vendredi, 27 novembre 2015 07:14

Célébration de la Journée Internationale de la Langue Maternelle : Promouvoir l’utilisation des langues maternelles à l’école pour accroitre les rendements scolaires

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La ministre de l’Enseignement Primaire, de l’Alphabétisation, de la Promotion des Langues Nationales et de l’Education Civique, Mme Ali Mariama Elhadj Ibrahim, a présidé, hier à Niamey, la célébration de la Journée Internationale de la Langue Maternelle sous le thème : ‘’l’éducation inclusive à travers et par la langue: la langue, ça  compte’’.

Cette journée a été saisie par les organisateurs pour montrer, d’une part, l’importance de la langue maternelle dans l’éducation, et d’autre part, procéder au vernissage du livre ‘’Tarihin Dorougou’’, qui raconte l’histoire d’un jeune garçon, né vers 1840 dans un village dans la région de Zinder, qui avait accompagné deux explorateurs allemands dans leurs expéditions dans le Sahel puis en Europe.
L’ouverture de la cérémonie s’est déroulée en présence de l’ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne au Niger, Dr Bernd Von Munchow-Pohl, et de plusieurs invités.
Pour donner un sens à cette journée au Niger, l’hymne national a été chanté en langues nationales Haoussa et en Zarma-Sonraï par des jeunes écoliers. En effet, la langue occupe une place prépondérante dans la vie quotidienne, mais surtout à l'école.
Pour la ministre de l’Enseignement Primaire, de l’Alphabétisation, de la Promotion des Langues Nationales et de l’Education Civique, Mme Ali Mariama Elhadj Ibrahim, si la langue utilisée à l’école était suffisamment bien maîtrisée par l'enseignante ou l'enseignant et ses élèves, elle devrait accroître les rendements scolaires. Ce qui n'est pas toujours le cas dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, a-t-elle dit, rappelant que depuis 1953, l’UNESCO avait appelé les pays membres à l'utilisation de la langue maternelle à l'école et que l'Organisation de l'Unité Africaine avait fait sienne cette idée à sa création en 1963.
Certes, a dit la ministre, tous les pays, pour des raisons diverses, n'ont pas placé la langue maternelle au cœur de leur système éducatif, mais ceux qui l'ont fait ont vu une nette amélioration de la performance des élèves.
Au Niger, un enseignement bilingue, utilisant concomitamment le Français et nos langues nationales, est expérimenté depuis 1973, date de l'ouverture de la première classe à l'école Abdoua Neino de Zinder. Mieux, toutes les évaluations, aussi bien internes qu'externes, ont montré une meilleure performance des élèves issus de ce système, comparativement à leurs camarades des classes utilisant exclusivement le français comme langue d'enseignement/apprentissage.
Pour rendre compétitif son système éducatif, le Niger a opté aujourd'hui pour une réforme de son curriculum en faisant recours à l'utilisation des langues nationales pour construire le savoir en classe. Et, depuis cette rentrée 2015-2016, l'ensemble des outils pédagogiques et didactiques sont produits dans six (6) langues, et l'expérimentation a démarré dans les classes de C.I.
La promotion des langues nationales est une volonté clairement exprimée par le Président de la République. Si cette vision est aujourd’hui en train de se réaliser à travers le fulfuldé, le hausa, le kanuri, le sonray-zarma et le tamajaq, elle le sera très bientôt pour 3 autres de nos langues nationales à savoir le buduma, le gulmancema et le tubu, a annoncé la ministre en charge de l’Enseignement Primaire.
Pour sa part, l’ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne au Niger, Dr Bernd Von Munchow-Pohl, a relevé que l’objectif de cette journée est de souligner l’importance des langues nationales du Niger pour l’enseignement des prochaines générations. Les langues maternelles des différents groupes ethniques qui composent l'ensemble du peuple nigérien témoignent de sa grande diversité et de sa grande richesse culturelle, a-t-il dit
Par rapport au livre ‘’Tarihin Dorougou’’, S.E Bernd Von Munchow-Pohl a indiqué que l’histoire du jeune garçon Dorougou est extraordinaire. Ce jeune homme avait accompagné  deux explorateurs allemands à leurs expéditions dans le Sahel puis à Berlin et à Londres en Europe, avant de revenir dans sa région maternelle quelques années plus tard, et devenir professeur dans une école à Kano.  Bien que parlant parfaitement l'Anglais, Dorougou a raconté son histoire, en 1856, en langue Haoussa à un missionnaire et linguiste anglais, qui l’a publié avec d'autres contes de la tradition orale sous le titre ‘’Mangana Haussa’’.

Comme ce livre, la vie de Dorougou fut aussi complètement oubliée jusqu'au moment où un jeune chercheur américain le redécouvrit par chance dans la bibliothèque de l’Université de Yale. Le résultat de cette redécouverte fut une version annotée du texte en anglais, publiée en 1971. Cette redécouverte a inspiré le projet d'une nouvelle édition en haoussa de l'ONG ‘’Mate ni Kane’’. En le réalisant, les éditeurs ont commencé par traduire le Haussa parlé par Dorougou, qui peut être aujourd'hui qualifié de Haussa ancien, dans une forme plus contemporaine. Afin de rendre l'histoire de Dorougou accessible à un public plus large, notamment aux écoles, ils ont aussi traduit le texte en français et l'ont publié en version bilingue, a précisé Dr Bernd Von Munchow-Pohl.
Au cours de cette cérémonie, il a été présenté aux participants le matériel destiné à la réforme du curriculum, et un exposé a été fait sur l’équipement des langues et les perspectives.
Hassane Daouda(onep)
27 novembre 2015
Source : http://lesahel.org/