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Niger/Le scandale de la réhabilitation de la RTA : Sur la piste des entreprises SIGMA 2, MBC et… AREVA !

Lancement RTA 2015Depuis le fameux tweet d’Omar Ladan Tchana, ex ministre d’état nigérien des mines puis des transports, une polémique fait rage au Niger, bien plus intensément sur les réseaux sociaux, à propos de la réhabilitation de la très stratégique route Tahoua-Agadez-Arlit (RTA).

« Agadez-Tahoua 420 km, 11 heures de route, 2 roues éclatées. M. Birgi Rafini doit dire au peuple nigérien où sont passés les 100 millions d’AREVA pour la réhabilitation de la route Tahoua-Arlit… obtenu en 2014 », avait-il tweeté en substance.

« Tchana tacle Brigi », titrait le journal l’Evènement. En revanche, sur les réseaux sociaux, le sieur Tchana en a pris franchement pour son grade. Il a en effet été copieusement conspué par les internautes nigériens qui l’accusaient principalement d’hypocrisie, voire de petitesse, pour n’avoir pas dit cette vérité au moment où il était aux affaires. « Le pauvre » a été tellement « humilié » (plus que la policière qu’il aurait giflée) que certains ont eu pitié de lui et se sont constitués « avocat » pour le défendre.

Dans leur majorité, les commentateurs de Niamey, grisés par le fort parfum de scandale que dégage cette « révélation », se sont uniquement focalisés sur les trois acteurs à vue : Tchana le nouveau « free lance », Birgi Rafini Premier Ministre, à qui sa question était destinée et Issoufou Mahamadou Président de la République qui, en dernier ressort, est le responsable de « tout ». Ils feignent d’oublier que c’est d’abord l’argent d’AREVA, un « bras secret » de la France, trempé dans bien de magouilles qui ont contribué à ruiner ce pays. Un autre oubli de taille, les entreprises dans les comptes desquelles devrait théoriquement être viré cet argent.

Ça sent l’arnaque !

Sur la photo d’illustration, on voit le Président Issoufou devant un panneau retraçant toutes les caractéristiques d’un des chantiers de la réhabilitation de la RTA. On lit distinctement que c’est l’entreprise SIGMA2 qui est adjudicatrice de ce marché de plus de 22 milliards pour un délai d’exécution de 20 mois. SIGMA2, une entreprise béninoise, est en effet chargée de la réhabilitation du tronçon Tamaya-Agadez d’une longueur de 85 km. Quant au tronçon Agadez-Arlit, il échoit à l’entreprise tunisienne la Méditerranéenne du Bâtiment et de la Construction MBC avec 106 km pour 33 milliards de CFA. Jusque-là, le montage est presque parfait, sauf que…

Il y’a un peu plus d’un an déjà, le Journal l’Actualité alertait l’opinion nationale : « La société tunisienne MBC, chassée du BURKINA FASO pour faux et usage de faux, gagne 40 milliards de FCFA de marchés au Niger pour la reprise de la route TAHOUA–ARLIT et le tronçon AGADEZ–TIGUIDIT ! ». Et le journal d’ajouter qu’au Burkina MBC « a utilisé des faux documents prouvant sa capacité à effectuer de travaux de bitumage dont elle ne dispose ni du matériel adéquat encore moins du personnel qualifié ». Malgré cette « alerte rouge », peu d’investigateurs ont suivi cette piste pour davantage éclairer l’opinion nationale.

Quant à l’entreprise béninoise SIGMA2, nous retrouvons assez facilement ses traces sur internet (https://www.sigma2.sogbossigroup.com/#). Sur sa page d’accueil, on voit défiler alternativement les images des réalisations faites par la société, y compris cette image iconique, celle du lancement des travaux de réhabilitation de la RTA par le Président Issoufou le 20 septembre 2015. Ce qui frappe le visiteur nigérien du portail de SIGMA2, c’est de constater que, tout comme son homologue MBC, cette entreprise n’a ni les moyens ni l’expérience pour réaliser les 85 km de route à lui confiés. On s’en convainc facilement lorsque, un peu plus bas en défilant, on rencontre le « PDG » de SIGMA2, posant fièrement devant 4 camions d’occasion….

