jeudi, 27 février 2014 08:32

Campagne de lutte contre l'excision : Fati Mariko mobilise 25 radios et les télés dans la sensibilisation contre le phénomène

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Les amoureux du cinéma et les partenaires du Ministère de la promotion de femme se souviennent de cette mémorable soirée que la diva de musique nigérienne avait offert au Palais des Congrès en novembre 2013. En effet, en présence de la marraine de la lutte contre les MGF et dans une salle pleine à craquer Fati Mariko a fait son entrée dans le monde  du 7ème art avec son film « les silences du couteau ».


Depuis, ce jour là beaucoup d'eau a coulé sous le pont. Fati a présenté son film à Abidjan, elle développe son projet afin de rendre viable son programme de lutte contre les MGF, rencontre régulièrement divers experts dont ceux  de UNFPA au Niger et en Cote d'Ivoire, les ONG CONIPRAT, Animas-Sutura, des artistes de la sous région  dont Aicha Koné, de nombreux jeunes  dont notamment ceux du lycée Mariama, elle a été reçue sur le plateau des télévisons du Niger (Télé Sahel, Tambara TV et Dounia TV pour présenter son film et continuer le plaidoyer.

Comme on le constate, Fati Mariko a eu un mois de Févier très chargé et nous l'avons rencontrée à Torodi le 5 février dernier à la place de la Mairie de Torodi en  compagnie d’Animas Sutura et la Radio « Tébonsé » pour laquelle Fati était l'invitée d'une émission publique de sensibilisation contre la pratique d’excision autour de son film « les silences du couteau ». Avec un financement de la Coopération  Allemande à travers KWF Animas-sutura et son équipe technique réalise des émissions itinérantes. L'émission de Torodi qui a été retransmise en direct sur les ondes de la radio locale « Tébonssé » et de 25 autres radios communautaires  s’est déroulée en présence du Secrétaire Général de la Préfecture, du Maire de la Commune de Torodi, du Directeur Exécutif et agents d’Animas Sutura en présence de la population sortie assez massivement.

Avant de commencer l'émission Le film  de Fati  « les silences du couteau » a été projeté au cours de cette soirée afin de mettre le public dans le bain du thème. Et c’est ainsi que l’assistance découvre la chanteuse Fati très émue et versant des larmes tout en racontant elle ressent dans sa chair cette mutilation qu’est l’excision qui lui a été faite par ses parents alors qu'elle n'avait pas 10 ans; elle rappelle la façon dont tout un groupe de fillettes sont excisées sans aucune norme chirurgicale et médicale. Après l’opération, l’exciseuse mâche quelques feuilles d’un arbre qu’elle applique sur les plaies et ce, en dehors des règles d’hygiène. D’après la chanteuse, l’excision l’a marqué à jamais non seulement physiquement mais aussi et surtout moralement parce qu’elle a toujours en mémoire le cas d’une de ses sœurs qui a failli trépasser dès suite de cette opération parce que l’hémorragie ne s’est arrêtée qu’au bout de 2 jours. Dans ce film, la chanteuse explique qu’elle chante des thèmes liés aux problèmes sociaux tels que le mariage forcé qui est d’ailleurs le thème de sa première chanson, le mariage précoce ainsi que d’autres problèmes liés à la vie de la femme en général.

Ce qui rend  bouleversant le témoignage de Fati, ce sont les propos pleins de  fierté  et de naïveté  de sa mère qui raconte la bravoure de sa fille qui n’a pas pleuré quand on lui fit l’excision. la pauvre femme se souvient de sa joie des  poulets, colas et des sommes d'argent offerts à son enfant, etc. On comprend qu'avant le témoignage de sa fille traumatisée que la mère de Fati n'a jamais su ce que sa fillette a enduré.  Tout comme les autres mères qui livrent leurs filles aux couteaux des exciseuses, la maman de Fati Mariko a  hérité cette pratique de leurs ancêtres et jamais elle n'a pensé qu’elle était une mauvaise pratique qui serait un jour dénigrée et combattue.

