La fraude du carburant : Une autre menace pour le pétrole nigérien

Depuis l’avènement de la Société de raffinage de Zinder (SORAZ) en 2011, le Niger a obtenu son propre pétrole raffiné, compétitif et de très bonne qualité. La chaine pétrolière a connu un important développement allant de l’exploration de l’or noir, son exploitation, son raffinage, jusqu'à sa commercialisation. Le pays en général et la Région de Zinder particulièrement profitent d’un boom dans divers secteurs, notamment le commerce, l’immobilier, le transport, l’emploi. L’apport du pétrole à l’économie nationale est significatif. La SORAZ et la SONIDEP, désormais fleuron de l’économie nationale, régissant sous les bonnes règles de gestion moderne, versent régulièrement les recettes fiscales de l’Etat. Ainsi donc, près de 100 milliards de FCFA en termes de taxes et impôts sont versés chaque année au trésor public par la SORAZ. Pour pérenniser ces performances financières et gagner plus de dividendes du secteur pétrolier et amorcer son développement économique, l’Etat du Niger s’emploie à mieux soutenir et accompagner ces sociétés pour optimiser la commercialisation de leurs produits. Cependant, force est de constater le spectre d’une menace tenace et permanente, caractérisée par le phénomène de la contrebande de carburant sur la quasi-totalité de l’étendu frontalier national, réduisant de fait, les quantités d’enlèvement des produits, et donc du potentiel des recettes à maximiser, susceptible de garantir le levier déclencheur de la prospérité des populations tant recherchée par les autorités de la 7ème République. En effet, dans plusieurs Régions du Niger, il est plus aisé pour les utilisateurs de carburant, de franchir la frontière voisine pour s'approvisionner en essence ou alors localement, se procurer du carburant en transit ou détourné, à l’origine destiné à l’exportation. A titre d’exemple, les contrebandiers, une fois entrés dans la ville de Zinder, s’adonnent librement à un « dumping », par l’écoulement à vil prix de leurs produits dans plusieurs points de vente. Le carburant du marché noir, malgré sa qualité douteuse, coûte en effet deux fois moins cher que celui des stations d’essence. Ainsi, les usagers peuvent aisément s’acheter le litre d’essence à environ 250 FCFA (selon la période et la loi de l’offre et la demande), au détriment des stations formelles existantes, où le litre du Super à la pompe coûte actuellement 540 FCFA et celui du gasoil 538 FCFA. Malgré son essor dans la quasi-totalité des grandes villes de l’intérieur, et le gain qu’il génère pour le secteur informel, ce commerce a des conséquences néfastes sur chaque agent du cycle économique nigérien :

Pour les consommateurs, le choix économique rationnel d’opter pour quelques économies sur les revenus de plus en plus insuffisants pourrait expliquer la consommation à bon marché du carburant altéré et impur, stocké dans des conditions de fortune en pleine rue. Or, cette accessibilité n’est pas toujours sans conséquences sur la qualité de vie de nos concitoyens. Une certaine étude des experts du transport routier attribue une large responsabilité de la consommation du carburant fraudé sur le mauvais état technique des véhicules dans leur ensemble, le plaçant comme principal agent causal des dommages sérieux sur les engins à moteur. Les accidents de la route, les incendies de voitures, les pannes mécaniques fréquentes de moteur ne sont pas étrangères à l’usage quotidien de ces produits frelatés, toxiques et dangereux de par leur nature très inflammable.

Pour la SORAZ et la SONIDEP, la fraude des produits pétroliers alimentant de façon déloyale le marché local, réduit significativement la performance de ces sociétés qui ne peuvent plus écouler leurs produits malgré une demande sans cesse croissante à l’intérieur comme à l’extérieur. Cela crée un problème gravissime à la production de la SORAZ et la trésorerie de ces institutions très importantes dans l’économie du Niger. Faisant cause commune, La SONIDEP et la SORAZ de leur côté, ont d’ores et déjà entrepris des stratégies préventives contre la fraude, en redoublant de vigilance aux points de chargement des camions citernes, et en instaurant un système de plombage des réservoirs et d’escorte douanière jusqu’à leur destination transfrontalière. Dans un proche avenir, les deux entreprises conjuguerons également leurs efforts respectifs pour mettre sur pied un système de tracking de télésurveillance sur chaque camion-citerne afin d’assurer une meilleure traçabilité sur le trafic des centaines de camions sur tout le long de la RN1 jusqu’aux différents postes frontaliers délimitant notre pays. Une visibilité efficace, qui permettra sans nul doute, de dissuader tous les impénitents fraudeurs qui n’ont que seul mérite, l’appauvrissement de l’Etat du Niger. Cette mesure technologique tous azimuts, qui se veut patriotique et radicale devrait mettre tous les acteurs économiques de bonne volonté, épris d’un brin de fibre citoyenne dans leur droit le plus légitime.

Pour l’Etat, les pertes en recettes fiscales sont indéniables, d’autant plus que l’enlèvement des produits et leurs destinations, ne sont actuellement assurés qu’à leur strict minimum. Partant, jouant pleinement sa partition de premier responsable, et étant tout aussi conscient de la situation, l’Etat a quant à lui pris des mesures palliatives en dotant les régies financières, au premier rang desquelles les Douanes, des moyens (administratifs et logistiques) conséquents pour la lutte contre ce fléau qui mine injustement l’émergence de cette toute nouvelle filière porteuse d’espoir pour tout un peuple.
Source : SORAZ

Ali Maman  

04 février 2018
Source : http://www.lesahel.org/


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