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jeudi, 18 décembre 2014 23:09

Portrait de l’artiste Daoudou Douroumbou dit ‘’Maïgourmi’’ : Un chasseur-artiste plein de talents et bien inspiré

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Daoudou DouroumbouAssis sur une natte sous un grand arbre, l’air fatigué, Daoudou Douroumbou avait à ses côtés un sac contenant des produits traditionnels. Ce chasseur de 81 ans est né dans le village de Fadama, dans l’actuel département de Tibiri.

Il était vêtu  ce jour-là d’une tenue traditionnelle et coiffé d’un bonnet, le tout bicolore, noir et blanc. Le bonnet a été fabriqué de ses propres mains, décoré de cauris et de poils blancs tirés de la queue d’une génisse.
Daoudou, alias ‘’Maïgourmi ‘’ou  ‘’Maïdawa’’est fier de raconter ses belles histoires du  bon vieux temps. Malgré san âge avencé, il  maîtrise son instrument de musique et garde toujours ses outils de travail dans sa chambre personnelle. Ce fils d’un chasseur traditionnel a toujours son mousquet, ou toumbakou en langue nationale. ‘’Avant, quand j’étais encore chasseur, la chasse se pratiquait après la saison des pluies. J’étais aussi un grand cultivateur, très connu dans la contrée’’, se remémore-t-il.
Notre chasseur est un artiste créateur très engagé dans la vulgarisation des acquis de la tradition de son terroir. C’est lui qui a eu l’idée de la mise en scène du célèbre ballet ‘’Maïdawa’’. C’était en 1980, lors du festival national de la jeunesse, que cette œuvre a remporté le premier prix national en catégorie ballet.  Dans ce ballet, Daoudou était le joueur de ‘’Gourmi’’ ou guitare traditionnelle. En effet, selon lui, dans le temps, les chasseurs de son village ne pouvaient pas participer à la grande chasse sans la présence des joueurs de ‘’Gourmi’’. Quand ces derniers jouent devant un chasseur et font ses éloges, le chasseur se met parfois en transe.
‘’Généralement, nous appelons ces artistes des meneurs. Quand ils sont présents lors d’une grande chasse, aucun chasseur n’ose reculer en face d’un danger. Le chasseur préfère mourir que de fuir. Si tu t’enfuis devant le danger, même après ta mort, les gens vont se moquer de ta descendance en leur disant que leur grand-père était un lâche qui fuyait devant les félins’’, explique Maïdawa.
Marié et père de 4 enfants dont 2 filles et 2 garçons,  avec plusieurs petits fils, l’acteur principal du ballet Maïdawa vit aujourd’hui dans la misère totale. Il se rappelle avoir visité plusieurs pays, notamment les Etats Unis, le Canada, la France, la Belgique et aussi des pays africains pour présenter ce ballet. Mais dit il, ‘’je n’ai rien gagné que ces voyages. Aujourd’hui on a oublié mon existence.  Je n’ai gardé pour moi que mon gourmi, mon toumbakou et le piège’’, regrette-t-il.
 ‘’On venait me prendre de Fadama jusqu’à la Tapoa pour capturer gratuitement des fauves vivants pour notre Musée National. Je l’ai fait pour mon pays et les autorités doivent penser à me récompenser, même par un témoignage de satisfaction de travail fait pour le pays’’, poursuit, le vieux Daoudou qui rend un hommage aux anciens membres de sa troupe, aujourd’hui décédés.
Aujourd’hui, ce que regrette ce  chasseur et artiste, c’est de ne pas avoir dans sa descendance un héritier qui puisse lui emboiter le pas.
L’histoire de la traque organisée par les chasseurs d’un village contre un lion furieux à travers la mise en scène d’un ballet par la région de Dosso en 1980 à Niamey
Quand ce vieillard raconte l’histoire et l’idée de la scène qu’il a créée avec 36 artistes doués, dotés  de bonne volonté et encadrés par Adamou Salma, on comprend aisément  que c’est un bon metteur en scène. Selon lui, l’histoire est originale. En effet, c’était une période où le chef de village interdisait la chasse. Il se trouvait qu’un lion furieux semait la terreur dans le village, tuait les vaches, les petits ruminants et même des personnes. Ce lion semait la terreur au sein des populations. Alors le chef du village fit appel aux grands chasseurs de la contrée, qui ont dit qu’ils ne peuvent pas aller à la chasse sans l’autorisation de ‘’Maïdawa’’, chef des chasseurs et détenteur du pouvoir mystique de la chasse. Le chef dépêcha des émissaires chez ‘’Maïdawa’’ pour le solliciter à venir secourir les nomades et sédentaires du village et alentours.  ‘’Maïdawa ‘’ refusa de répondre à l’appel du chef, parce qu’il n’était pas content de l’arrêt brusque de la chasse.  Il a dit aux émissaires d’aller dire au chef que depuis sa décision d’interdiction de la chasse, il avait abandonné sa pratique. La mère de ‘’Maïdawa’’, qui a entendu les échanges,  supplia son fils d’aller tuer le lion afin de soulager les villageois.
C’est ainsi que ‘’Maïdawa’’ ordonna aux chasseurs d’aller tuer le lion tout en les rassurant que rien ne leur arrivera. Ils ont dit d’organiser une cérémonie pour la préparation du poison dont les flèches seront enduites. Et cette préparation nécessite une cérémonie qui demande la présence des joueurs de ‘’gourmi’’ ou guitare traditionnelle.
‘’Dans le ballet, je fais partie des joueurs de gourmi. Le chasseur était un autre. Quand nous sommes arrivés chez ‘’Maïdawa’’, nous sommes entrés chez lui en faisant ses éloges. Nous lui avions posé la question de savoir ce qu’il attend pour aller tuer ce lion furieux ? Ou bien, il a abandonné la chasse? C’est ainsi que son fils sortait avec un cri pour dire à son père que s’il ne part pas tuer le lion,  de lui ordonner d’aller le faire à sa place.
En ce moment,  nous avons changé de rythme de la musique en jouant ceci : ‘’Allah dey Allah dey mouka soro. Mai roko chi bay rassa wa’’,   autrement, ‘’Nous ne craignons rien que Dieu ! C’est lui que nous implorons, celui qui l’implore ne peut pas perdre’’
Après les chasseurs sont allés en brousse pour tuer le lion. Une fois dans la brousse, le lion se trouvait dans un buisson. Il a rugi et nous avons encore changé de rythme en chantant ‘’ana gonga da gonga ga mahalba ga zaki. Zaki ya yi  goumza mahalba su chéka’’ : ‘’le lion a rugi et les chasseurs s’en fuient. C’est ainsi que les joueurs disent au chef des chasseurs de leur montrer la vaillance qu’il a hérité de ses parents, quant à leur tour, ils leur montrent la puissance du « Gourmi ».
Ceci explique que la réussite d’une grande chasse dans ce village nécessite une longue préparation et la collaboration de toutes les forces vives qui composent la communauté. Après avoir tué le lion, c’était la fête au village. Les chasseurs ont démontré leur talent en apportant à la cour du chef toute sorte d’animaux sauvages qu’on trouve dans la contrée. Enfin, ‘’Maïdawa‘’ et ses chasseurs ont été félicités et récompensés par le chef du village.
 Seini Seydou Zakaria, envoyé spécial

Dernière modification le vendredi, 19 décembre 2014 15:25