous a aussi permis de nous organiser en association’’, souligne la secrétaire générale du comité mis en place par les femmes, Mme Maïmouna Harou.
Pour certaines femmes comme Mme Abou Sanoussi, l’opération a déjà porté ses fruits, puisqu’elle affirme en avoir tiré des dividendes. ‘’J’ai engraissé mon mouton pendant 4 mois, et je l’ai vendu à 46.000F. Avec cet argent, je me suis procuré un autre mouton à 23.000F et j’ai pu acheter deux sacs de mil pour ma famille avec le restant de l’argent. Je ne peux que remercier nos autorités d’avoir pensé aux personnes vulnérables que nous sommes’’.

Oumarou Moussa, envoyé spécial


09 mai 20147
publié le 09 mai 2014
source : http://lesahel.org/

Dernière modification le vendredi, 09 mai 2014 08:21