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Invité de l'Onep : Le Général de brigade Ibra Boulama Issa, directeur du CNESS : « C’est une opportunité pour le CNESS de recueillir les perceptions et les attentes des populations en matière de sécurité »

Depuis sa création, le CNESS est très actif sur la scène nationale et internationale, au regard des défis et enjeux sécuritaires auxquels il fait face. Après l’organisation d’un récent colloque sur la cybersécurité, vous comptez organiser du 6 au 8 décembre un forum national sur la sécurité et la défense. Pourquoi ce forum, quelle est sa pertinence ?

Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer sur le CNESS et les activités qu’il réalise depuis sa création. En effet, le Centre National d’Études Stratégiques et de Sécurité (CNESS) se veut un cadre permanent de réflexion, d’analyse et de production autonome de connaissances sur les enjeux sécuritaires et stratégiques au plan national et international. Cela dit, le forum national se tient en prélude à l’élaboration de la politique nationale de sécurité et de défense (PNSD). Cette importante rencontre se veut un cadre d’échanges d’informations et d’expériences sur les questions sécuritaires au Niger. C’est aussi une opportunité pour le CNESS de recueillir les perceptions et les attentes des populations en matière de sécurité.

Par ailleurs, créer un cadre de dialogue national inclusif sur la sécurité et la défense regroupant les Officiers supérieurs des FDS, les hauts fonctionnaires de l’administration publique, les universitaires, les acteurs de la société civile, justifie à mon avis la pertinence de ce forum. Également, une telle initiative aura le mérite de contribuer à l’amélioration des relations entre la Nation et ses Forces de Défense et de Sécurité.

Pour finir de répondre à votre question, je dirais que les échanges entre populations et experts de la sécurité permettront sans nul doute d’aboutir à des conclusions consensuelles sur les valeurs fondamentales de la délivrance et du contrôle de la sécurité par l’État.

C’est au CNESS qu’il revient d’élaborer cette politique ?

Je rappelle que le Centre National d’Études Stratégiques et de Sécurité (CNESS) est un organe d’anticipation et de veille stratégique qui rassemble au moins trois types d’expériences : l’Administration, l’Armée et l’Université. Il a pour mission de mener, en relation avec les services et institutions concernés, des analyses et des études prospectives permanentes sur des enjeux stratégiques et sécuritaires de la vie nationale et internationale. Les activités du CNESS sont guidées par un plan d’orientation stratégique (2017-2019) qui s’articule autour de trois axes stratégiques : le développement institutionnel et la mobilisation des ressources (1), le développement des Études et de la Recherche (2), le développement de la Formation (3).

Aussi, les nouvelles formes de conflictualité et l’hybridité des menaces sécuritaires nous imposent des réponses plus efficaces et adaptées au contexte géopolitique régional et international, et qui tiennent compte des dimensions politiques, économiques et socioculturelles de notre pays. C’est ce qui justifie la décision des plus hautes autorités politiques de doter le Niger d’une Politique Nationale de Sécurité et de Défense (PNSD). Cette tâche a été confiée au CNESS qui a mis en œuvre un programme conformément aux dispositions de l’axe stratégique N° 2. L’exécution de cette tâche se fera en partenariat avec les institutions et structures de l’État dédiées à cette mission.

Cette Politique Nationale de Sécurité et de Défense cherchera donc à définir le cadre politico-militaire dans lequel les acteurs de la défense et de la sécurité́ puiseront les instruments de parade aux risques et menaces jugés attentatoires à la sécurité́ des personnes et de leurs biens, sur l’ensemble du territoire national. Elle fixera également des priorités et des objectifs aux stratégies nationales sectorielles concourant à la sécurisation de la Nation.

Quel autre rôle le CNESS compte-t-il jouer dans le cadre de la promotion de la paix et la sécurité ?

