vendredi, 17 janvier 2014 00:53

Portrait du slameur Jhonnel : Les écueils de l’exil à travers le titre ’’Je pars d’ici’’

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Hamani Kassoum JhonnelHamani Kassoum Jhonnel - Artiste de la poésie urbaine, Hamani Kassoum, Jhonnel, de son nom d’artiste, fait du slam depuis plus de cinq années déjà. Né en juin 1984 à Niamey, l’artiste parle de son parcours à travers son dernier titre, avec pour seul instrument de musique le rythme des mots, des consonances, des rimes, etc., Le slam est un art oratoire  qui attire de plus en plus d’adeptes dans tous les continents. Pour bon nombre d’entres eux, faire du slam est un exercice qui favorise la promotion de la langue française à travers ses différentes déclinaisons.


Avec le plus souvent un style vestimentaire typiquement afro, l’artiste, Jhonnel, taille moyenne, silhouette plutôt longiligne, a une voix captivante qui emporte tout auditeur amoureux de la poésie, à travers ses récits. Son passage sur le petit écran et ses  prestations  lui ont valu estime et considération.  Il chante aussi bien en Français qu'en langue nationale, notamment en Zarma. Son talent dans l’art de manier les mots et les phrases lui ont valu  des distinctions.
Jhonnel est aujourd'hui un habitué des scènes, il a arpenté plusieurs podiums tant au Niger que dans la sous-région, et a assisté à des rencontres artistiques tels que les festivals (Ouaga Hip Hop, Festival international  du slam et de l’humour à Niamey) et les colloques et ateliers d’écriture. Lauréat du concours de musique slam ''Je dis, je dis'' en 2009 à Lomé, Jhonnel a participé au concours de musique. Il  collabore également avec des partenaires pour l’initiation au slam en milieu scolaire, car selon lui, le slam contribue à promouvoir la langue française. ‘’Il n'y a rien de plus beau et de plus intéressant  que d’être écouté, suivi et aimé. Les artistes nigériens font de belles choses, seulement il faut diffuser leurs œuvres, faire connaitre ce qu’ils font. Promouvoir la culture d’un pays, c’est grandi l’image de ce  pays;  pour cela, je compte sur les médias, surtout publics’’,  insiste-t-il.
Après plusieurs titres si bien connus comme ‘’la cour commune’’, ‘’la corruption’’, ‘’pile ou face’’, Jhonnel, revient avec un titre phare actuellement disponible dans les bacs : ‘’je pars d’ici’’,  sorti il y a environ six mois. Ce qui démontre que notre artiste veut conquérir davantage le cœur des Nigériens. Ce poète de l’oralité adopte dans ce titre des vers libres, un style déconcertant pour mieux faire passer le message. Il en résulte un récit inspiré et inspirant qui séduit l’auditeur. A travers ce titre, Jhonnel s’est inspiré des réalités quotidiennes de la vie. A l’écouter et à le regarder le téléspectateur est entrainé à travers les corridors et les longues routes sinueuses de l’immigration, dans une traversée dure d’un pays à un autre où le voyageur assiste, impuissant, à des scènes aussi amères les unes que les autres: la guerre, les malentendus, les jalousies, les famines, les crises avec les drapeaux des pays que le slameur a sillonné. On le voit dans ce clip, traversant des pays comme le Niger, la Somalie, le Tchad, la RD Congo, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Nigeria et le Burkina Faso.  Avec tous les problèmes que vivent ces pays, il suggère que le candidat à l’exil s’informe d’abord des dures réalités de l’immigration avant de se lancer dans toute aventure. Pour lui, la connaissance du milieu repose  davantage sur le fait qu’il faut compter sur les amis, les proches et les connaissances qui eux, ont eu à visiter ces nombreux lieux. Au cours de ce sinueux voyage qui laisse perplexe l’auditeur, avec une suite imaginaire, il y concentre  tout son art sur les différents pays qui ont marqué son parcours, à commencer par son pays. On découvre dans le clip une scène où des jeunes autour du thé, sont prêts à en découdre avec l’oisiveté.
Pour cet artiste, le phénomène de l’immigration, prend de plus en plus de l’ampleur et il faut en parler. ‘’Pour ces jeunes aventuriers, c’est généralement autour du thé que les idées viennent; ils décident de partir, et à partir de là commence une aventure difficile, pleine d’embuches’’, déclare-t-il.
Dans ’’Je pars d’ici’’, notre slameur jongle avec les mots et les phrases pour décrire ces contrées, avec tous les corollaires de cette aventure pleine écueils. Ses activités artistiques sont loin de gagner le terrain dans son quotidien, car il consacre assez souvent son temps de repos à la pisciculture dans un jardin situé aux abords du fleuve à Liboré, à quelques kilomètres de Niamey. Jhonnel gère également une petite entreprise de location de matériels roulants.
Il conseille aux jeunes de travailler, d’avoir de la volonté, de croire  en eux, de mieux faire, et surtout d’écouter les conseils et d’accepter de se faire petit pour grandir un jour. ‘’Dites-vous que la vie est pleine d’obstacles, ne baissez jamais les bras, car rien n'est impossible dans la vie’’ dit-il,  tout en exprimant sa gratitude à tous ceux qui le soutiennent moralement et financièrement.
Aissa Abdoulaye Alfary

17 janvier 2014
Pubié le 17 janvier 2014
Source : http://lesahel.org/

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