jeudi, 18 décembre 2014 23:05

Le «kountché harey» : Un rythme traditionnel zarma

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Le ‘’kountché harey’’ est un instrument de musique traditionnel qui joue plusieurs rôles dans cette communauté zarma de Loga. L’attachement de la  population  à cet instrument est très fort. Seyni Bagajo, 58 ans, un des plus anciens de la famille des joueurs de Kountché harey de Loga présente l’instrument, ses origines, son rôle et sa fonction sociale dans cette communauté.


Le ‘’kountché harey’’ est un instrument de musique traditionnelle de la communauté Zarma, encore en vogue notamment dans le Zarmaganda et le département de Loga. Selon Seyni Bagajo, joueur de cet instrument, sa première fonction, c’est qu’il sert de moyen de communication. Cette fonction est celle de tous les instruments de musique dans les sociétés traditionnelles. En effet, il est utilisé, dans les temps anciens, pour passer des messages à travers le son. Chaque son de cet instrument a un sens précis, indique Seyni Bagajo.
La première utilisation de cette fonction est faite pendant la chasse, quand les gens se dispersent et sont désorientés ; on frappe sur le ‘’kountché harey’’ pour les ramener sur le droit chemin. Il est également utilisé pour donner la position d’un gibier. ‘’Moi-même, et toute ma génération, nous  l’avons trouvé, et appris à le jouer auprès de nos parents, qui, eux aussi, l’ont appris de leurs parents. Donc, cet instrument a suivi, comme tout autre symbole social, une transmission de génération en génération’’, fait-il remarquer. L’autre rôle ou fonction du «kountché harey», toujours dans le domaine de la communication, est celui de l’information. Selon Seyni Bagajo, quand le chef de la communauté veut annoncer une information ou faire un communiqué pour la  communauté, le son de kountché harey  est le moyen le plus approprié à cet effet. Ainsi, il existe des sons typiques pour annoncer une naissance, un mariage, un décès ou tout autre événement. La communauté est bien instruite par rapport à tous ces sons et elle sait les déchiffrer.
Cet instrument est aussi utilisé pour accompagner, encourager et galvaniser les jeunes pendant les grands travaux collectifs et dans les champs pendant les travaux de labours. Aujourd’hui, la fonction de cet instrument a évolué et cela depuis les années 60. En effet, explique M. Seyni Bagajo, depuis un certain temps, notamment l’avènement des regroupements de  la jeunesse pendant les régimes de Diori et Kountché, cet instrument est associé aux différents jeux de société comme la lutte traditionnelle, et les  rencontres des jeunes à la place du village. Le son a aussi évolué. Ainsi, les sons pour les jeunes garçons et pour les jeunes filles sont différents, ceux des jeunes et des anciens ne sont pas les mêmes. Le «kountché harey» est aussi utilisé de nos jours dans les ballets, les danses, les chants. Le générique du journal de 13 heures  de  la Voix du Sahel est celui du «kountché harey» et c’est Seyni Gabajo qui l’a joué.
Ce son, dit-il, lui rappelle beaucoup des choses, notamment les bons moments qu’ils ont vécus. Quand un fils du terroir entend le son du «kountché harey», quel que soit son âge, il ne pourra pas résister à exécuter des pas de danse, affirme Seyni Bagajo  qui a pris aujourd’hui de l’âge. estime que le «kountché harey» est un instrument qu’il faut continuer à conserver pour notre histoire. Eu égard au rôle qu’il a joué dans la localité avec son instrument, le chef de canton de Loga a accepté  Seyni Bagajo  dans sa cour en qualité de notable. Beaucoup parmi ses enfants et les membres de sa grande famille, jouent le «kountché harey» ; c’est cela sa fierté aujourd’hui, souligné-t-il.

Ali Maman (stagiaire)