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dimanche, 02 avril 2006 21:12

21-02-2004 Damouré Zika le maître du cinéma Nigerien

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Le Centre culturel franco-nigérien de Niamey organise du 14 au 22 février une retrospective du cinéma nigérien dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il est en lethargie. On fonde l’espoir que cette retrospective servira de base pour une nouvelle ère du cinéma nigérien. Dans ce cadre “ Le Républicain ” a rencontré Damouré Zika (84 ans) ancien acteur de cinéma et Jean Rouch, cinéaste.

ZikaQuestion : Quel regard portez-vous sur le cinéma nigérien aujourd’hui ?

Damouré Zika : Le cinéma nigérien devait marcher. Mais par manque de moyens ce cinéma ne marche plus. On ne s’occupe pas des cinéastes. Or le cinéma, vous savez, c’est très important dans un pays. Tout ce que je peux dire c’est qu’il faut que les gens qui ont les moyens aident les cinéastes nigériens pour que ce cinéma reprenne sa place dans le concert des nations.

Q. : Il y a alors des moyens pour sortir le cinéma nigérien de sa léthargie ?

D.Z. : Les moyens, c’est l’argent. Pour faire du cinéma, il faut de l’argent. Par exemple au Burkina Faso il paraît qu’il y a un budget pour les cinéastes. Mais au Niger je n’ai jamais entendu parler d’un budget pour les cinéastes.

Q. : On vous a vu dans “ Le rêve plut fort que la mort ”, le dernier film de Jean Rouch. Pouvez-vous nous parler de ce film ?

D.Z. : Vous savez, j’ai joué dans presque tous les films de Jean Rouch. Ses films sont nombreux, plus de 120. Comme tu viens de voir Jean Rouch, c’est un type qui est franc, qui aime le palabre. Alors chaque soir, quand il vient au “ Damsi ” devant un gros plat de beefsteak et autres, on se raconte des histoires et l’idée nous arrive de là. Et dans nos films, il n’y a jamais eu de scénario. Il nous laisse le temps de faire ce que nous pouvons faire. C’est pourquoi nos films sont uniquement des films pour faire rire. Si vous avez pu le constater, tous les acteurs de Jean Rouch sont des illettrés, qui ont été formés par Jean Rouch lui-même, jusqu’au technicien de son. Et Jean Rouch n’a jamais demandé de l’argent à qui que ça soit pour faire ses films. Il arrive avec ses pellicules, ses moyens et nous, on se met devant la caméra et on se met à jouer ce que nous voulons. C’est à nous de choisir. Et c’est comme ça que nous avons joué “ cocorico, Monsieur Poulet ” par exemple et ainsi de suite. On se met devant la caméra et lui il est derrière, il filme et voilà. 

Q. : Au cours de cette rétrospective, tous les cinéastes nigériens se sont retrouvés au centre culturel franco-nigérien de Niamey. Quels sentiments suscitent chez vous ces moments de retrouvailles ?

D.Z. : C’est vraiment regrettable. Parce que tout ce monde là peut faire quelque chose. Ils peuvent faire du cinéma. Si nos voisins (Burkina Faso, Mali) font du cinéma qui passe sur les écrans du monde entier, c’est parce qu’ils ont des moyens. Mais ils ne sont pas plus intelligents que nos cinéastes. Pour faire du cinéma il faut être aidé, il faut se déplacer. Vous ne pouvez pas appeler des acteurs et les mettre devant votre caméra sans les payer ! Vous ne pouvez pas vous déplacer à pied pour aller dans les villages lointains ! Ainsi de suite. Voilà. La conclusion encore une fois, il faut des moyens et les moyens c’est de l’argent. Quand on a de l’argent on peut recruter ses acteurs, on peut trouver des moyens de transports, on peut contacter les anciens partout pour avoir d’autres idées, pour faire quelque chose de mieux. 

Q. : Un des objectifs de cette rétrospective c’est justement de redynamiser le cinéma nigérien pour qu’il aille de l’avant. Pensez-vous que ce sera possible ?

D.Z. : C’est bien possible. Mais comme je l’ai déjà dit, la possibilité c’est de l’argent. S’il y a des bonnes volontés, si le gouvernement du Niger peut aider nos cinéastes, je dis que le cinéma nigérien sera meilleur que beaucoup de films que nous voyons sur les écrans. Parce que tous les acteurs sont bien connus. Ils n’ont pas de complexe, ils peuvent jouer devant n’importe quelle caméra et dans n’importe quelle situation. Prenez le cas de Damouré Zika, malgré son âge il peut venir jouer devant n’importe quelle caméra si on le sollicite. Il peut encore jouer les rôles les plus difficiles (rires). 

