mercredi, 02 mars 2016 04:22

Culture de rente au Niger : Tchadoua, le pays du souchet

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Souchet Niger 01Tchadoua, commune située à une quarantaine de kilomètres de Maradi, chef de lieu de région et à 35 km d'Aguié, chef-lieu de département, est une localité très active économiquement. Située sur la RN1, elle est aussi un carrefour où se retrouvent les populations des localités nigérianes proches comme Magama et celles de la partie nord de la région de Maradi. Mais Tchadoua est aussi et surtout connu pour un produit, le souchet. Elle est non seulement la plus importante zone de production mais aussi le plus grand marché du pays où est commercialisée cette spéculation.

Le souchet, de son nom scientifique cypérus esculentus aussi appelé ''amande ou gland de terre'', ''noix tigrée'' ou ''pois sucré'' est abondamment cultivé dans cette zone. Ce sont des milliers d'hectares qui sont ensemencés de cette plante herbacée originaire du bassin méditerranéen. Toutefois, il est difficile de dater le début de la culture de cette plante à Tchadoua. Les personnes approchées confient qu'elles ont trouvé le souchet qui reste avec l'arachide, la principale culture de rente des populations de cette commune.
Le marché hebdomadaire qui se tient tous les vendredis est une véritable bourse du souchet. Déjà l'animation dudit marché commence jeudi soir. Les camions venus du Nigeria prennent leur quartier dans la partie nord-est, réservée aux céréales, mais pratiquement occupée par les ''traders'' du souchet. Les producteurs des zones lointaines et les intermédiaires acheminent leurs marchandises en véhicules, en charrette ou en pousse-pousse. L'ambiance du marché atteint son paroxysme, le vendredi après la grande prière (Juma'a) dans cette ville aussi berceau du courant religieux musulman ''Izala'' dans la région de Maradi. Comme tous les marchés hebdomadaires des zones rurales, celui de Tchadoua ne déroge pas à la règle. Il y règne cette ''pagaille'' presque indescriptible.
De part et d'autre de la rue principale qui mène dans ce marché, des étals sont visibles. Certains produits comme les tubercules, la canne à sucre et les produits manufacturés venus du Nigeria jonchent le sol. D'autres sont vendus sur des tables. Dans les ruelles qui serpentent le marché, se croisent les charrettes, les vieux véhicules de transport en commun des zones rurales, les pousse-pousse et les bruyants taxis motos ou kabou-kabou. Du côté nord-est du marché, les différents acteurs de la commercialisation du souchet sont en pourparlers par petits groupes. Aux environs de 16 heures, c'est le moment de fixer le prix avec lequel, les importateurs et autres gros commerçants doivent prendre la collecte du jour auprès des petits commerçants collecteurs appelés ici ''yan katcharé''.
Débout à côté de son étal, le vieux Malam Sankébé 70 ans, dont 50 ans dans le commerce du souchet, nous confie qu'à cette période ce sont surtout les petits producteurs qui écoulent leurs récoltes. ''Ils sont obligés de le faire parce qu'ils doivent éponger les dettes contractées pour se procurer de l'engrais ou pour payer les travailleurs'' dit-il. Ce que confirme M. Seydou agent d'agriculture à la retraite. ''Pour les grands producteurs, il faut attendre février pour voir leur production sur le marché'' dit-il. Pourtant malgré cet état de fait, le marché est visiblement bien approvisionné. Des piles de sacs de 100 kg de souchet sont visibles partout dans cette aire réservée aux céréales.
