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Accès difficile des femmes au foncier agricole au Niger.

Au Niger, l’accès des femmes au foncier agricole est un problème crucial. Pourtant, leur poids démographique significatif (50,6%) sur la population globale estimée à 18,3 millions habitants. Aussi, un autre aspect et pas des moindres, 82% de cette franche de la population vit en milieu rural et constitue une véritable main d’œuvre pour l’agriculture et l’élevage. La femme rurale participe à plus de 80% aux activités agricoles, allant des semis jusqu’à la transformation et la commercialisation, en passant par la production et la pratique de l’embouche. Malgré ce poids numérique et leur pleine implication dans les activités agricoles, cette couche n’utilise que 6% des terres exploitables. Bien que l’accès des femmes à la terre permette de réduire la vulnérabilité des ménages, de lutter contre la malnutrition à travers les produits cultivés, d’augmenter l’économie du terroir par la vente des produits, de renforcer leur pouvoir économique et même d’accélérer leur participation dans la prise des décisions, les femmes sont victimes d’un partage léonin qui fait la part belle aux hommes.

Nombreux sont les obstacles qui empêchent aux femmes d’accéder au foncier agricole. Il s’agit entre autres des stéréotypes sexistes qui estiment que le foncier agricole relève du domaine des hommes, parce que quand la femme hérite la terre de son père ou de son mari, les familles perdent cette terre au profit de son mari et ou de sa belle-famille. Jusqu’à une date récente, c’est uniquement aux hommes qu’appartiennent les terres, la femme ne peut ni hériter de la terre, ni s’en procurer par le biais de l’achat. Bien qu’elle soit une actrice incontournable dans le domaine de l’agriculture.

Dans certaines régions du Niger, à défaut de terres cultivables, elles sont utilisées comme main d’œuvre, d’autres sont obligées d’aider leur famille et ou leur belle famille dans les travaux champêtres, parce que les détenteurs ont vendu les terres disponibles et ou ne leur permettent pas de bénéficier d’un lopin de terre dans le champ familial pour cultiver. Dans certaines localités de Dogon Doutchi par exemple, durant la saison hivernale, les Jeudis, la femme doit quitter son foyer pour travailler dans le champ de ses parents, en termes de contribution à la production familiale. Cependant force est de constater qu’après la récolte, elle profite peu ou pas du tout des revenus de cette activité agricole.

L’accès des femmes au foncier agricole bien qu’elle soit un véritable parcours du combattant, n’est pas interdit par le code civil qui régit ce domaine. Selon Aboul Karim Mamalo, ancien SG du code rural, du point de vue principe, le code civil est d’accord pour que tous les nigériens soient considérés au même pied d’égalité par rapport à l’accès à la terre sauf à regarder ce que disent les autres prédispositions telle la loi islamique.

L’islam n’est pas aussi contre l’accès des femmes au foncier agricole. Selon Cheick Oumarou Elhadj Mahaman Bachir, théologien de formation et islamologue, la femme doit hériter de 1/8 des biens du mari.

L’accès des femmes au foncier agricole est un sujet qui mérite qu’on s’y consacre du fait que les femmes ont trop souffert de cette injustice. On constate, que ces dernières années avec les actions menées par des ONG internationales et nationales autour de la question, un changement de comportement au niveau des hommes. Il y a des avancées qui sont significatives mais beaucoup reste à faire pour réparer cette inégalité dont la femme nigérienne à trop souffert.

Balkissa Hamidou

28 mai 2017
Source : La Nation

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