vendredi, 03 février 2017 06:28

Education dans le département de Bosso : L’Unicef et le Gouvernement du Japon appuient l’école

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Le tronçon de la Route Nationale n°1 (RN1) Diffa-Nguigmi était d’un confort surprenant. Nous l’avons pourtant délaissé pour prendre une brousse que le plus hardi des aventuriers hésiterait à pénétrer. Les passagers des véhicules 4x4, qui n’avaient pour toute précaution de sécurité que des gilets pare-balles individuels, s’angoissaient au fur et à mesure que le cortège s’enfonçait dans les labyrinthes d’une végétation dense, caractéristique des zones du Lac Tchad et de la Rivière Komadougou Yobé.

Après un parcours d’une heure au cours duquel nous avons dépassé quelques champs de poivrons et un poste de contrôle militaire, voilà enfin Bosso, notre destination. La dernière grande localité administrative du Niger avant l’enfer! En effet, à moins d’un kilomètre de Bosso, en traversant tout juste la Komadougou Yobé qui fait office de frontière naturelle avec le Nigeria, commence un no man’s land de terreur où règnent les hordes de tueurs de la secte Boko Haram.

Le mouvement terroriste qui écume depuis des années le bassin du Lac Tchad lance des attaques sporadiques sur les pays voisins que sont le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad. Les populations civiles payent un lourd tribut dans cette situation insensée.

Déplacés du Nigeria ou des zones frontalières à l’intérieur même du Niger, environ 250.000 personnes, dont majoritairement des femmes et des enfants, ont fui les exactions de Boko Haram pour trouver refuge dans plusieurs sites et localités de la Région de Diffa.

Bosso, notre destination, a été attaquée deux fois en février et juin 2015 par les bandes armées de Boko Haram qui ont été à chaque fois mises en déroute par les Forces de Défense et de Sécurité de notre pays en coalition avec des unités de l’Armée tchadienne. A chaque fois, la localité s’est vidée presque entièrement de ses populations.

Mais aujourd’hui, les images d’une localité fantomatique vidée par ses habitants le lendemain de l’attaque sanglante et destructive du 6 février 2015 sont un lointain souvenir. Nos Forces de Défense et de Sécurité, avec l’appui des Forces tchadiennes, ont assaini la situation et continuent, avec une détermination sans faille, à veiller au grain.

L’insécurité est contenue dans des proportions qui ont permis le retour des habitants. La vie, qui est plus forte que la mort, a repris ses droits à Bosso. L’essentiel de l’Administration et des Services techniques s’est reconstitué.

Mieux, les partenaires au développement comme l’UNICEF affirment, avec plus de force, leur présence et leurs actions afin de reconstituer le tissu social de ces zones meurtries. En effet, le déplacement massif des populations, n’ayant souvent rien emporté dans leur fuite, créait une situation humanitaire à laquelle venaient se greffer d’autres problèmes et des risques comme l’insécurité alimentaire, la malnutrition des enfants, les épidémies etc...

Côté Education, 151 écoles primaires ont été fermées avec un effectif de plus de 12.000 enfants brutalement privés d’éducation. Les promptes réponses, coordonnées par le Gouvernement avaient permis de stabiliser la situation humanitaire. Parmi les réponses des partenaires, il y a un programme d’actions d’urgence de l’UNICEF financées par le Gouvernement du Japon pour appuyer les efforts du Gouvernement nigérien en faveur de la situation des enfants, avec notamment le défi de rétablir le système éducatif dans ces zones, en accompagnant tout cela d’actions propres à garantir la nutrition, l’eau potable qui est déjà une denrée rare, l’hygiène et l’assainissement, ainsi que la protection de l’enfance.

Le résultat le plus visible de cette action est le site de relocalisation des écoles dans la commune de Bosso. A notre arrivée, le site scolaire grouillait de monde. Des centaines d’élèves, sac scolaire au dos, déambulaient dans la cour, tandis que d’autres sont attablés dans les classes dans une atmosphère studieuse.

A voir l’enthousiasme qui se dégage des lieux, on a du mal à croire que les éléments de Boko Haram sont tapis dans les environs, tenus en respect par les canons des positions avancées des Forces de Défense et de Sécurité de notre pays.

L’inspecteur de l’Enseignement primaire de Bosso, M. Boukar Koulouma Bintoumi, l’air serein, nous explique que l’existence de ce site sécurisé est certes un défi, mais que la volonté du Gouvernement et des partenaires était à tout prix de recréer les conditions d’apprentissage dans ces zones. D’où donc cette formule de sites scolaires sécurisés dans lesquels sont relocalisées toutes les écoles fermées ailleurs et cela tous ordres d’enseignement confondus.

896 enfants sont scolarisés sur le site relocalisé de Bosso, mais c’est un chiffre qui évolue au fur et à mesure du retour des résidents et de la venue de nouveaux réfugiés ou déplacés. Car il faut préciser que la majorité des enfants inscrits ou transférés sur le site sont issus des familles déplacées ou retournées, toutes nationalités confondues.

L’ensemble de l’Inspection primaire du Département de Bosso compte 7 sites d’urgence avec 10 regroupements d’écoles. Ainsi, à part le site de Bosso, il y a le site de Toumour avec 1500 enfants scolarisés ; le site de Guagame Baroua (538 scolarisés); le site de Guagame Mamouri (404 enfants scolarisés) ; le site de Garin Wanzam Yébi (2127 enfants scolarisés) ; le site de Garin Wanzam Dagaya (417 enfants scolarisés) ; et le site de Kindjandi (512 enfants scolarisés).

Au pointage du 15 janvier 2017, l’ensemble des 7 sites de relocalisation des écoles du département de Bosso totalise 6394 enfants scolarisés.

Selon le responsable du site de relocalisation des écoles de Bosso, M. Awandé Boukar, ‘’le site compte 16 classes, 37 enseignants avec les ordres d’enseignement que sont le scolaire et le préscolaire, le franco-arabe le traditionnel et l’enseignement alternatif. Il estime que cette formule de regroupement de tous les ordres d’enseignement sur un site sécurisé s’est avéré une très bonne chose pour l’éducation des enfants de Bosso. ‘’Je salue particulièrement les appuis précieux que nous apportent les partenaires que sont l’UNICEF, le PAM, Plan Niger, l’UNHCR, Lux Dev, Oxfam et bien d’autres ONG’’.

L’appui d’un partenaire comme l’UNICEF, ajoute-t-il, ‘’a été déterminant dans la scolarisation, le maintien scolaire, la régularité et la qualité de l’enseignement. Tous les élèves sur ce site, indistinctement des conditions de vie ou du statut social de leurs parents, reçoivent de l’UNICEF les sacs et les fournitures nécessaires à leurs études. Idem pour le matériel pédagogique et aussi pour les primes de motivation pour chaque enseignant.

Mieux, l’UNICEF prend en charge d’autres aspects comme la fourniture des manuels scolaires, des guides des maitres, des kits classes et kits écoles, des dispositifs de lavages des mains, des bureaux et chaises, et même des nattes et des abris pour les enseignants.

Cela a apporté un plus dans l’efficacité de la prise en charge de la situation de l’école dans cette zone. Je vais peut être vous surprendre en vous disant qu’ici, dans la zone de Bosso, la rentrée scolaire a eu lieu le 4 octobre, et le 15 du même mois, tout était sur les rails. