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«Faux et usage de faux» au Journal Officiel de la Republique du Niger : Grosse mascarade au Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage

Journal officel Republique NigerDans notre précédente livraison nous faisions cas d’un «faux et usage de faux» au Journal Officiel de la République du Niger dans le processus de publication de l’Accord de Crédit n°5954-NE d’un montant de treize millions sept cent mille DTS (13.700.000 DTS) au titre de Projet d’Appui à la Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) signé le 13 Mars 2017 à Niamey entre la République du Niger et l’Association Internationale pour le Développement (IDA). Des informations supplémentaires en notre possession confirment bien qu’il y a eu un «faux et usage de faux» mais aussi la finalité de cette pratique frauduleuse est aujourd’hui connue.

Tout le colmatage qui a été fait vise à changer quelques dispositions relatives surtout à la nomination du premier responsable en charge dudit projet d’Appui à la Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO). En effet, il est clairement dit au point A-3 section I de l’annexe 2 de cet accord de crédit officiellement signé entre l’État du Niger et l’IDA et, dûment ratifié par l’Assemblée Nationale, que le Bénéficiaire (l’État du Niger), à travers le Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, « doit maintenir pendant toute la durée du Projet, l’Unité Nationale de Coordination (UCP) dirigée par le Directeur Exécutif du Conseil National de la Recherche Agronomique (CNRA)… ». La première phase de ce programme PPAAO a démarré en 2011 et l’Unité de Coordination a été dirigée par le Directeur Exécutif de la CNRA assistée d’une coordonnatrice adjointe conformément à l’esprit de l’accord qui lie l’État du Niger à l’IDA. Avec l’enveloppe additionnelle allouée à ce projet le 13 Mars 2017, il n’y a pas eu, une seule modification qui concerne l’Unité de Coordination. C’est toujours le Directeur Exécutif du CNRA qui devait tout naturellement continuer à coordonner le PPAAO.

A la surprise générale de tous les partenaires, notamment l’Association Internationale pour le Développement, le Ministre de l’Agriculture va procéder le 30 Mai 2017 au remplacement du Coordonnateur du PPAAO, un Professeur de l’université par une dame, précédemment coordonnatrice adjointe dudit projet mais dont le profil ne colle pas du tout au poste si l’on s’en tient à l’esprit de l’Accord de crédit N°5954-NE dans sa version initiale et signée par les parties. Voir fac simulé 1. Selon une source proche du dossier, la nouvelle Coordonnatrice aurait rejoint récemment le MPR Jamhuriya et c’est semble-t-il à ce titre qu’elle a fini par être nommée à la tête du PPAAO.

En prélude à cette nomination illégale, le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage a pris soin d’écrire une lettre au Représentant résident de la Banque Mondiale pour le Niger en date de 4 Mai 2017 en demandant à cette institution un avis de non objection concernant le remplacement du Professeur Abdoulaye Gouro. Voir fac simulé 2. Le Ministre de l’Agriculture et de l’Élevage aurait dans ladite lettre avancé des contrevérités pour se donner les moyens de nommer la dame en question à la tête du PPAAO tout en sachant que, quoique les affinités qu’il a avec celle-ci, elle ne dispose pas de compétences requises pour coordonner le PPAAO. Pour le cas du Niger et non celui du Bénin, le profil exigé est celui d’un chercheur ou d’un enseignant chercheur dans le domaine de la recherche agricole. C’est d’ailleurs à ce titre que l’encrage institutionnel du PPAO a été confié au Directeur exécutif du CNRA pour impulser de manière efficace les travaux de la recherche. Mais c’était sans compter avec les calculs mesquins et politiciens des autorités en charge de ce projet qui ont voulu reléguer au second rang l’intérêt du pays.

Le Ministre de l’Agriculture et de l’Élevage a-t-il sciemment fait fi des dispositions de l’Accord de crédit N°5954-NE pour mettre en avant l’intérêt d’une militante qu’à celui du pays tout entier ou a-t-il lui-même été induit en erreur ? Était-il au courant que l’accord de crédit N°5954-NE n’est pas le même que celui qui a été publié dans le Journal Officiel ? Quand est-il de la Banque Mondiale ? A-t-elle accepté la violation flagrante de l’Accord de financement signé le 13 Mars 2017 ?

A la lumière de l’enquête en cours, l’on peut sans risque de se tromper conclure que si un faux accord a été publié au J.O, en l’occurrence le spécial numéro 12 du 26 Mai 2017, c’est certainement pour adapter en catimini l’esprit du point A-3 section I de l’annexe 2 dudit accord à celui que l’IDA a signé avec le Bénin et dont les dispositions ne font pas d’exigence sur le choix du Coordonnateur. Telles qu’énoncées dans l’accord du Niger, ces dispositions ne permettent pas au Ministre de l’Agriculture de remplacer aussi facilement le Directeur Exécutif du CNRA à la tête du PPAAO par quelqu’un qui n’a pas le profil exigé. Pour faire ce qui a été fait, il fallait triturer donc ou cacher le vrai accord en faisant en sorte que la dame sur laquelle le Ministre a jeté son dévolu devienne Coordonnatrice sans être «Directeur exécutif du CNRA» tel que souhaité par l’État du Niger et l’IDA. Quitte à ce qu’on le retire plus tard.

Selon une source proche du dossier, des tractations sont en train d’être menées par les commanditaires de cet acte pour faire publier le vrai Accord au J.O, seulement après la nomination en date de 30 Mai 2017 d’une nouvelle Coordonnatrice. Une telle démarche viendra confirmer que le faux document a été publié pour juste servir un intérêt purement politique. Si d’aventure les commanditaires de ce coup réussiraient à retirer du J.O Spécial N°12 le faux Accord, le Ministre de l’Agriculture et de l’Élevage serait obligé d’annuler son arrêté de nomination et procéder à une nouvelle nomination conformément à l’accord signé le 13 Mars par l’État du Niger.

L’un dans l’autre, cette fraude ne peut pas avoir lieu sans la complicité de la Représentation Banque Mondiale qui est sensée savoir, au moment où le Ministre de l’Agriculture sollicitait un avis de non objection, que l’Accord signé entre l’État du Niger et l’IDA, une fois ratifié par l’Assemblée Nationale, ne peut plus être modifié. En tout cas pas de la manière frauduleuse. Au niveau de cette institution (Banque Mondiale), on cite le nom d’un ressortissant sénégalais qui a des accointances avec la dame nommée et qui aurait fermé les yeux face à cette mascarade. De sources dignes de foi, ledit agent de la Banque Mondiale au Niger s’immisce trop dans les affaires de notre pays en violation du devoir de réserve que lui impose son statut de fonctionnaire expatrié. Nous reviendrons sur son cas à travers d’autres enquêtes en rapport avec les activités liées au PPAAO.

S’agissant de cette affaire louche, la responsabilité première incombe plus aux autorités nigériennes, elles qui ne châtient pas conformément aux lois du pays de tels actes mafieux. C’est d’ailleurs pourquoi, fraudeurs et autres voleurs tapis dans les rouages de l’Administration Publique ne se gênent pas à commettre n’importe qu’elle forfait au vu et au su des pouvoirs publics. La publication d’un «faux» dans le J.O de la République du Niger et «l’usage» qu’il en a permis n’a suscité aucune réaction ni au sein de l’Administration judiciaire ni au sommet de l’État. Et la vie continue… Pauvre Niger !

13 juin 2017
Source : Le Canard en Furie

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