lundi, 02 janvier 2017 11:30

Scandale à l'Université de Niamey : Ça sent la magouille à la Faculté des sciences de la santé

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Universite Abdou Moumouni 2016La faculté des sciences de la santé (FSS) de l'université Abdou Moumouni de Niamey est au centre d'une affaire trouble de délibération reprise à l'initiative du doyen de ladite faculté, le Pr. Saïdou Mamadou, la FSS semble avoir attrapée le virus qui circule dans l'air sous Mahamadou Issoufou. Non content des résultats des délibérations régulières conduites en conformité avec les textes, le doyen de FSS n'est pas passé par quatre chemins pour convoquer à nouveau les enseignants en EM1 (études médicales - première année) aux fins de procéder à une nouvelle délibération, au prétexte que la première délibération n'avait pas tenu compte de la règle habituelle de repêchage. Une histoire qui sent le roussi, l'examen desdits résultats, à l'aune des critères de passage, de redoublement et d'exclusion, révélant les aberrations de l'acte du Pr. Mamadou.

Le 15 décembre 2016, la Faculté des sciences de la santé délibère dans la salle de conseil, sous l'égide d'un enseignant de grade professoral (c'est la règle qui le veut ainsi) et en présence de tous ses collègues enseignants permanents. Une réunion des plus ordinaires pour plancher sur les passages, les redoublements et les exclusions des étudiants de première année inscrits en études médicales. Au total, 446 étudiants étaient concernés. Après avoir examiné les résultats individuels des étudiants et délibéré selon les critères fixés par les textes en vigueur, la commission a décidé de 116 passages, 191 redoublements et 139 exclus. Le 16 décembre 2016, contre toute attente, le Pr. Mamadou adresse à ses collègues enseignants une nouvelle convocation pour délibérer une seconde fois sur les mêmes résultats. Son argument ? Il estime que " en raison de la non-application de la règle du repêchage à la deuxième session de la première année de médecine, la délibération du 15 décembre 2016 est annulée " et convoque tous les enseignants permanents à se réunir le 20 décembre 2016 en vue de revoir leur copie. Une décision inacceptable pour certains enseignants qui ne comprennent pas les motivations réelles du doyen d'autant qu'il n'existe aucune raison valable pour revenir sur la délibération qui a été faite de façon régulière. Car, aucune des trois raisons pouvant faire annuler une délibération n'a été constatée. Il n'y a eu, de la part des étudiants, ni réclamations ni dénonciations sur d'éventuelles irrégularités qui auraient entaché la délibération. Du reste, le Pr. Mamadou n'a laissé place à aucune réaction des étudiants. Ayant remis en cause la délibération régulière de ses collègues dès le lendemain, soit le 16 décembre, le Pr. Mamadou semble avoir réagi intuitu persona, mettant en avant des motivations qu'il doit être seul à connaître. De fait, le Pr. Mamadou n'a aucune raison valable pour annuler le travail produit. Pour tout argument, il se cache derrière une " règle habituelle, dit-il, de repêchage ". Or, non seulement une habitude peut être une erreur, mais elle n'a aucun caractère obligatoire. Ça fait penser à ces fameuses libéralités que s'octroyaient les membres d'un clan mafieux à la BIA (Banque internationale pour l'Afrique) qui ne reposaient sur aucun texte. Ou encore de ce non moins fameux vote par témoignage décidé par Boubé Ibrahim, prétendant que c'est là une pratique habituelle alors qu'elle est totalement contraire aux lois électorales en vigueur. Du reste, en matière d'examens universitaires, les critères liés aux passages, redoublements et exclusions sont fixés à l'avance par les textes. Ainsi, à la FSS, un étudiant de première année ne se fait pas exclure à l'issue de sa première année académique. Il redouble la première année mais se fait nécessairement exclure à l'issue de sa deuxième année s'il n'obtient pas une moyenne générale de 10/20 et sans note éliminatoire comprise entre 0/20 et 5/20 comprise, soit moins de 6/20. Toutefois, même avec une note éliminatoire dans une matière, il peut être repêché s'il justifie une note générale appréciable. Simple question de bon sens. Cependant, même sans note éliminatoire, un étudiant ne peut être repêché s'il n'a pas une moyenne générale égale ou supérieure à 10/20 alors qu'il a déjà redoublé la première année. Cela sous-entend que tous les 139 étudiants exclus l'ont nécessairement été à l'issue de leur seconde années académique et que tous ceux qui ont redoublé, au nombre de 191, sont à leur première année académique.