Dans le voyage qu'elle entreprend pour guérir de cette  blessure  intérieure infligée à sa chair et son âme, Fati rend visite à une exciseuse en compagnie de sa petite fille âgée  12 ans. La vieille exciseuse estime que Fati vient lui donner une autre fille à exciser. Cette rencontre est effrayante à plus d'un titre car  selon des indiscrétions le film a été tourné  en 2013  ce qui signifie que la pratique n'est point abolie malgré tout le travail de sensibilisation entrepris, malgré la loi qui pénalise l'excision. La rencontre de Fati et de l'exciseuse donne lieu à des aveux. Fati explique sa douleur, les difficultés d'enfanter, son combat pour arrêter ce travail qui dégrade inutilement la femme. En face d'elle, l'exciseuse tout en avouant sa peur lors des hémorragies, reste convaincue que la pratique a encore de beaux jours car ce sont même les mères qui insistent pour que leurs enfants soient mutilées. Elle avoue avoir excisée elle même ses enfants. Sans regret, elle affirme à Fati Mariko qu'elle gagne bien  sa vie avec 50.000 à 100.000 frs CFA en quelques jours seulement sans compter tous les autres cadeaux.

Au terme de la projection du film, le Secrétaire Général de la Préfecture a indiqué qu’il n’a jamais su auparavant que l’excision se pratiquait dans son entité et il compte avec la collaboration de ses collègues et de la population à œuvrer en faveur de l’éradication complète de l’excision. Pour sa part le Maire de Torodi a fait partager au public un témoignage émouvant et funeste inoubliable pour lui parce qu’avec cette pratique d’excision, il a perdu deux nièces suite à une forte hémorragie. Quand au Secrétaire Exécutif d’Animas Sutura, Mr Bako Bagassa, il a indiqué que cette émission qui entre dans la  mission  de son institution qui intervient pour atteindre le bien-être de la mère et de l’enfante. Selon lui, cette émission vient en appoint pour accompagner le ministère de la Population, de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant sur les efforts qu’il fait pour lutter contre la pratique de l’excision au Niger
le débat ainsi ouvert, un intervenant a affirmé que dans la communauté sonrhaï, toute femme qui n’est pas excisée ne peut même pas avoir de conjoint ; Deux autres intervenants expliquent  que dans la communauté gourmantché, l’excision est pratiquée le jour du mariage et c’est un moyen qui est utilisé pour permettre de savoir si la fille est vierge ou pas ; ce qui permet à la jeune mariée de remplir pleinement son rôle de femme pilier de la famille.

En plus de ces échanges éloquents, cette émission a  connu des moments forts.  Une jeune fille peule a  pris son courage à deux mains pour dénoncer l'excision dont elle a été victime. Jamais personne ne m'a expliqué pourquoi on m'a fait cela, ’excision se pratique dans sa communauté parce que léguée par la coutume". L’autre temps fort a eu lieu quand Fati Mariko a demandé  l’assistance  et aux auditeurs de  consulter le saint coran et les hadiths pour se rendre à l’évidence que dans aucune sourate ni aucun verset du livre saint, il n’est recommandé cette pratique d’excision. Elle poursuit en précisant que Dieu le Miséricordieux, le Tout Puissant a crée toutes les créatures avec perfection et qu’incontestablement c’est le cas de la femme. Aussi, se demande-t-elle, pourquoi cette pratique de l’excision sur la femme ? Elle qui a été créée d’une façon parfaite, pourquoi la diminuer en la mutilant ?
 
En définitive, au cours de cette soirée riche en émotion, Fati Mariko fait savoir à l’assistance que sa présence à Torodi a pour seul objectif, celui d’amener la population à se poser des questions sur le bien fondé des pratiques néfastes qui font  beaucoup souffrir la femme. Elle a cité son cas  d'un long et pénible travail de deux jours avant d’accoucher. L’émission a été une réussite assurément. Fati entre vraiment dans son rôle de porte parole, elle a le soutien de ANIMAS et des autres acteurs comme le CONIPRAT, UNFPA et UNICEF  mais comment faire arrêter définitivement l'excision ?

l Zeïnabou Gaoh

27 février 2014
Publié le 27 février 2014
Source : http://www.lesahel.org/

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