Le CNESS contribue à la promotion de la paix et de la sécurité à travers des programmes et des actions soutenus par le plan d’orientation stratégique. Ainsi, nous distinguons trois types d’activités que le CNESS est en mesure de mener seul ou en partenariat avec d’autres institutions de l’État ou des partenaires extérieurs.

Primo, le CNESS a initié des programmes d’études et de recherches dans le domaine sécuritaire ; ces programmes ont pour finalité de proposer des documents de politique publique en la matière. Je peux citer le Programme politique nationale de sécurité et de défense, le Programme de lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent ainsi que la mise en place d’un observatoire national des risques sécuritaires.

Secundo, dans le cadre du programme développement de la formation, le CNESS a organisé plusieurs séminaires et colloques, qui visent à renforcer les capacités des hauts fonctionnaires de l’État (civils et militaires) et des acteurs de la société civile intéressés par les questions de sécurité. Les thèmes de ces conférences portent sur les clefs de compréhension des enjeux sécuritaires du Niger, sur les questions sécuritaires et géopolitiques régionales et internationales, et sur la culture de l’esprit de défense. Ces activités vont se poursuivre et s’intensifier.

Tertio, au regard de sa vocation de centre de recherche et d’outil d’aide à la décision, le CNESS inscrit ses activités dans la rédaction de notes d’analyse et de résultats de sondage, la publication d’œuvres scientifiques (bulletins, revues), l’exécution de toute tâche à lui confiée par le gouvernement ou par toute autre structure dans le cadre d’un accord de partenariat.

Avez-vous les ressources nécessaires pour la réalisation de ces programmes ?

Au plan financier, les ressources du CNESS sont constituées de crédits alloués par l’État, de produits de prestations diverses (contrat, vente de publications), d’appuis des partenaires techniques et financiers, et de dons et legs légalement autorisés. Les crédits alloués par l’État sont inscrits chaque année dans la loi de finances au titre de la Présidence de la République.

S’agissant des ressources humaines, outre les membres du Conseil d’orientation et du Conseil scientifique, le fonctionnement du CNESS est assuré par le directeur, le directeur adjoint, les chefs de programme et le personnel d’appui technique et administratif. Ce personnel est le fruit d’un redéploiement de cadres de l’administration publique. Les recrutements externes ne seront possibles qu’à partir de l’année fiscale 2018.

Aujourd’hui, le CNESS est en phase de montée en puissance en ce qui concerne le personnel, les moyens matériels et les activités. À défaut de financement conséquent, le Centre ne pouvait s’appuyer que sur les ressources humaines de l’administration publique, ainsi que sur les ressources allouées par les partenaires techniques et financiers, dans le cadre de l’organisation d’une activité (forum, colloque).

En dépit de ces insuffisances, le CNESS a pu mener plusieurs activités et participer à des colloques au Niger et à l’étranger. Ces efforts sont à mettre à l’actif d’une équipe jeune, dynamique et professionnelle, appuyée par des partenaires confiants en l’avenir de cette institution.

Sur un tout autre registre, quelle est votre appréciation de la situation sécuritaire actuelle au nord Tillabéry, notamment sur les multiples attaques terroristes qui occasionnent des pertes au sein de nos FDS ?

La situation sécuritaire actuelle de la région de Tillabéry n’est pas dissociable de celle de l’espace sahélo-saharien, en particulier celle du Nord malien. Lesdifférentes opérations de Serval, de la force Barkhane et de la force onusienne ont réduit les capacités de nuisance des groupes terroristes en les coupant de leurs zones de ravitaillement et en leur portant des coups mortels à l’occasion.

