lundi, 04 avril 2016 14:08

Renaissance culturelle

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Inoussa OusseiniLa Révolution, c’est maintenant, nous avons tous foi dans la force de notre unité nationale, nous savons tous qu'elle a été le ferment de l'indépendance et de la paix civile et nous sommes tous convaincus qu'elle conditionne plus que jamais l'avenir du Niger. Face à la menace terroriste, elle s’est muée en une « union sacrée ».

La première expression de citoyenneté, la plus spontanée, est ainsi devenue une Force incontestable, un atout considérable pour l'avenir de notre pays. Pourtant la voici aujourd'hui convoquée, exhortée, comme si elle était introuvable, brouillée ou abolie par la discorde régnant entre les partis politiques. Voilà bien une illustration du « paradoxe nigérien », sujet que j'ai déjà eu l'occasion de développer dans les colonnes de ce même journal.

Ce paradoxe, à condition de le reconnaître et de l'analyser, a sa vertu : il exige des résolutions par le haut. Dans le cas de l'unité nationale, que chaque nigérien appelle de ses vœux, il apparaît indispensable de lui insuffler une dimension fédératrice qui soit détachée du prisme de la classe politique. Avec la réélection du Président Mahamadou Issoufou nous avons l'opportunité de l'inventer et d'en faire le moteur de notre développement. La Renaissance Culturelle du Niger, leitmotiv de la campagne électorale du Président candidat et emblème du programme de son deuxième mandat, se prête parfaitement à cette/nouvelle vision.

La formule doit prendre le sens d'un symbole de changement suffisamment fort pour servir de catalyseur à la concrétisation de nombreuses potentialités. La Renaissance Culturelle n'adviendra pas par décret : seule la société civile peut donner corps à cette audacieuse vision politique. La balle est d'abord dans notre camp - celui des intellectuels, artistes, professionnels de la culture et de l'éducation- pour soutenir le pari du candidat Président avec nos propres propositions et initiatives.

Cela fie signifie pas que nous excluions une forte impulsion de l'Etat dans cette direction, bien au contraire, mais elle devra se porter sur un plan structurel et ne plus se contenter d'un soutien obligé, ponctuel et aléatoire à telle ou telle initiative, ou manifestation - un « coup» après un autre, un procédé qui revient le plus souvent à déshabiller Paul pour habiller Pierre. Il est évident que la Renaissance Culturelle du Niger ne sera tangible que si nous parvenons à constituer un Fonds pour la culture et la jeunesse, soit un système de financement permanent de grande ampleur pour exploiter nos formidables capacités culturelles. J'ai déjà défendu à plusieurs reprises l'idée de recourir à des ressources extra budgétaires pour mettre en place un mécanisme indépendant de soutien à la production culturelle qui ne grèverait d'aucune façon le budget national. Très précisément j'ai proposé de créer une taxe sur la téléphonie mobile pour financer ce fonds en adoptant un modèle éprouvé, efficace et unanimement appréciés qui est en vigueur dans nombre de pays.

Cette proposition a été présentée à l'Assemblée Nationale il y a déjà quelques mois. Il faudra bien qu'elle trouve son chemin avec le prochain parlementant il est certain que seule une mesure de cette ampleur permettra au Niger de diversifier son économie et de donner de nouvelles perspectives à la jeunesse. Un certain nombre de pays d'Afrique de l'ouest -nos voisins immédiats pour certains -, nous montrent l'exemple de dynamiques culturelles qui deviennent des leviers de développement. Nous en sommes d'autant plus à la hauteur que la diversité de notre patrimoine culturel nous offre des atouts majeurs pour jouer un rôle de premier plan dans le rayonnement de la culture africaine. Le Niger a su ouvrir au cours de son histoire des voies audacieuses dans bien des domaines, il est temps aujourd'hui de transformer l'essai.

L'idée d'un« Plan Marshall » pour la culture et la jeunesse ne signifie pas que l'audace doit attendre. Au contraire, II faut en faire preuve dès maintenant pour relever le pari de la renaissance culturelle avec des symboles forts qui lui impulsent son mouvement et élèvent l’unité nationale à un niveau supérieur d'exigence. Cette nécessité s'impose non seulement à cause de nos inextricables querelles politiques mais aussi et surtout en raison des lourdes menaces pesant sur la paix dans l'ensemble de la région. La renaissance culturelle peut s'appréhender non seulement comme un nouveau moyen de consolider la cohésion réelle de notre démocratie mais aussi comme un projet populaire de « culture de la paix ».

C'est pourquoi je viens de lancer un appel aux plus hautes autorités du pays pour soutenir officiellement une initiative lancée par un collectif d'artistes et d'entrepreneurs culturels qui s'est engagé dans une réhabilitation de la Fête de la concorde nationale, hélas tombée en désuétude. Ce groupe, auquel j'appartiens, est aujourd'hui prêt à réitérer l’expérience tentée en 2015 avec la création du Spectacle de son et lumières « Tshinkaye Hasken tahia» qui concluait la célébration de la Fête nationale de la paix. Nous avions accompagné et enrichi cet événement national avec nos propres forces, sans autre contrepartie que la possibilité d'exprimer les aspirations culturelles de la jeunesse. Aujourd'hui, à quelques semaines de la Fête de la concorde 2016, nous souhaitons que le gouvernement et l'ensemble des partis politiques s'impliquent concrètement dans notre action en s'appropriant les symboles qui y sont attachés.

Notre deuxième spectacle de son et lumières est un hymne à l'unité nationale du Niger qui rend hommage au rôle de ses minorités - arabe, touareg, kanouri, gourmantché, peul et toubou. L'harmonieuse mosaïque des peuples du Niger n'est-elle pas, en effet le plus solide symbole de stabilité et d'ouverture dont notre pays puisse se prévaloir ? N'est-elle pas notre meilleur rempart contre l'obscurantisme des sectes extrémistes ? Les échanges entre nos différentes cultures ancestrales ne constituent-ils pas un modèle à reproduire à plus grande échelle entre toutes les nations de la région ?

En rendant public mon appel j'espère rallier tous ceux qui voient dans la soirée du 02 avril un signal de changement, tous ceux qui voudraient que le dessein d'une Renaissance culturelle du Niger renforce son unité, stimule sa vie démocratique et crée de nouveaux leviers de développement.

Inoussa Ousseini

Ambassadeur du Niger à l’UNESCO

Homme de culture

04 avril 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le lundi, 04 avril 2016 14:56