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mardi, 30 juin 2015 05:33

Cinéma/Ina Zaki, Niger où vas-tu ? : Dans la vie des personnages de Catherine Martin-Payen Dicko

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Catherine Martin Payen DickoEtre avec  des personnes  pendant une année, pour essayer de camper son ambition, qui est  de « montrer aux uns ce que pensent les  autres»: Telle est la passion débordante qui a entrainé   Catherine Martin-Payen,  à réaliser  «Ina Zaki, Niger», «Où vas-tu Niger »,un documentaire de 73 minutes,  sorti sur le petit écran en 2014.

“Ina Zaki Niger”, c’est l’histoire de la vie de  trois personnages filmée pendant plus de 12 mois au Niger.  Le documentaire est ainsi résumé : «Garba, petit couturier,  vit avec ses amis dans la capitale du Niger où il écoute la radio en permanence. Déçu par la politique et l’économie locale qui ne lui permet pas de gagner sa vie, il part au Nord. Car, là-bas, dans le grand Sahara, vivent ses anciens compagnons qui se débattent dans la tourmente internationale… Il retrouve Alassane et sa famille, caravaniers des mythiques caravanes de sel. Ensemble, ils marchent des mois dans le désert alors que leur vie difficile est aggravée par la concurrence des camions de sel et les contrecoups de la guerre en Libye qui accroissent l’insécurité dans tout le Sahel… Les jeunes rechignent à suivre la caravane et Alassane s’inquiète de l’avenir de sa famille… Quand Garba retrouve enfin Moha, ex-rebelle touareg devenu conseiller du Premier  ministre, il enfourche la moto de cet infatigable bourlingueur des tournées politiques. Tout en plaisantant sur la religion ou la corruption, ils vont de village en village écouter l’exaspération des femmes, les craintes de la guerre du Mali et de l’intervention française, les distinctions entre islam et islamisme, les effets de la sécheresse et de l’extraction de l’uranium… Bref, l’avenir du Niger… Ainsi le film suit Garba dans ses rencontres, découvertes et réflexions… Où cela le mènera-t-il ? »
La réalisatrice, Catherine Martin-Payen a suivi dans leur vie quotidienne les personnages de son documentaire pendant une année.  Des personnages très préoccupés par les actualités radiodiffusées,  suivant  tout ce qui se passe autour du monde et qui touche le Niger, notamment la chute de Kadhafi, la guerre au Mali, la façon dont les gens comprennent les événements, réagissent et disent ce qu’ils en pensent. Ce  qui, selon la réalisatrice du documentaire, «représente d’une certaine façon la société nigérienne ».  
«C’est une question ouverte, dans un contexte nigérien caractérisé par le début du mandat du président nouvellement élu, qui suscite tous les espoirs », résume la réalisatrice.
Un film d’actualité, «prémonitoire», dira la réalisatrice. Comme le montre  une séquence du film où les  chameliers arrivant à la frontière  sont presque tétanisés par la crainte de Boko Haram. On était en 2012, les éléments de Boko Haram sèment la terreur dans le nord-est du Nigéria.  Le contexte est également marqué par les menaces d’Aqmi dans le nord, la crise libyenne et ses conséquences. «À l’époque, je voyais déjà le Niger entouré de difficultés, et aujourd’hui je trouve que la pression est encore plus forte », relève  Catherine Martin-Payen.
La réalisatrice  a déjà consacré un autre film, au Niger,  sur la rébellion il y a  un peu plus de 5 ans. Un film, dans lequel, les nigériens qu’elle a rencontrés dans le nord disent leur volonté d’être  ensemble, de sortir leur  pays de la crise. « Un problème intérieur, beaucoup plus limité qui a fini par être réglé. Mais maintenant on est confronté à d’autres choses. Ce sont toutes ces situations que je vis aussi », dit-elle. En effet, la réalisatrice est très attachée au Niger, « je suis presque nigérienne », dit-elle. Catherine Martin-Payen, vit à moitié au Niger depuis quelques années, où  elle enseigne l’art du spectacle et la médiation culturelle à l’Université de Niamey. Et,  les interrogations comme celle du film Ina Zaki Niger, sont aussi sa préoccupation. «  J’ai bien envie de voir où est ce qu’on va ? Qu’est ce qu’on peut espérer ?   J’ai trouvé les nigériens très beaux, très courageux, très forts, tout le monde se bat », apprécie-t-elle. Dans le film Ina Zaki Niger, une sorte de conte, elle a essayé de suivre ainsi des gens pendant une année, pour voir où est ce qu’on peut aller. « Ce n’est pas toujours très drôle, pas toujours très gai, mais c’est la vie. », estime-t-elle.
Catherine Martin-Payen est une passionnée des réalisations. Ce qui  l’amène à s’adapter aux situations les plus folles pour sa passion. Comme l’illustre le processus de la réalisation de Ina Zaki Niger, «j’ai vécu avec ces trois amis, un an, au plus près de leur histoire, leurs convictions, leur religion, leurs rêves, leurs soucis… Je tenais la caméra bien sûr, mais on se relayait pour tirer les chameaux ou faire le thé au cœur de la nuit. Ce tournage fut un peu fou : il fallait me faire passer pour un touareg pour éviter les bandits, mais aussi me cacher des militaires pour qu’on ne m’expulse pas de cette zone interdite ! Chaleur, froid, vent de sable, attente… mais surtout magie du désert et de la débrouillardise, réconfort des cocons féminins de discussion, de tressage et de douce bouillie de mil fourrée de dattes et de fromage… », raconte la réalisatrice. En 2008, elle avait  pris de gros risques pour filmer la rébellion touarègue au Niger, allant jusqu’à la ligne de front dans des conditions un peu rocambolesques, rencontrant des populations civiles prises dans le conflit. «L’Afrique n’est pas ce que l’on décrit dans les agences de voyage ni dans le discours de Dakar…», soutient-elle.
Il n’y a pas que la vie quotidienne des Nigériens qui intéressent la réalisatrice. Catherine Martin-Payen est également intéressée, par des questions anthropologiques. Depuis quelques années elle  travaille « en profondeur » sur la question de la vieillesse dans le monde. Sa source d’inspiration pour ce sujet, sur lequel elle a réalisé trois films, c’est «la triste vieillesse en Europe», où les gens sont souvent très isolés dans les maisons de retraite. Ce qui l’a amenée à préparer un tour du monde de la vieillesse, en promenant sa caméra en Asie, en Afrique, en Europe, et dans une partie de l’Amérique.  D’autres histoires ont fait également l’objet de réalisation, notamment au Mali. Catherine Martin-Payen a aussi un projet de fiction, de série, dans le monde entier  avec en fond l’interrogation  «comment les autochtones inventent notre avenir en une société dite en développement », un autre tour du monde à travers les  peuples autochtones. «  Tout mon travail, c’est de montrer aux uns ce que pensent les  autres et ce qu’ils disent, donner la parole aux uns pour que les autres les écoutent », explique-elle.
 Souley Moutari(onep)
30 juin 2015
Source : http://www.lesahel.org

Dernière modification le mardi, 30 juin 2015 05:39