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Agadez : le Bianou, l’unité dans la ferveur

Agadez : Le Bianou, l’unité dans la ferveurLe samedi 30 septembre 2017, Agadez a vibré aux sons, rythmes et danses de la fête de Bianou. Des moments de joie et de communion
Une fête religieuse
Fête annuelle se déroulant vers le 10 du mois de moharam du calendrier musulman, le bianou coïncide avec la fête musulmane d’Achoura. C’est une grande fête qui est même déclarée chômée sur toute la région d'Agadez. Selon certaines sources, le bianou symbolise l’accueil que les habitants de Médine auraient réservé au prophète Mohamed (SAW) lors de l’hégire. Il marque ainsi le début du nouvel an musulman et du calendrier musulman. Le bianou a une origine lointaine. Les agadassawas (habitants d’Agadez) le célèbrent depuis la nuit de temps. Outre son caractère festif, cette fête, est devenue leur identité. Elle constitue aussi un véritable creuset pour l'unité entre les peuples. Le Sultanat de l’Aïr accorde une grande importance à l’événement. « L’origine du Bianou est à chercher dans la nuit des temps. Nous avons trouvé nos parents avec cette tradition et nous la transmettrons incha Allah aussi à nos enfants » ; Dixit Al hadj BIANOU.

Un carnaval à couper le souffle
De tous les coins d’Agadez, de longues files de personnes drapées dans leurs plus beaux habits convergent vers le sultanat de l’Aïr. C’est le grand jour du bianou, ce samedi 30 Septembre 2017. Les festivaliers accompagnés des chameliers reviennent du village de Alakhcess où comme toujours ils viennent de passer la nuit. Leur entrée en ville ne passe pas inaperçue. Des centaines d’hommes richement habillés brandissant des branches de palmier doum poussent des cris, chantent et dansent aux sons des tambours et tambourins, faisant vibrer la capitale de l’Aïr.
La nuit de veillée à Alakhcess est précédée de la grande soirée dite « Maratchan Ado » ou soirée de la beauté. En effet, on choisit, ce soir-là, le plus bel accoutrement et le meilleur danseur parmi les hommes. GHALI est l’un de ces talentueux danseurs du Bianou. En transe, il confie au journal « La Nation » : ‘’ Danser le Bianou est un don. Ce n’est pas donné à n’importe qui de le faire ». Et joignant l'acte à la parole, il commença à tournoyer aux sons des tambours. Et avec une pointe de défiance, il regarda les jeunes tout autour de lui en criant : « Regardez jeunes gens comment on danse le Bianou ! Les petits ne peuvent pas danser dans la cour des grands ! » S’exclame-t-il.


Et un jeune tente de le défier en poussant un cri rappelant les guerriers d’antan. Lui, c’est ATTAMAN dit Kampos qui a manqué plusieurs éditions du Bianou pour avoir séjourné plusieurs années en Libye. Il dit : «Je suis heureux de revivre cet événement. Franchement, loin du Bianou, je suis un homme nu, un homme qui crie dans le noir !».
Les femmes ! Elles sont aussi là ! Belles à vous couper le souffle ! Belles à vous faire vouloir arrêter le temps afin de les contempler. Pour elles aussi, les plus belles coiffures et les plus belles tenues seront remarquées et applaudies.