Comment SIGMA2 et MBC ont décroché ces marchés ? C’est l’une des questions que nous avons posées par mail à Serge Maurice SOGBOSSI, le patron de SIGMA2. Comment des petites entreprises comme la sienne, aient pu décrocher des marchés qui dépassent de loin leur capacité technique et financière ? La réponse à cette question pourrait sans doute éclairer les nigériens sur la faillite de ce projet. Ces entreprises n’étant pas connues des nigériens, on peut estimer qu’elles ont été « introduites et recommandées » aux responsables nigériens. Qui les a introduites et recommandées ? That is the question !

AREVA à la manœuvre ?

Pour rappel, en 2015, le Niger « arrachait » à AREVA un accord de partenariat stratégique dans lequel la société française du nucléaire acceptait de participer au financement de la réhabilitation de la RTA à hauteur de 90 millions d’euros, en 4 ans. Pour beaucoup d’analystes nigériens, le fait déjà d’échelonner en 4 ans le versement de cette « participation » pour la réhabilitation d’une route dont elle (AREVA) est pourtant la principale bénéficiaire, alors que l’ensemble des travaux pouvaient être effectués en 24 mois, est en soi suspect et démontre à suffisance la mauvaise foi des français dans cette affaire.

En effet, dès le départ, nombreux étaient les nigériens qui étaient sceptiques sur la volonté d’AREVA de débloquer le financement de cette route, au vu du « contexte », car au moment même des négociations, la multinationale française, plombée par des dettes et déficits dus à des placements hasardeux, était presque en faillite. Logiquement, elle ne voudra pas donner cet argent au Niger pour construire une route qui, de surcroit, allait faciliter le déplacement des migrants. Mais le Président Issoufou avait fait une promesse ferme aux gens d’Agadez. Il pensait pouvoir sans doute imposer son agenda à AREVA. Mais celle-ci était bien trop maligne. Dans ce scénario, presque à coup sûr, c’est elle aurait recommandé, voire imposer aux autorités nigériennes ces « entreprises bidons » pour saboter les décaissements ultérieurs.

D’après les investigations du journal Aïr Info d’Agadez, la multinationale française a déjà débloqué depuis 2015 une première tranche de 22.4 millions d’euros, soit exactement un quart de la somme promise au Niger. Cette somme, moins les commissions (qui peuvent être importantes), a sans doute été directement versée dans les comptes de SIGMA2 et MBC. Comme l’entreprise russe ZVS avec le projet Kandadji, SIGMA2 et MBC après avoir mis la main sur « l’avance de démarrage », ont commencé à trainer les pas, attendant sans doute une résiliation du contrat par le gouvernement, pour ensuite le trainer devant les tribunaux pour rupture abusive du contrat. Tirant les leçons d’Africard, Birgi Rafini et son gouvernement n’ont pas commis cette erreur.

Sauf que le plan d’AREVA qui consistait à ruser pour ne pas verser cette somme au Niger, a lui parfaitement bien marché. N’ayant exécuté aucun travail sur le terrain en 3 ans, SIGMA2 et MBC ne peuvent tout naturellement rien justifier pour prétendre aux prochains décaissements. Ainsi le projet est littéralement bloqué et le restant de l’argent, soit 67.6 millions d’euros, reste lui aussi dans les comptes d’AREVA. Pour matérialiser son coup et solder ses passifs avec le Niger, son « partenaire stratégique », l’entreprise française a, entre temps, carrément changé d’identité judiciaire et est devenue ORANO. Et le tour est joué !

Ce qui en clair  signifie pour les nigériens : Tout est à recommencer !

El Kaougé Mahamane Lawaly

12 novembre 2018
Source : Le Souffle Maradi

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