Dans ces conditions, les groupes djihadistes se rabattent souvent sur des localités nigériennes pour s’approvisionner en matériels de guerre et parfois en vivres. Malheureusement, ces attaques nous occasionnent des pertes en vie humaine. Face à cette situation, des opérations sont menées par nos FDS pour neutraliser et éradiquer ces groupes djihadistes. Ce qu’il faut retenir, c’est surtout l’abnégation et l’esprit de sacrifice qui caractérisent nos Forces de défense et de sécurité et nous ne pouvons que saluer l’engagement de nos hommes sur les différents théâtres d’opération. En effet, ces hommes en armes assurent au quotidien la sécurité des personnes et de leurs biens, sur l’ensemble du territoire national. Cette présence militaire dans les différentes localités de la région de Tillabéry permet également de contrer certaines velléités annexionnistes des terroristes.

Grâce aux efforts de l’État, appuyé par les partenaires de la coopération militaire, nos FDS restent maîtres du terrain, conservent leur liberté d’action, et parviennent souvent à mettre en déroute les forces ennemies. Le caractère asymétrique des attaques terroristes complique davantage les réponses sécuritaires des FDS ; pour y remédier, la formation et l’entraînement des militaires ont été réaménagés pour prendre en compte les dimensions de la guerre irrégulière.

Comme vous le savez, les perspectives sécuritaires de la région de Tillabéry préoccupent les plus hautes autorités de la République. C’est ce qui justifie leur engagement sur tous les fronts diplomatiques pour finaliser l’opérationnalisation de la Force Conjointe du G5 Sahel. Il faut saluer à cet égard l’efficacité de la force mixte multinationale (FMM) de la CBLT qui s’active à éradiquer le groupe terroriste Boko Haram du Bassin du Lac Tchad.

Cependant, l’effort ne doit pas être seulement militaire, il doit être aussi économique et social. En mettant en œuvre la stratégie pour le développement et la sécurité, les plus hautes autorités du pays ont bien conscience que la paix, la sécurité et le développement sont liés.

Pour éradiquer définitivement le terrorisme et la criminalité transnationale, il faut également placer le citoyen au cœur de la politique de sécurité. Il faut faire en sorte que nos populations se sentent concernées par la sécurité, elles en sont les principaux acteurs et leur adhésion à la cause sécuritaire est vitale.

Malgré la présence de la force Barkhane et d’Africom, les attaques continuent et les assaillants arrivent à disparaître dans la nature. Finalement, des Nigériens se posent des questions sur l’utilité réelle de forces étrangères chez nous. Quel est votre avis sur ce sujet ?

Il faut savoir que dans cette guerre contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière, le Niger n’est pas seul et ne restera pas seul. En effet, les défis sécuritaires sont nombreux et complexes et nécessitent la conjugaison de plusieurs efforts pour y faire face. Compte tenu de sa position stratégique au sahel et aussi des résultats obtenus dans cette guerre asymétrique, le Niger demeure un pivot stratégique et un partenaire privilégié des puissances étrangères. Aussi, notre pays, à travers des accords de coopération militaire, bénéficie d’appuis logistiques et opérationnels ainsi que de la formation. D’autres domaines tels que le renseignement sont également concernés dans les efforts de mutualisation.

Il faut retenir qu’à ce stade, les puissances étrangères sont d’une grande utilité pour le Niger, et au-delà pour tous les pays Sahélo-Sahariens. Dans ces moments difficiles pour nos armées, la mutualisation des moyens demeure un impératif de succès contre ces forces du mal. Cela n’exclut pas bien sûr de développer progressivement nos propres capacités dans tous les domaines de la sécurité afin de ne pas rester dans la dépendance vis-à-vis de ces puissances.

Quel est votre mot de la fin ?

Je voudrais rappeler que le premier forum sur la sécurité et la défense organisé par le CNESS, du 6 au 8 décembre à Niamey, est une opportunité pour les participants d’échanger sans tabou sur les questions sécuritaires du Niger. Nous attendons de tous des contributions pertinentes qui nous permettraient de mieux fixer les contours de notre politique nationale de sécurité et de défense, qui sera formelle et évolutive et renforcera les liens Armée-Nation.

Réalisée par Hassane Daouda(onep)

09 décembre 2017
Source : http://lesahel.org

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