Q. : Au départ M. Damouré était pêcheur. Comment êtes-vous passé de pêcheur à acteur de cinéma ?

D.Z. : C’est vrai, je suis pêcheur de l’ancien quartier Gawèye. C’est grâce à Jean Rouch, que j’ai connu depuis 1941 au bord du fleuve Niger. Il venait se baigner. Il était ingénieur des travaux publics à l’époque, et moi j’étais pêcheur. Et le 3ème jour de notre rencontre en 1941, il m’a demandé de venir chez lui. C’est vrai j’ai été à l’école mais à l’époque il n’y avait pas d’enseignants formés pour enseigner. On nous a mis dans une classe et nous a confiés aux tirailleurs, qui venaient nous apprendre la gymnastique et nous enseigner “ moi es dit, toi est dis. Quand les premiers instituteurs sont sortis pour enseigner, nous, on était déjà grands et on nous a demandé de partir. J’ai repris ma ligne de pêche. Et un soir, de 1941, j’ai rencontré Jean Rouch qui voulait se baigner. L’endroit où je faisais ma pêche, a été aménagé. A l’époque, il n’y avait pas de voiture. Il venait à vélo et je lui cédais l’endroit. Et le 3ème jour, il m’a demandé si je parle français. J’ai répondu “ Moi, je parle français militaire ”. Nous avions échangé et ça l’a fait rire. Il a trouvé qu’il faut amener Damouré chez lui et lui apprendre le bon français. Et c’est comme ça qu’il a commencé à m’enseigner l’alphabet français de A à Z. Ensuite il a commencé à me faire des leçons. Ainsi de suite. C’est comme ça qu’il m’a appris le français. On est resté ensemble pendant deux ans. Après il devrait partir. Il m’a confié à un médecin de l’hôpital de Niamey en lui demandant s’il pouvait m’engager comme infirmier. Le médecin a hésité et Jean Rouch lui a dit “ Tu peux l’engager, il sera un très bon infirmier ”. Trois mois après son départ on m’a fait venir au dispensaire de Niamey et engagé comme infirmier bénévole. On m’a confié aux anciens infirmiers de l’époque qui m’ont tout appris y compris les piqûres. Le 15 décembre 1943, Damouré se voit engagé comme infirmier et affecté. Ainsi de suite, Damouré rentre dans le circuit. En 1944 on m’a fait venir pour suivre les cours des infirmiers. En 1947 le gouverneur général de l’Afrique Occidentale française qui se trouvait à Dakar a demandé qu’on lui envoie des noms d’infirmiers les plus sages et les plus sérieux. Mon nom a été envoyé et Damouré est devenu agent technique de service de santé de l’AOF. Je pouvais donc servir dans toute l’AOF. Jusqu’à l’indé-pendance, Damouré est infirmier spécialiste en pharmacie. Et quand Jean Rouch est revenu, je lui ai présenté toutes les médailles qui m’ont été discernées. J’ai dit à Jean : “ Tu as dis que Damouré sera un très bon infirmier, voici la récompense, 9 médailles de la République du Niger ”.

Q: Damouré Zika et Jean Rouch, une amitié éternelle

Notre aventure dans le cinéma a commencé en 1950. Jean était revenu, pas en tant qu’ingénieur, mais en tant qu’ethnologue et cinéaste. Il faisait des recherches sur les peuples riverains du fleuve Niger, plus précisément dans la région de Tillabéry. Parce que, chaque année après la saison des pluies, les gens vont vers la côte pour chercher de l’argent. Et ils ramènent des habits, des parfums et aussi des aventures. Alors nous avons décidé de les suivre pour voir ce qu’ils font au Dahomey (actuel Bénin), au Togo et en Gold Coast (Ghana). C’est comme ça que Damouré a été acteur. Il imitait ces gens là et avec sa caméra il les filmait. Voilà, jeune homme comment je suis devenu acteur. Et on faisait tout ça pas parce qu’on était payé, mais parce qu’on était les “ enfants ” de Jean. Nous sommes quatre et notre association s’appelait “ DALAROTA ” qui veut dire : Damouré, Lam, Rouch et Tallou. Voilà.
Interview réalisée par Gorel Harouna

REPUBLICAIN NIGER

Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15