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jeudi, 06 avril 2006 13:04

Bob Dylan africain

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29-11-2004 S'il avait suivi la coutume et écouté sa mère, le chanteur sénégalais Ismaël Lo ne serait jamais devenu artiste. Actuellement en tournée en Afrique et dans l'Océan Indien, il revient sur les obstacles qu'il a dû surmonter pour faire entendre sa voix. Ismaël Lo, ce presque quinquagénaire (48 ans) à l'allure d'éternel adolescent, est aujourd'hui très populaire en Afrique comme en Europe. Souvent surnommé le "Bob Dylan africain", il est même fait en 2002 Chevalier de la Légion d'honneur par la France pour ses qualités artistiques, ses valeurs humaines et pour son action pour la francophonie.


Né en 1956 au Niger mais élevé au Sénégal par un père sénégalais agent des douanes et une mère d'ethnie peule et de nationalité nigérienne, le petit Ismaël part dans la vie avec un lourd handicap : il n'est pas issu d'une famille de griot, de musicien. Dans l'Afrique traditionnelle, l'exercice de certains métiers, comme ceux touchant au chant, est très codifié et se transmet de génération en génération. Il est quelquefois très difficile de dévier, d'affirmer son individualité, son ambition, sa volonté. "L'Afrique a ses mystères, elle connaît pas mal de problèmes. Il y a les (familles de) griots, de forgerons. C'est un problème d'état d'esprit. Il y a des coutumes. Il y a des gens qui sont très conservateurs, qui veulent les perpétuer", explique à l'Afp l'artiste avant un concert à Nairobi.

 

"Le monde évolue, le monde a changé. Avant, pour aller de Dakar à La Mecque où ailleurs, nos parents allaient à dos de chameau ou de cheval, puis après il y a eu le bateau. Il fallait un ou deux mois pour regagner La Mecque." "Maintenant, au bout de quatre ou cinq heures de temps, tu es arrivé. Cela veut dire que le monde a évolué." "Quand une partie du toit du terminal E (de l'aéroport de Roissy, près de Paris) s'est effondrée (le 23 mai, faisant 4 morts), j'étais très triste. Mais là encore, on a eu l'information dans les minutes qui ont suivi." "Tout cela montre quelque part que le monde a vraiment évolué. Je pense qu'il faut évoluer dans les mentalités tout en gardant certaines traditions." "Il y a des choses qu'on doit toujours garder, comme ne pas s'embrasser dans la rue, être hautain, ne pas respecter le droit d'aînesse." "Faire la charité, se mettre à la place de l'autre lorsque c'est nécessaire, ne pas se prendre plus important que l'autre. Pour moi, ce sont des valeurs qu'on doit conserver. Etre ouvert, recevoir l'étranger, ce sont des valeurs que je conserve."

Autre valeur essentielle pour ce père de quatre enfants: "Avoir ma maman jusqu'à la fin de mes vieux jours, m'occuper d'elle, ne pas l'envoyer en maison de retraite comme en Europe ou ailleurs." En plus du poids de la tradition, le jeune Ismaël a pourtant dû affronter, pour réaliser ses ambitions de devenir artiste, l'opposition de sa propre mère. "Ma maman, elle signe et persiste. Elle doit avoir 80 ans aujourd'hui. Je dis +maman ça va comme ça+. On rigole. Mais elle me dit: +c'est bien, mais je suis sûr que si ton papa était vivant tu ne ferais pas de la musique+. Elle me dit cela jusqu'à aujourd'hui." Quelle ambition sa mère avait-elle donc pour lui ? "Peut-être douanier comme mon père, ou avocat ou docteur. Je ne sais pas." "Il y a des familles conservatrices. Au Sénégal, la tradition religieuse est très forte. C'est normal. Mais cela serait peut-être encore pire de voir un enfant issu d'une famille très religieuse prendre le micro et chanter. Je pense que cela serait beaucoup plus catastrophique."

 

Et Ismaël Lo de conclure avec philosophie: "Ce sont des valeurs qui sont là, que tu peux comprendre. Mais tu te dis aussi que c'est ta vie. Dieu nous a donné une longue vie et a tracé notre carrière. C'est ma vie, mon destin."
Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15