samedi, 06 août 2016 07:22

Education : Les contractuels sacrifiés sur l’autel de la malgouvernance

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Enseignement Sup NigerLes contractuels de l’éducation qui constituent l’écrasante majorité du personnel dans le secteur de l’enseignement sont à nouveau dévalués. Déjà qu’ils sont les parents pauvres du secteur sur le plan du traitement salarial à cause notamment de leur statut, le ministre de l’Education primaire et de l’alphabétisation a décidé d’initier une nouvelle mesure qui risque de les transformer en parias. La trouvaille du ministre Daouda Mamadou Marthé, lui-même enseignant de profession, a consisté à reverser les contractuels sur le compte des communes. Qu’est-ce à dire ?

Désormais ce sont les communes qui prendront en charge le paiement des pécules des contractuels, leurs affectations, leurs licenciements éventuels… En somme, les contractuels sont tout simplement déconnectés de l’Etat central pour être des agents au service exclusif des communes, au nom d’un prétendu transfert des compétences qui n’est malheureusement pas effectif dans la réalité depuis l’avènement de la décentralisation au Niger à partir de 2004. Non seulement les compétences ne sont pas transférées mais les ressources aussi qui permettent aux communes d’être viables font cruellement défaut. Elles ne vivent qu’avec des broutilles comme les taxes de marché et autres subsides. Pour celles qui ont encore des marchés importants parce que toutes ne sont pas logées à la même enseigne. C’est dans ces conditions peu enviables que le ministre demande aux communes de se débrouiller pour gérer désormais les contractuels officiant dans leurs entités respectives. Tant pis pour celles qui ne seront pas en mesure de faire face au paiement des pécules sur les maigres ressources financières qu’elles parviennent à mobiliser difficilement. Cette mesure, qui s’apparente à du cynisme, suscite ces quelques questionnements. En quoi les enseignants contractuels sontils différents de leurs collègues titulaires pour que leur sort soit confié aux communes ? L’instruction qu’ils dispensent aux enfants est - elle un enseignement au rabais par rapport à celle dispensée par les titulaires ? Les enfants vivant dans les communes déshéritées deviendront quoi lorsque les paies ne sont pas assurées ? Quel sera désormais l’emprise des services déconcentrés de l’éducation sur les contractuels à partir du moment où leur gestion est totalement confiée aux communes ? Ce sont là autant de questions qui méritent d’être renseignées avec notamment cette mesure qui sonne tout simplement comme une démission de plus de l’Etat vis-à-vis du secteur éducatif. La malgouvernance du régime Guri, qui s’est traduite aux cours de ces cinq dernières années par une prédation systématique des deniers publics, la corruption et l’impunité, fait ses premières victimes dans le corps enseignant. Conscient certainement de son incapacité à tenir le pari des salaires régulièrement pendant longtemps encore, au regard notamment de la sécheresse financière à laquelle il est confrontée depuis le début de ce deuxième mandat, le régime Issoufou a décidé de sacrifier les contractuels. Qu’a-t-il à perdre dans cette opération ? Pas grandchose, puisque les contractuels enseignent les enfants des pauvres dans les écoles publiques ; les nantis, eux, ont leurs progénitures dans le système privé, qui ne connaît pas les grèves intempestives et autres troubles.

I.D

06 août 2016
Source : Le Courrier

Dernière modification le samedi, 06 août 2016 09:58