mercredi, 13 juin 2012 22:21

La Diaspora nigérienne du Congo - Victimes de tracasseries : les Nigériens vivant au Congo sollicitent l’intervention des autorités nigériennes au plus haut sommet

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Même si l’on ne dispose pas de statistiques précises sur leur nombre, les ressortissants nigériens vivant au Congo comptent parmi les nationalités étrangères implantées au pays de Denis Sassou Nguesso. Cependant, ces Nigériens se disent victimes de nombreuses tracasseries et souhaitent que les autorités nigériennes au plus haut sommet plaident leur cause auprès de leurs homologues du Congo.

Poto-poto est l’un des quartiers populaires de Brazzaville où il y a une forte présence des ressortissants nigériens. C’est dans ce quartier justement que le vendredi 6 juin 2012, dans l’après-midi, nous avons eu un entretien de près de deux heures de temps avec un groupe de Nigériens qui nous a parlé de différentes tracasseries que rencontre généralement tout ressortissant nigérien qui débarque au pays de Denis Sassou Nguesso. «Notre principal problème en tant que Nigériens ici au Congo est lié aux conditions même d’entrée dans ce pays. Bien qu’entre le Niger et le Congo il n’existe pas de visa, on nous fait payer des grosses sommes d’argent à l’aéroport et ceux d’entre nous qui n’arrivent pas à payer les sommes qu’on leur exige sont systématiquement refoulés. Imaginez le préjudice qu’on cause ainsi à celui dont les parents ont dû vendre des animaux ou même des champs pour lui réunir de quoi faire le voyage. Ça c’est le véritable calvaire que vivent les Nigériens qui viennent ici au Congo», explique M. Abdoulrazakou, originaire de la région de Tahoua, département de Bouza, installé au Congo depuis 1996. Arrivé au Congo. «Toute notre souffrance ici au Congo est liée au calvaire que nous vivons lorsque nous arrivons à l’aéroport. Nous ne comprenons vraiment pas qu’en dépit du fait qu’il n’y ait pas de visa entre le Congo et le Niger des ressortissants nigériens soient obligés à payer des grosses sommes d’argent ou, à défaut, soient refoulés, quand ils arrivent ici. Nous souffrons beaucoup de cette situation», se désole M. Mahamadou Oumarou, un autre Nigérien originaire du département de Bouza, arrivé sur le sol congolais depuis 1995. «Ici, même si vous disposez d’une carte de séjour, vous n’êtes pas à l’abri des tracasseries. Il fut un moment où des policiers venaient nous arracher toute notre recette de la journée. De fois ils nous poursuivaient dans les rues avec leurs véhicules, au vu et au su de tout le monde, et nous arrache tout ce que nous avons comme argent sur nous», ajoute M. Salissou Karimoune, originaire du département de Keïta.

 



Les hautes autorités nigériennes appelées au secours

 

Si tous saluent les multiples efforts entrepris par l’actuel consul du Niger en République du Congo pour améliorer les conditions d’accueil des Nigériens vivant dans ce pays, nos interlocuteurs estiment que seule une intervention des hautes autorités nigériennes, auprès de leurs homologues du Congo, peut mettre fin à leur calvaire. «Nous demandons avec insistance aux plus hautes autorités nigériennes de venir à notre secours. Ces autorités doivent clarifier nos rapports avec le Congo et nous indiquer tous les autres pays avec lesquels nous n’avons pas besoin de visa pour que ceux parmi nous qui veulent aller ailleurs puissent le faire sans difficulté», lâche M. Souleymane Aboubacar, un autre ressortissant du département de Bouza arrivé au Congo en décembre 1995. «Nous avons eu des informations que notre président de la République et son homologue du Congo ont des très bonnes relations. Nous sollicitons du président Issoufou Mahamadou qu’il utilise ses bonnes relations avec son homologue Denis Sassou Nguesso pour nous sortir de cette situation difficile que nous vivons ici au Congo», renchérit M. Mahamadou Oumarou.                   

Kané Illa

 



Consulat honoraire du Niger au Congo
En attendant l’aide de l’Etat nigérien….

 