Pourquoi cette seconde délibération irrégulière ?

Pourquoi le Pr. Mamadou a-t-il cru devoir refaire une seconde délibération sur les motivations desquelles l'on s'interroge ? Est-ce pour " sauver " X et/ou Y ? Nul ne le sait encore, même des indiscrétions avancent des raisons surprenantes. Ainsi, sur la base de sa convocation en date du 16 décembre 2016, le Pr. Mamadou, doyen de la FSS préside personnellement une nouvelle réunion pour délibérer à nouveau sur les mêmes résultats. Seulement, certains enseignants, outrés par ce comportement inexpliqué et considérant qu'il s'agit là d'un manque de respect pour leur grade et leur intégrité, ont jugé bon de ne pas y prendre part. Histoire de ne pas se dédire. Et alors qu'il n'a pas qualité pour présider une délibération en première année, le Pr. Mamadou a néanmoins dirigé ladite délibération. Pharmacien de son état, il ne peut diriger une délibération qu'en troisième année où la matière est enseignée et en année doctorale pour les soutenances de thèses. Et tout pour quoi ? Pour aboutir à une catastrophe qu'il ne pourra pas expliquer. Entouré de quelques enseignants qui ont accepté cette remise en cause, par eux-mêmes, d'un travail qu'ils ont réalisé en toute intégrité, le Pr. Mamadou a décidé de repêcher, selon sa fameuse règle habituelle, 37 étudiants devant redoublé , 10 exclus et les a tous proposé pour le passage au niveau supérieur, soit 47 étudiants ajoutés aux 116. Ce qui porte le total des passages à 163. Extraordinaire ! Car, les résultats font apparaître 40 étudiants qui ont une note supérieure ou égale à 9,50%, dont six (06) seulement peuvent se targuer de n'avoir aucune note éliminatoire. Or, la délibération irrégulière du Pr. Mamadou fait passer 47 étudiants supplémentaires, ce qui veut dire que non seulement, il y a eu des étudiants qui ne justifient pas d'une moyenne générale égale ou supérieure à 9,50/20, mais, pire, des étudiants exclus semblent avoir été proposés au passage. Cette gymnastique rocambolesque, le Pr. Mamadou doit l'expliquer aux Nigériens afin que l'Université de Niamey, qui porte le nom des plus illustres de ses fils, ne soit souillée par ce scandale.

La FSS ferait-elle un peu comme les autres sous ce régime ?

On a connu les fraudes aux concours d'entrée à la Fonction publique au titre des ministères des Finances et de la Santé notamment dont Le Courrier a dénoncé les véritables commanditaires tapis au sommet de l'Etat, acte méritoire mais qui a curieusement conduit Ali Soumana et Moussa Dodo en prison. On a connu également les fraudes aux examens du Baccalauréat dont les responsables, un temps arrêtés, ont bénéficié de promotion au sein de l'administration. On a aussi connu les scandales financiers qui ont éclaboussé de hautes personnalités, dont la toute dernière porte sur plus de six milliards de matériels divers dilapidés à la Soraz mais qui a étonnamment servi d'échelle pour l'ancien directeur général de la Douane Issaka Assoumane, nommément indexé par le rapport de la Halcia, pour devenir conseiller avec rang de ministre auprès du camarade Mahamadou Issoufou. Bref, tout semble, donc, indiquer que les fraudes, magouilles, détournements, en un mot ce qui est contraire à la loi, est si magnifié sous Mahamadou Issoufou que c'est devenu l'escabeau privilégié à emprunter pour percer, comme disent les Ivoiriens. Bref, c'est dans l'air ambiant et la FSS de l'université de Niamey ne semble pas avoir échappé au courant destructeur de ces magouilles qui font couler le Niger. Faculté de référence jusqu'ici tenue hors des déviances politiciennes et autres courants malfaisants, la FSS est désormais dans le creux de la vague. Elle doit nécessairement s'expliquer et convaincre. Autrement, c'est toute l'image de l'enseignement supérieur universitaire nigérien qu'elle ternit, l'organisation de l'examen du baccalauréat elle-même ayant été ces dernières années au centre de scandales de fraudes et de corruption.

Laboukoye

02 janvier 2017
Source : Le Courrier