vendredi, 25 novembre 2016 23:00

Paralysie de l’école publique : L’indifférence coupable du gouvernement

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Ecole Niger TabarbarewaLa paralysie dans laquelle est installée l’école publique nigérienne depuis le début de la rentrée scolaire doit inquiéter tout observateur honnête et sincère par rapport au sort de l’année en cours. Depuis le mois d’octobre pour ne pas dire septembre, qui a coïncidé avec la rentrée officielle des lycéens, il n’y a pratiquement pas eu de cours de façon interrompue toute une semaine dans le système publique de l’éducation. Tout comme à l’université d’ailleurs où, à l’instar des étudiants, les enseignants chercheurs aussi sont en grève régulièrement depuis septembre. Une situation pour le moins inédite au Niger où les enseignants décrètent des arrêts de travail en même temps que les étudiants et scolaires. Le dénominateur commun à ces débrayages interrompus à l’université, dans les lycées et les collèges d’enseignement publics se résume à des revendications matérielles que le gouvernement éprouve de la peine à honorer depuis pratiquement la fin du premier mandat du président Issoufou Mahamadou.

Elles ont pour noms : non-paiement des salaires, bourses et allocations à terme échu ; insuffisance des salles de cours pour contenir les effectifs ; reversement des enseignants contractuels à compter de cette année sur le compte des communes qui n’arrivent même pas à payer les salaires de leurs propres agents pour ne citer que ces points. Face à ces différentes préoccupations matérielles, le régime Guri, qui se targue d’avoir surclassé en termes de réalisation en 5 ans ce que les régimes précédents ont pu faire depuis l’indépendance du pays, est aujourd’hui incapable d’apporter des solutions pour assurer le fonctionnement régulier de l’institution. Pour toute réponse, il s’est muré derrière une indifférence déconcertante, ne se donnant même plus la peine d’appeler les partenaires autour d’une table de négociations pour chercher un terrain d’entente sur les points de désaccord. Du coup, les mots d’ordre de grève sont systématiquement reconduits dans les universités et les établissements d’enseignement public dès qu’ils expirent tandis que les étudiants et scolaires inscrits dans le système privé étudient normalement. A l’expiration de chaque nouveau mot d’ordre de boycott des cours, les élèves du public reprennent le chemin des classes en se disant que le fameux sifflet va inévitablement retentir le même jour pour les faire sortir. C’est dans cette ambiance délétère qu’on s’achemine inexorablement vers la fin du premier trimestre, qui risque d’être perdu car le gouvernement n’affiche aucune volonté de créer les conditions d’un retour à la sérénité dans le secteur. Il veut apparemment acculer au découragement les enseignants et les scolaires dans leur lutte par la stratégie de l’usure au lieu de chercher à nouer le dialogue avec eux pour trouver un terrain d’entente. Or telle que la lutte se durcit de semaine en semaine, il n’est pas évident que les partenaires cèdent sans trouver satisfaction à leurs revendications. Au demeurant, l’on voit mal comment ils peuvent être amenés à renoncer à leurs justes et légitimes doléances face à un régime qui refuse de diminuer le train de vie de l’Etat en dépit de la crise financière dans laquelle sa mauvaise gouvernance a installé le pays. Ses innombrables promesses non tenues ont définitivement convaincu les partenaires sociaux que le régime Issoufou ne respecte pas ses engagements. Les deux camps se regardent désormais en chiens de faïences. Les enseignants du supérieur, ceux du secondaire, les étudiants et scolaires peuvent aller en grève autant de temps qu’ils le désirent, ce sont eux que ça regarde ; ce sont eux qui sont perdants dans l’affaire. C’est cela qu’il faut comprendre dans la posture du régime guri face à l’école publique. L’association des parents d’élèves, qui a l’habitude de jouer aux pompiers à chaque fois que la case commence à prendre feu, ont depuis quelque temps disparu des radars car on ne l’entend plus sur les médias. Cette situation peut s’expliquer par le fait qu’ils n’ont plus le courage de demander aux enseignants et aux étudiants et élèves de mettre un peu plus d’eau dans leur boule pour avoir, à maintes reprises, pris part à des négociations à l’issue desquelles le gouvernement prend des engagements qu’il n’honore pas. Même dans cette nouvelle crise, ils ont tenté de concilier les deux camps sans succès pour non respect des promesses prises par le pouvoir pris à l’issue des négociations. Apparemment, ils préfèrent jouer aux observateurs impuissants par rapport à la situation de non-école qui prévaut actuellement.

Tawèye 

25 novembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le samedi, 26 novembre 2016 00:26