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vendredi, 06 novembre 2009 09:02

Colonel de Gendarmerie Lawel Chékou Koré, premier prix des Editions l'Harmattan suite à un mémoire d'étude sur la rébellion au Niger au Collège Interarmées de Défense de Paris Spécial

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Lawel Chékou Koré Au cours de son stage au Collège Interarmées de Défense de Paris, communément appelé Ecole de guerre, le Colonel de Gendarmerie Lawel Chékou Koré vient d'obtenir le premier prix des Editions l'Harmattan suite à une brillante étude sur la rébellion au Niger. Le Colonel Lawel Chékou Koré, c'est un rappel, a occupé les fonctions de Haut commissaire à la restauration de la paix. Il est titulaire de plusieurs diplômes professionnels et universitaires, entre autres le Brevet d'Etudes militaires supérieures et le diplôme d'expert de la défense en management,


“C'est un sentiment de fierté qui m'a animé à la réception de ce prix, remis par une aussi prestigieuse maison d'Edition que l'Harmattan”


commandement et stratégie, obtenus au collège interarmées de défense de Paris; une maîtrise en droit privé obtenue à l'université AMD de Niamey; et un master II en relations internationales option sécurité et défense obtenu à l'université de Paris II.

Mon Colonel, votre mémoire de fin d'Etudes au Collège Interarmées de Défense de Paris intitulé ''Rébellion touarègue au Niger, raisons de persistance et tentatives de solutions'', vous a valu le premier prix des Editions l'Harmattan. Ce jour-là, quel a été votre sentiment ?

C'est bien sûr un sentiment de fierté qui m'a animé à la réception de ce prix, surtout remis par une aussi prestigieuse maison d'Edition que l'Harmattan. C'est aussi important pour mon pays parce qu'il faut dire que cette école militaire regroupe quelque 345 stagiaires de 74 nationalités.

Peut-on connaître les raisons qui vous ont amené à choisir ce thème?
J'ai choisi ce thème parce que c'est important pour tout Nigérien d'appréhender les tenants et aboutissants de ce phénomène qui vient accentuer les difficultés que rencontre un pays en pleine construction comme le Niger. Il constitue un facteur inhibiteur de développement par ses ravages dans le milieu des forces vives et de la population laborieuse. A cet inconvénient, pourraient s'ajouter une cristallisation de haine et une rupture de confiance entre les Nigériens, proportionnelles à la durée de l'insécurité et des pertes qu'engendrent inévitablement tous affrontements entre ressortissants d'un même pays. Cependant, l'un des problèmes majeurs engendrés par les groupes armés, demeure l'usage systématique des mines antichars et anti personnelles. Cela est absolument condamnable, en ce sens que ces engins, non seulement sèment la mort dans les rangs des belligérants, mais en plus endeuillent les populations civiles. Dans les pays qui connaissent ce genre de problèmes, ce sont les générations post conflits qui payent le prix fort, trente voire cinquante ans après la guerre. En outre, ces mines pourraient handicaper pour longtemps le secteur du tourisme, l'économie majeure, qui fait vivre nombre d'habitants du Nord. Ce qui aggrave le problème, c'est que le Nord nigérien est un désert de sable et le sable est mouvant. Les dunes de sable se déplacent sous l'effet du vent, entraînant du coup le déplacement des mines, et rendent caduques les plans de pose qui d'ailleurs ne sont pas, la plupart du temps, établis par les groupes armés. En effet, les mines sont mises en œuvre sans aucune précaution, sans marquage des champs de mines, ni établissement et conservation des plans de pose. Ces armes, faciles à me mettre en œuvre, ont été malheureusement utilisées à profusion.

Peut-on connaître, de manière succincte la genèse de la rébellion dans notre pays?
Les prémices de ce mouvement, comme celles de toute insurrection, sont obscures et il est difficile d'en fixer la date exacte. C'est un phénomène récurrent depuis la colonisation qui s'est amplifié à partir des années 1990 sur la partie septentrionale du pays. C'est tout d'abord contre les Français que les Touaregs ont levé l'étendard de la révolte pendant la période de conquête coloniale. Les colonisateurs, confrontés aux Kel Tamasheq, s'en sortent avec suffisamment de bonheur parce qu'ils arrivent sans trop de mal à les vaincre du fait notamment de la supériorité incontestable de leur armement et par la mise sur pied d'un réseau de renseignements efficace au sein de la population. A l'indépendance, les Français ont passé le témoin, telle une patate chaude, aux nouveaux maîtres du pays. Les différents gouvernements qui se sont succédé après l'indépendance ont suivi avec beaucoup d'attention le dossier. Ce qui n'a pas empêché le problème de ressurgir, comme le phénix qui renaît de ses cendres, et de se pérenniser. Les solutions expérimentées jusqu'ici pour mettre fin au mouvement ont eu un succès relatif dans certains cas, parfois elles ont été concluantes pendant une longue période.

En introduction générale de votre mémoire, une citation: "il est plus facile de faire la guerre que la paix". Que peut-on comprendre par là ?
Oui, c'est là une citation que j'ai empruntée à Georges Clémenceau, un journaliste français, et également homme politique qui a été ministre de la guerre et président du conseil. Je pense que cette citation trouve toute sa résonance dans le cas du Niger. C'est à partir des années 1980-1990 qu'un mouvement armé est officiellement déclaré depuis la fin de l'époque coloniale et on en est toujours à courir derrière la paix, malgré tous les efforts déployés aussi bien par les autorités nationales que par les pays amis et la communauté internationale. Heureusement, il y a quelques jours, les différents groupes ont déposé les armes, faisant ainsi place à la paix.

Dans ce sens, quels ont été les efforts des autorités nationales dans le cadre du règlement de cette situation?
Je commencerai par saluer la détermination du Chef de l'Etat qui incarne d'abord l'unité nationale et qui veut que tous les fils de la Nation regardent dans la même direction pour œuvrer à la construction nationale. A plusieurs reprises, il n'a cessé de lancer des appels aux uns et aux autres pour déposer les armes et rentrer à la maison. Aujourd'hui, Dieu merci, ces appels ont été entendus avec le dépôt tout récent des armes par les différents groupes. Je salue également le travail accompli par les éléments des Forces de Défense et de Sécurité, ainsi que tous ces compatriotes qui ont compris le sens de l'appel du Chef de l'Etat et déposé les armes. Je n'oublie pas de louer le courage dont les populations nigériennes ont fait montre au cours de cette période d'insécurité, particulièrement celles installées dans la zone Nord, notamment le Kawar et l'Aïr.

Dans la même étude, vous avez souligné que "un citoyen d'un Etat moderne ne doit pas préférer la voie des armes à celle de la démocratie. Peut-on savoir la signification de cette affirmation?

A mon sens, l'on ne peut, en tant que citoyen, préférer la voie des armes à celle de la démocratie. Le processus démocratique en cours au Niger donne la possibilité à tout un chacun de se mobiliser dans les formations politiques, dans toutes les régions et avec toutes les ethnies, pour défendre et faire valoir ses opinions et, une fois élu à un poste politique, appliquer le programme de gouvernement sur la base duquel le peuple lui aura fait librement confiance.

Réalisée par Dubois Touraoua
06 novembre 2009
Publié le 06 novembre 2009
Source : Sahel Dimanche

Lu 3562 fois Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15