Aussi, même si il n'ya pas de statistiques officielles établies et actualisées sur la production du souchet, le nombre de camion qui quittent le marché de Tchadoua en direction principalement du Nigeria en donne une idée. En effet, aux environs de 17 heures, 31 camions de 10 à 30 tonnes sont déjà sortis du marché d'après les agents de police et de la mairie chargés de l'enregistrement à la sortie principale du marché. Le maire de la commune de Tchadoua reconnaît la part importante de la production du souchet dans son entité. En effet, confie M. Saadou Yahaya, il y a des producteurs qui peuvent récolter 1000 à 2000 sacs par saison. Malheureusement, déplore –t-il la commercialisation n'est pas organisée. La conséquence est que ce sont les commerçants et exportateurs qui en profitent plus que les producteurs.
Ce dont se plaint Elhadj Oumarou Wakasso, un commerçant de 47 ans dont 30 ans dans le souchet. ''Il n'y a aucune organisation de la vente du souchet. Nous vendons toute notre production aux commerçants du Nigeria. C'est eux qui la réexportent au Cameroun, au Tchad et dans d'autres pays'' se lamente-t-il. ''Nous souhaitons avoir d'autres débouchés pour exporter nous-mêmes notre production. Nous gagnerons mieux et notre pays aussi'' ajoute-t-il.
Pourtant la commune de Tchadoua est retenue pour bénéficier d'un des cinq marchés internationaux de céréales de la région de Maradi avec les communes de Jiratawa, de Tessaoua, de Sabon Machi et de Guidan Roumdji. Si le projet est très avancé dans les trois premières communes, il n'en est pas autant à Tchadoua, où il est mis en veille pour ne pas dire compromis du fait des ''divergences d'appréciations'' pour ne pas dire des ''calculs politiciens'' entre le maire de la commune et le député au titre de la localité selon les mots du maire. ''La construction de ce marché aurait dû permettre de mettre en liaison producteurs et acheteurs et permettre aux premiers d'avoir de meilleures opportunités pour l'écoulement de leurs productions'' reconnaît M. Saadou Yahaya, maire de Tchadoua.
En attendant, la réalisation de cette infrastructure, la désorganisation de la filière profite surtout aux spéculateurs plus qu'au producteurs. En cette période de récolte, les prix varient de 10.500 à 13.000 Fcfa pour le sac de 100 kg du souchet petits grains et 17.000 à 18.000 Fcfa pour le sac de 100 kg de souchet gros grains. La mesure locale ou ''Tiya'' est vendue entre 300 et 450 F selon la variété du souchet. ''D'ici quatre mois, le sac de 100 kg peut atteindre 18.000 à 20.000 Fcfa pour le petit souchet et 25.000 à 30.000 Fcfa pour le souchet gros grain'' explique Elh Oumarou Wagé.
Le souchet est une plante herbacée à tubercule. Sa récolte est très laborieuse puisque qu'il faut extraire les tubercules globuleux enfouis dans le sol. La première étape de cette opération consiste à bruler la partie haute de la plante. Cette pratique a, selon les spécialistes, un impact écologique. ''Elle détruit la biodiversité (petite flore et même la faune)'' explique Nafiou Sani, ingénieur agronome, directeur départemental de l'Agriculture de Gazaoua.
Après avoir brulé la partie extérieure de la plante, on procède au labourage de la parcelle qui se faisait auparavant à la main au moyen des houes. Mais aujourd'hui, le labour se fait par des houes attelées à un animal de trait. Une fois le sol retourné, l'on procède à l'extraction des tubercules qui se fait au moyen de grand tamis. Le premier tamisage permet de séparer le sable des tubercules. C'est pourquoi on passe la récolte au vent pour séparer les grains de souchet avec les cailloux et autres impuretés.
C'est un travail extrêmement difficile qui n'est pas aussi sans risque pour ceux qui le font du fait de la forte quantité de poussière qu'ils peuvent inhaler surtout s'ils ne portent pas de protection. En cette période de récolte, un ouvrier qui extrait un sac de souchet est payé entre 2500 et 3500 Fcfa.
Il faut savoir que le souchet est consommé cru ou grillé enrobé de sucre ou salé. Il est aussi transformé pour fabriquer un jus. Le souchet serait aussi utilisé par l'industrie des brasseries pour sa teneur en glucide et en amidon.
Siradji Sanda,Envoyé spécial(onep)
www.lesahel.org

Dernière modification le mercredi, 02 mars 2016 05:35