jeudi, 06 février 2014 08:59

Yacouba Moumouni alias Denké Denké : Digne ambassadeur de la musique nigérienne à travers le monde

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Yacouba Moumouni 2De tous les artistes nigériens, Yacouba Moumouni alias Denké Denké est certainement le plus connu, aussi bien ici au pays qu’à l’étranger. Ses compositions portent fondamentalement, les caractéristiques de la culture nigérienne.

Utilisation d’instruments traditionnels (flûte typique de la tradition des bergers peulhs, le kalango : tam tam d’aisselle connu dans les milieux haoussa et djerma, le komsa et le molo : instruments à corde et la calebasse, tous largement utilisés dans les traditions musicales nigériennes), chants tirés du répertoire local peul et songhaï, tels sont, les principaux éléments qui caractérisent les compositions de cet artiste. Et pour couronner le tout, Yacouba Moumouni, reflète de par son habillement, toute la culture peulh et songhaï (à travers les grands boubous et surtout les pagnes Téra-Téra). Autant dire que cet ex-petit berger peulh, devait nécessairement, peut être sans l’avoir prévu, devenir le grand artiste qu’il est aujourd’hui.

C’est dès son jeune âge que Yacouba s’est découvert cette corde qui, aujourd’hui fait sa renommée. Et il l’a très vite accroché à son arc. La flûte en bandoulière, parfois une calebasse entre les jambes (lorsqu’il n’y a personne pour le faire), Yacouba Moumouni n’hésite jamais à entonner une chanson. « Je suis né avec la chanson», aime t-il dire. «Ce n’est pas que je l’ai appris comme ça. J’ai toujours chanté quand je mène une activité, uniquement pour me donner le courage de le mener à terme. Quand je marche au pâturage, au champ, j’ai toujours chanté et sans le savoir, ma voix s’est rodée ». Mais, c’est en 1992 que Yacouba a commencé à chanter pour un public au centre de formation et de promotion musicale (CFPM- Tayya). En 1995, Il fonde Mamar Kassey et depuis ses débuts, le succès ne s’est jamais démenti. Aujourd’hui, Yacouba Moumouni et son groupe sont  considérés comme les meilleurs ambassadeurs de la musique nigérienne à travers le monde. En plus de la flûte, cet artiste joue aussi  avec un nouvel instrument qu’il nomme « Kamele Ngoni».

S’il est une chose que Denké Denké aime, c’est la liberté. « J’ai toujours détesté qu’on me donne des ordres. Depuis mon enfance jusqu’à l’âge de 30 ans, on m’a toujours donné des ordres. Aujourd’hui, je vole de mes propres ailes et j’ai du temps pour mes affaires », dit-il. Yacouba Moumouni, est berger durant son enfance. Lorsqu’il quitte sa famille à la mort de son père pour rejoindre la capitale Niamey, c’est auprès de la chanteuse Hamsatou Danté qu’il exerce le métier de boy. La patronne, décelant le potentiel du jeune garçon, lui enseigne alors la musique. Il devient par la suite apprenti mécanicien et étudie en parallèle avec le flûtiste Harouna Marounfa. En 1990, il entre au Centre de formation et de promotion musicale (CFPM) et se produit avec l'orchestre Takeda, dirigé par Abdoulaye Alassane.

Denké Denké a quatre albums à son actif : « Denké Denké », « Alatoumi », « On va voir ça » qui n’est pas sorti en Europe et récemment «Taboussizé » lancé en décembre dernier en Europe.  «Taboussizé», le dernier album, sorti sous le label Innacor/L’Autre Distribution, fait référence à un de ses amis d’enfance qui a été élevé à l’étranger. Une fois au pays, ce dernier a été obligé par les parents de son père à adopter leur culture. Ce n’était pas sans difficultés. L’enfant n’ayant pas survécu à la terre de ses ancêtres, cette vision a marqué à jamais la mémoire du chanteur.

Au fil des albums, Denké Denké et son groupe Mamar Kassey continuent d’évoluer. Ils ont aujourd’hui dépassé les frontières du Niger et de l’Afrique pour s’imposer au reste du monde. Après leur passage sur scène, les médias s’emparent du phénomène nigérien. RFI, Télérama, et d’autres chaines s’en sont donné à cœur joie. Le dernier album du groupe a même figuré parmi la sélection des meilleurs albums africains 2013 (LES INROCKS - Sélection "Meilleurs albums 2013").

«J’ai beaucoup tourné dans le monde, mais celle qui m’a le plus marqué, c’est celle que j’ai effectué à Rabat au Maroc, au festival de Sawira où j’ai chanté devant une foule de plus de 60.000 personnes. Récemment, j’ai été très content de jouer à Africolor à Paris », nous a confié Yacouba Moumouni, un sourire de satisfaction au coin. Précisément sur le site de ce festival, le groupe Mamar Kassey est perçu comme un courant   qui «entraîne le spectateur dans un flux de vie et d’énergie où rites ancestraux et progrès cohabitent naturellement. Délivrée de la rigidité des codes par un esprit d’ouverture, respectueux de l’oralité, l’essence de la tradition irrigue toutes les compositions du groupe. Elle se propage à la vitesse de la lumière à travers le tempo de la calebasse et du tambour « Kalangou ». Elle unit dans un jeu de subtils contrastes les lignes mélodiques de la guitare électrique et du petit luth «Komsa ». Elle parle dans le chant et la voix de la flûte «Seysé» qui rebondit en funambules sur la ligne d’une basse sous haute tension.

Mamar Kassey joue avec beaucoup de brio et de professionnalisme des arrangements bien exécutés soutenant la belle et puissante voix de Yacouba, pleine de sensualité et de chaleur avec une identité nigérienne authentique fortement affirmée par un jeu subtil, performant des luths « Komsa » et « Molo » traditionnels et d’un tambour d’aisselle (Kalangou)». Sitôt rentré au bercail, Yacouba Moumouni et son groupe se remettent au travail. Il faudrait honorer un agenda chargé. Juin-juillet-août 2014 et avril-mai 2015, des tournées internationales ont déjà été prévues. Né vers 1966 à Téra (région de Tillabéri), Yacouba Moumouni est marié à une femme et père de neuf (9) enfants.

 M. S. Abandé Moctar

06 février 2014
Publié le 06 février 2014
Source : http://lesahel.org/

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Dernière modification le jeudi, 06 février 2014 09:38