mercredi, 03 août 2016 23:03

Projet de lutte contre l’ensablement des cuvettes oasiennes (PLECO) : Une expérience à poursuivre et à étendre sur d’autres régions du pays

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La disponibilité des terres cultivables est une préoccupation réelle dans les zones semi désertiques de notre pays. C’est le cas dans certaines parties des départements de Gouré, de Goudoumaria et de Mainé Soroa (dans le Niger oriental), où l’agriculture se pratique essentiellement autour des cuvettes oasiennes. Malheureusement, celles-ci sont dangereusement menacées par l’avancée du désert en général et l’ensablement en particulier. C’est pourquoi, l’Etat du Niger, en collation avec ses partenaires, a initié depuis 2010, le Projet de lutte contre l’ensablement des cuvettes oasiennes (PLECO) en vue de protéger ces enclaves de biodiversité.

Mis en œuvre depuis 2010 dans les départements de Gouré et de Mainé Soroa, le PLECO s’est révélé être un véritable outil de mobilisation des acteurs locaux pour le changement de comportement en faveur de la lutte contre l’ensablement et la gestion durable des terres (GDT). Il est le fruit de la coopération entre le gouvernement du Niger, le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Placé sous la tutelle du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable avec le PNUD comme agence d’exécution, le projet est mis en œuvre par la Direction Générale des Eaux et Forêts (DGE/F). C’est au total un financement de deux milliards, 250 millions de Francs CFA qui a été engagé par le gouvernement, le FEM et le PNUD pour mener des actions d’envergure.

Le PLECO avait pour ambition d’appuyer les populations vulnérables de sa zone d’intervention, afin qu’elles améliorent leur sécurité alimentaire, gèrent durablement les ressources naturelles de leurs terroirs, et diversifient leurs sources de revenus, en somme lutter contre la pauvreté. Des objectifs qui cadrent parfaitement avec ceux du Programme de Renaissance du Niger en particulier avec l’initiative 3N (les Nigériens Nourrissent les Nigériens) et de la renaissance culturelle prônée par le Gouvernement de la 7ème République. Le Projet est né d’un constat inquiétant. En effet, il est apparu au cours des trois dernières décennies, dans les départements de Gouré, Goudoumaria et Maïné-Soroa, une régression de la surface occupée par la végétation sahélienne et une uniformisation des espèces végétales, accompagnée d’une activation des formations dunaires menaçant d’ensevelissement de nombreuses cuvettes.

Ces trois départements comptent 3.674 cuvettes représentant 138.492 ha et 1.346 bas-fonds agro-sylvo-pastoraux répartis sur 227.299 ha. Ces entités agro-écologiques recèlent d’importantes potentialités agro-sylvo-pastorales, en production de natron et constituent en plus, le gite d’une immense biodiversité. Très productifs, ces cuvettes et bas-fonds sont gravement menacés par le phénomène d’ensablement, compromettant du coup l’équilibre écologique de cette aire aux potentiels originaux. Actuellement, 677 cuvettes totalisant 26.890 ha et 853 bas-fond agro-sylvo-pastoraux d’une superficie estimée à 75.421 ha sont menacés d’ensablement. D’après les statistiques du PLECO, en 2005, les dunes vives occupaient 342.000 ha. Les cuvettes et les bas-fonds ont perdu, du fait de l’ensablement environ 32.970 ha. La menace d’ensablement, est élevée, se       situant à un niveau de 60% pour les bas-fonds et 92% pour les cuvettes. Toutes les infrastructures socioéconomiques de la zone et plus particulièrement les forages, les écoles, les dispensaires, les agglomérations et la route nationale de l’unité sont concernés par le problème.

C’est pourquoi, des actions de lutte directe et indirecte contre l’ensablement des cuvettes et en faveur de la gestion durable des terres et des écosystèmes ont été initiées par le projet à l’intention des acteurs ruraux et institutionnels de 2010 à nos jours. Ainsi en matière d’amélioration des pratiques locales de gestion des terres et des écosystèmes, le PLECO a investi dans l’encadrement de 18.600 paysans pour la fixation de 5.373 ha de dunes au niveau de 62 sites ; la formation de 206 pépiniéristes dont 71 femmes pour la production de 3.365.300 plants forestiers ; la formation de 373 gardiens pour la protection des sites de fixation des dunes ; l’élaboration participative de 24 Plans d’Actions Locaux (PAL) pour la gestion des dunes et des terres ; l’installation de 12 sites de démonstration en matière de Régénération Naturelle Assistée (RNA) ; l’encadrement et l’appui en moyens d’exhaure et en intrants agricoles à 300 producteurs maraîchers et à 170 maraîchères entrant dans le cadre de l’autonomisation des femmes, pour la mise en valeur de 195 ha de terres de cuvettes protégées ;

En matière de renforcement des capacités des institutions et des communautés locales pour la GDT le projet a renforcé les capacités des Commissions Foncières Départementales (COFODEP) de Gouré et de Maïné-soroa et a installé 16 Commissions Foncières de Base (COFOB). Il a formé les membres desdites commissions pour la gestion des conflits et la sécurisation des sites de fixation des dunes ; installé et formé 42 Comités locaux de Gestion des Ressources Naturelles (COGERNAT) en vie associative et en gestion des ressources naturelles. En outre 31 enseignants des écoles de la zone d’intervention du projet ont été formés en matière d’éducation environnementale ; 70.000 à 80.000 personnes ont été sensibilisées en matière de lutte contre l’ensablement et la gestion durable des Terres (LCE/GDT) à travers la diffusion dans les médias de 3 publi-reportages en langues Kanuri, Haussa et Peuhl. En matière de suivi des phénomènes d’ensablement et de dégradation des terres, le PLECO a contribué au renforcement des capacités matérielles et techniques du Centre National de Surveillance Ecologique et Environnementale (CNSEE), à travers l’élaboration, la vulgarisation et la diffusion du document de stratégie et son plan d’action pluriannuel en matière de suivi de l'ensablement et de la dégradation des terres ; l’instrumentation de 4 observatoires de suivi de l’ensablement et de la dégradation des terres dans la zone d’intervention du projet ainsi que la collecte régulière de données en vue de renseigner les paramètres sur l’ensablement, les nappes phréatiques, la végétation, la socio-économie, etc.;

Enfin, en matière de capitalisation des connaissances, le projet a élaboré divers outils. Il s’agit entre autres d’un film documentaire sur la lutte contre l’ensablement au Niger, de manuels sur les méthodes de fixation des dunes et les bonnes pratiques compatibles à la gestion durable des terres, de documents d’IEC (Information – Education – Communication). En tant que projet pilote, le PLECO a développé une démarche qui permet à la population et aux acteurs locaux de prendre en charge la lutte contre l’ensablement et la dégradation des terres dans la durée à travers des résultats concrets. A la fin du financement du FEM en 2015, le PNUD a continué son appui au projet pendant la phase intérimaire 2016-2017 et élaborera un programme intégré et modulaire sur la gestion durable des terres, la biodiversité, l'adaptation au changement climatique, la réduction des risques de catastrophe, l'accès à l'énergie et à l'eau, etc.

Siradji Sanda(onep)