Situé  dans le très populaire quartier brazzavillois de Poto-poto, le consulat honoraire du Niger en République du Congo est logé dans l’étage d’une petite bâtisse qui ressemble plus à une maison d’habitation. Grâce au drapeau nigérien qui y flotte, vous arrivez à localiser ce consulat dès que vous vous y approchez. Après avoir franchi les escaliers et la porte d’entrée, vous êtes accueillis par une jeune congolaise, Bazabidila Léa-Rosine, qui fait office d’assistance de direction du consulat. En face de son bureau vous avez celui du consul et un peu en retrait une petite salle où le consul reçoit ses invités. C’est dans cette modeste salle que le consul Tahirou Moussa nous a reçus le jeudi 7 juin 2012 en début d’après-midi. Il venait juste de coordonner (par téléphone) l’accueil de l’équipe nigérienne de football, le MENA, à Pointe-Noire (la deuxième ville du Congo) et s’apprêtait à accueillir une mission du ministère des affaires étrangères, de la coopération et des Nigériens de l’extérieur. Nommé consul du Niger il y a un peu plus de deux ans, cet homme d’une quarantaine d’années est originaire de Morbéri Zéno, dans le département de Boboye, région de Dosso. Il est arrivé au Congo le 15 janvier 1997, après avoir passé plusieurs années au Togo, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et la Libye. Depuis sa nomination au poste de consul honoraire du Niger en République du Congo, Tahirou Moussa jure n’avoir reçu aucun appui de l’Etat nigérien. C’est avec ses propres moyens qu’il loue la maison abritant le siège du consulat, qu’il paie l’eau et l’électricité, ainsi que la secrétaire de direction. A tout cassé, c’est en moyenne la somme de quatre cent mille (400.000) francs CFA que ce Nigérien sort de sa poche pour faire fonctionner le consulat du Niger en République du Congo. Ce montant peut même doubler les mois où des Nigériens par les forces de sécurité congolaises ou quand des délégations en provenance du Niger débarquent au Congo. En dépit de ce manque total de soutien de la part de l’Etat nigérien, le consul Tahirou Moussa a, à son actif, des résultats que tous les ressortissants nigériens que nous avons rencontrés n’ont pas manqué de reconnaître. Ainsi, tout le monde reconnaît que c’est grâce à lui que la police de Brazzaville a collé la paix aux Nigériens qui vendent de la viande grillée. Au départ, nous a-t-on confié, des éléments de la police faisaient irruption au niveau des différents points de vente de la viande grillée, le plus souvent en fin de journée, et arrêtaient tous les bouchers, au motif que leurs stands sont sales. Le temps de les conduire au commissariat, ils leur arrachent tout ce qu’ils ont comme argent et exigent que leurs parents paient une amende pour obtenir leur libération. Mis au parfum de cette pratique, le consul Tahirou Moussa s’est directement rendu chez le patron de la police de Brazzaville qui lui a demandé de lui soumettre une plainte avec tous les noms des victimes et leurs lieux d’activité. La plainte avait été formulée et déposée et depuis les ressortissants nigériens vendeurs de la viande grillée n’ont plus reçu la visite de leurs braqueurs. Une autre intervention du consul Tahirou Moussa que les Nigériens de Brazzaville ne sont loin d’oublier est celle qui a consisté à venir au secours d’un autre Nigérien menacé de mort par un «Tchoko-tchoko», surnom donné aux jeunes anciens combattants de la guerre de 1997 engagés dans l’armée congolaise et notoirement connus pour propension à user des armes à feu pour régler le moindre différend. Là aussi le consul honoraire du Niger a dû s’adresser directement au patron de la caserne militaire dont relève le jeune bidasse pour mettre le Nigérien en sécurité. Tous les Nigériens que nous avons eu la chance de rencontrer ont été unanimes à reconnaitre que leur situation a positivement changé avec l’arrivée du consul Tahirou Moussa. C’est pourquoi ils ont tous plaidé pour que l’Etat nigérien lui apporte l’aide nécessaire pour mieux accomplir sa mission.                                                                                     

Kané Illa



 
Drame de Mpila

 

11 Nigériens blessés suite à  la forte explosion du 4 mars 2012


Plus de trois mois après sa survenue, le drame qui a rasé une grande partie du quartier Mpila de Brazzaville focalise toujours l’actualité en République du Congo. Quoi de plus normal que tout le monde s’accorde à reconnaitre que même la violente guerre civile de 1997 qu’a connue le pays n’a pas autant marqué les esprits que cette terrible explosion d’un dépôt de munitions des forces armées congolaises dont ni les causes ni le bilan exact des dégâts ne sont à ce jour connus. Tout ce que l’on sait c’est que l’explosion a raillé de la carte une grande partie du quartier Mpila, avec ses habitations, ses services, ses véhicules et ses occupants. «La guerre civile de 1997 s’est déroulée sous mes yeux. Nous avons traversé des cadavres pour rentrer chez nous. Tout près de nous un obus a emporté cinq membres d’une même famille, mais je vous jure je n’ai pas peur comme lors de l’explosion du 4 mars dernier. On ne pouvait pas imaginer ce qui nous arrivait», raconte avec une forte émotion M. Mahamadou Oumarou, ressortissant nigérien à Brazzaville. «Mon cher ami, nous ne pouvons pas oublier ce qui est arrivé le 4 mars dernier à Mpila. Des familles entières ont été emportées par l’explosion. J’ai encore à l’esprit l’image de cette femme qui tentait de se sauver et dont la tête a été coupée par les tôles d’une maison qui s’étaient détachées suite à l’exposition. Quand bien même la tête est tombée, le reste du corps de cette femme a continué à courir avant de tomber», m’a confié, très ému, un jeune congolais assis à mes côtés dans l’avion de la compagnie Royal Air Maroc qui nous a transportés de Brazzaville à Casablanca, le vendredi 08 juin dernier. Selon les informations reçues auprès du consul honoraire du Niger au Congo et des Nigériens que nous avons rencontrés, aucun ressortissant nigérien n’a péri dans le drame de Mpila. Toutefois, onze (11) ont eu des blessures. Bénéficieront-ils des dédommagements que le gouvernement congolais a déjà commencé à verser aux rescapés de ce drame ? Au vu de la vive polémique que suscite le versement de ces dédommagements, entre Congolais eux-mêmes, il leur faudra nécessairement un appui des autorités nigériennes.                          

Kané Illa    

13 juin 2012
Publié le 13 juin 2012
Source : http://lagriffe-niger.com/

Dernière modification le mercredi, 13 juin 2012 22:24