samedi, 03 novembre 2012 07:02

La vie des Nigériens à Lomé (Togo) : la débrouillardise au quotidien

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nigeriens togoIls sont nombreux de nos jours, les jeunes nigériens vivant à  Lomé qui s’adonnent à des activités lucratives compte tenu de la misère et de la précarité qui gangrènent nos sociétés. Cette situation affecte dangereusement les populations dans ce monde qui subit les effets de la récession économique. Elle amène cette importante couche de la société à se débrouiller.

C’est ainsi qu’on rencontre beaucoup de jeunes soit dans les magasins, les supermarchés, les cabines téléphoniques ou les restaurants. Nous avons mené une petite enquête sur ces occupations qui leur permettent de subvenir à une partie de leurs besoins et également d’aider leurs parents à supporter les charges familiales.
‘’Etant l’aîné de la famille et ayant en charge une femme et deux enfants, je dois contribuer aux charges du ménage. Au village, c’est mal vu qu’un chef de famille ne contribue pas aux dépenses de la famille’’, dit Boubé, ressortissant de Gothèye.  Aussi, se sentant obligé de leur fournir tout ce dont ils ont besoin, il précise : ‘’j’ai préféré aller en exode et le lieu de prédilection est ce pays qui m’a bien accueilli ; je passe le plus clair de mon temps dans le magasin de mon tonton qui vend des pagnes, des tissus, des prêts à porter. A défaut d’aller à l’école comme bon nombre des jeunes de mon âge, car je viens du village, j’ai préféré aider ce dernier à écouler ses produits au lieu de vagabonder ou de prendre à longueur de journée du thé. Une corvée que j’accomplis chaque jour pour satisfaire mon tonton et l’encourager à me garder et à subvenir à mes besoins’’. Il a poursuivi : ‘’ J’en tire un énorme profit, comme voir les réalités du marché, élargir mon champ de connaissance parmi la clientèle et d’autres vendeurs ; le plus important, c’est de chasser l’ennui.  J’économise ce que je gagne, pour m’acheter des petits gadgets  et/ou satisfaire les besoins pour les quels je ne peux pas faire appel aux parents. Le seul désagrément, la seule difficulté, c’est le manque de repos à cause de la très longue fatigue de retour du marché le soir ‘’. Heureusement, selon lui, que le  dimanche est réservé comme un jour de repos : «on profite pour se divertir, surtout pour regarder la télé et poser du thé entre amis».
Issa, habitant de Loga, sillonne les marchés avoisinants, notamment occidentaux, pour l’approvisionnement des articles divers. Il fait cette activité pour que son pauvre papa, qui a assuré leur éducation et leur survie, puisse se reposer. Aussi, a-t-il poursuivi, «je vends ces petits
gadgets et articles. Je l’aide à la commercialisation. Je ne me plains guère de mon sort. Pour les difficultés, j’avoue que ce travail me fatigue car c’est contraignant : parfois, j’ai envie de tout abandonner pour être libre ». Hélas, comment faire ? Pauvreté oblige, je me ressaisis et je continue avec fierté et dignité ».
Harouna, un ressortissant de Dosso âgé de 22ans qui dit avoir quitté le pays pour des raisons d’indépendance financière, tient une cabine téléphonique et vends des portables, des ordinateurs et des accessoires depuis bientôt trois ans. Il fait ce travail, car il ne veut pas ennuyer ses parents et encore moins ses proches : «je trouve que c’est déshonorant, bien qu’étant trop jeune de toujours dire à mes parents de me donner de l’argent. Notre société nous le permet mais moi, ça ne me plaît pas de le faire. Dieu merci, je fais face à mes petites dépenses, j’arrive à m’offrir tout ce dont j’ai besoin et j’aide ma maman et mes frères en leur envoyant régulièrement des sous. Je compte y rester aussi longtemps que possible, je projette d’aller à Niamey, c’est pour voir la famille juste, et pour cela deux à trois semaines suffisent».
Selon un restaurateur nommé Souley, qui a été  renvoyé de l’école, ‘’ j’ai mis en place ce petit restaurant, où je vends du pain, des omelettes, des hors d’œuvres, du steak, de la soupe afin de satisfaire mes besoins et d’épargner.  Ce commerce me procure du plaisir car il me donne des idées et m’ouvre des portes sur d’autres perspectives d’avenir. Je me vois devenir un jour, avec l’aide du bon dieu, un homme d’affaire ou un chef d’entreprise ou de société. Ce petit commerce, c’est comme un apprentissage que je suis entrain de faire’’. Il avoue que ‘’ les contraintes liées à ce métier, c’est surtout le fait de me réveiller très tôt, à 4h ou 5h du matin, pour tout mettre en place». Pire, les gens n’achètent pas et préfèrent aller ailleurs. Ce qui du coup, selon lui, constitue un manque à gagner sans oublier le stress et la fatigue. Il compte bientôt rentrer au pays pour fonder un foyer.
Pour le vendeur ambulant qui répond au nom de Hama Issa, croisé au marché, qui après son échec au BEPEC, aide ses frères à vendre des petits articles notamment des CD, DVD et autres aux alentours des marchés, ‘’ma mère, qui est Togolaise, est assise au marché devant son étal et j’en prends quelques articles pour l’aider à les écouler vite. J’avoue que c’est une activité harassante mais qui a ses moments de joie’’, a-t-il indiqué. Il se donne à fond pour liquider ses articles car il est conscient de la souffrance qu’endure sa maman, la seule à assurer l’éducation après le décès du vieux. J’ai acquis beaucoup d’expériences en matière de commerce, car après trois ans d’exercice, je connais bien les rouages et souvent on arrive même à épargner à la banque. Les inconvénients sont énormes, selon le vendeur Hama : il y a le parcours des longues distances des fois sous le soleil ardent ou toute autre intempérie, la fatigue et certains clients véreux et surtout plaisantins qui cherchent même à abuser de votre confiance.
Le jeune Soumana, qui a quitté Niamey dans les années 90, a une boutique de prêt à porter dans le marché  central. ‘’J’ai ma clientèle qui vient généralement du pays, des grossistes qui viennent acheter pour les revendre. ‘’On est vraiment satisfait de ce commerce qui nous procure assez de bénéfices ; on a tout gagné dedans, presque tout le monde dans ma famille exerce cette activité’’, dit Soumana qui, s’exprimant sur les rapports clients et vendeurs, ajoute : ‘’ on entretient de bonnes relations avec la clientèle, certains sont même devenus comme des parents. Je  voyage régulièrement, et il m’arrive au cours de mes nombreux déplacements d’être en contact téléphonique permanent avec ces derniers et cela me permet de fidéliser ma clientèle’’. Evoquant la cohabitation avec les étrangers, il précise que ce n’est pas facile, surtout pour ceux qui se sont installés récemment : «moi, je parle leur langue et j’essaie de m’entendre avec eux ; c’est souvent difficile mais on doit s’accepter».
Aissa Abdoulaye Alfary, Envoyée spéciale

 

03 novembre 2012
publié le 02 novembre 2012
Source : Sahel Dimanche

Dernière modification le samedi, 03 novembre 2012 09:12