La tradition respectée
Juste après la fête de la tabaski, des jeunes de la cité commencent à circuler dans les rues scandant des chants et tapant sur des tambours et tambourins appelés Ekenzam. Voyage au cœur d’un carnaval hors-pair qui fait d’Agadez durant des semaines la ville de tous les sons et de toutes les danses. Dans la poussière de ce carnaval, les danseurs de deux blocs celui de l’EST et de l’OUEST rivalisent de rythme, de danse, d’éloges et surtout d’habillement. Dans leur tournée, il leur arrive d'honorer certaines places connues dans l’histoire d’Agadez, les festivaliers s’arrêtent pour rendre hommage aux ancêtres.
Dans la foulée, surgissent, inattendus, quelques vieux qui se mettent à tournoyer et à chanter à tue-tête à haute voix. Des jeunes leur font rapidement de la place au milieu du carnaval et ceux qui tiennent les tambours se démènent en tapant beaucoup plus fort. Incroyable de voir des vieux de plus de soixante-dix-ans tournoyer dans l’air et danser avec une agilité propre aux jeunes de vingt ans. « Fiston, dégage de ma route, je ne peux pas me retenir quand j’entends le son du Bianou dans mes vieilles oreilles. Cela me rappelle le bon vieux temps » s'extasie Hajia TIMA, les yeux embués de larmes, cette vieille femme qui venait juste comme elle l’a dit de « boire et d’étancher sa soif en attendant l’année prochaine si Dieu lui prête longue vie ».
Et dans une tenue riche aux pas élégants, un notable de la cour du sultan, le nommé Mallam Sidi nous confie : « Nos parents l’ont toujours célébrée et nous nous allons transmettre, Incha Allah, cette tradition à nos enfants et petits-fils. Nous allons tout faire pour sauvegarder cette fête unique au Niger. Agadez est une terre d’Islam et des cultures, et nous avons le soutien de notre sultan OUMAROU fils d’Ibrahim qui préside avec honneur le Bianou comme l’a fait son défunt père qui nous manque et qui a fait un demi-siècle sur le trône »

Une fête coûteuse
Les vrais agadassawas (gens d’Agadez) qui restent encore conservateurs malgré le modernisme qui menace nos traditions dépensent énormément afin de se procurer un habit digne du Bianou et des bons plats le grand jour de la fête qui coïncide avec le 10ème jour de Mouharam ou Achoura.
Maghalam MOUSSA, dans sa transe le dit tout haut comme pour se faire entendre des autres : « Si tu peux danser comme moi, fais le ! Si tu peux marcher comme moi, fais-le ! Mais, je sais que tu ne pourras jamais t’habiller comme moi ! ». A l’écart, il confie au journal la NATION : « je dépense beaucoup d’argent pour bien m’habiller pendant les derniers jours qui symbolisent la fin du Bianou. Ce que je porte sur moi présentement dépasse de loin les 700.000FCFA. Et, si j’ai les moyens, j’y mettrai beaucoup plus ! J’ai toujours respecté la tradition, c’est ma façon à moi de rendre hommage à mes ancêtres ».
Cette fête pourtant riche en tradition et coûteuse n'est pas soutenue par l’Etat qui n’a jamais contribué à l’organisation de ce patrimoine culturel de la région de l’Aïr. Le comité d’organisation a du mal à l'organiser d'année en année. Pour Elh Bilal GARO doyen du comité d’organisation et notable du Sultan, ‘’l’Etat doit faire quelque chose. On doit officialiser cette fête comme toutes les autres fêtes reconnues par les autorités du Niger et l’Etat doit mettre la main à la poche. Le Bianou a une grande importance dans la vie des agadassawas. Sans lui, nous n’avons pas le droit de vivre sur terre et si par malheur le Bianou n’est pas célébré, notre vie sera tourmentée toute l’année ». Et, d’un ton mélancolique, il conclue: « le Bianou a besoin d’être aidé mais les bonnes volontés se font de plus en plus rares ». Pour le moment le comité d’organisation ne compte que sur l’appui du Sultanat et de quelques bonnes volontés de la région.
L’événement qui a toujours été présidé par Son altesse le Sultan de l’Aïr a connu un franc succès cette année grâce a la mobilisation des jeunes. Ces derniers ont redonné au Bianou ses lettres de noblesse et de gloire d’antan. Ils y avaient mis tout leur cœur et tous leurs fonds. Une présence remarquée est celle des étrangers venus de loin, d’Europe et de certains pays voisins comme l’Algérie et la Libye pour vivre les moments forts de cette fête typiquement agadezienne. Bravo au comité d’organisation qui remercie à son tour ceux qui les ont aidés pour la tenue de cette édition.
Issouf Hadan / Agadez

02 octobre 2017
Source : La Nation

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Culture