mardi, 18 février 2014 07:59

Vient de paraître «Inzad ou le destin de Ghaïsha», un roman de Ibrahim Manzo Diallo

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Le roman « Inzad ou le destin de Ghaïsha », qui est sorti en janvier 2014 sous la plume de Ibrahim Manzo Diallo, est édifiant sur tout un pan de la culture et de la société touarègues qu’on croyait connaître : la fonction musicale et les prolongements socioculturels que véhicule le ‘’Inzad », ce violon monocorde qui berce l’âme touarègue et anime les nuits du désert saharien.


En effet, quiconque a écouté les notes tirées de l’Inzad par la grande violoniste touarègue Hadjo Imini a dû en éprouver le pouvoir envoûtant. Mais, qu’exprime vraiment cette musique ? C’est le préfacier du roman, le Premier ministre Brigi Rafini en personne,  natif de Iférouane dans le grand nord nigérien et issu d’une famille maraboutique – donc plus portée sur les nourritures spirituelles que les plaisirs terrestres - qui nous éclaire avec pertinence sur les multiples fonctions de l’Inzad : « Inzad est un violon monocorde qu'on retrouve particulièrement dans les zones nomades du nord Niger. Sa musique permet de rassembler, dans une parfaite communion d'esprit mais aussi d'animer davantage le train-train qui caractérise le quotidien des communautés nomades. Ce violon a une particularité, qui fait apparaître son côté mystique : il se transmet d'une mère initiée à sa propre fille. Ne le joue qui le veut ! Il requiert une initiation bien accomplie. C'est donc un élément qui fait partie intégrante de la communauté, qui porte la culture locale, qui sert aussi à exalter des valeurs comme celles de la dignité, de l'honneur, de l'humilité, du respect de la parole donnée, de la solidarité. Il contribue ainsi à assurer l'harmonie sociale et la coexistence pacifique...».

Et justement, tout l’art de Ibrahim Manzo Diallo consiste, de façon romanesque, à « faire connaître et partager la symbolique de cet instrument » (l’Inzad), à nous révéler certaines subtilités gestuelles et langagières des Kel Tamasheks pour déclarer leur flamme à une femme, pour saluer, etc.

On découvre aussi dans ce roman de 155 pages, édité à Niamey par «Afrique Lecture » la fonction de regroupements comme les «Ahal», ces «nuits de causeries galantes». Mieux, en choisissant comme trame de son roman le destin de Ghaïsha, Ibrahim Manzo Diallo pose la problématique de la transmission des savoirs traditionnels des générations présentes et passées aux générations futures. En effet, de fuites en avant en refus, Ghaïsha a dû affronter une série d’épreuves et surtout d’interdits pour finalement accepter de prendre la relève de sa mère violoniste : « l’Inzad ne mourra pas ! ».

Mais, la trame du roman prend, ici et là, les allures d’un recueil de devinettes et de proverbes dont beaucoup ne sont pas uniquement touaregs mais universels. Et, l’honnêteté intellectuelle nous oblige à relever que le roman de Ibrahim Manzo Diallo est émaillé de nombreuses coquilles ou fautes grammaticales - ce qui est inexcusable pour un ancien maître d’école et nous porte à croire que son éditeur ne dispose pas d’un (bon) « comité de lecture » des manuscrits. Reste l’essentiel : l’auteur nous fait mieux comprendre et mieux aimer les Kel Tamasheks.

l Sani Soulé Manzo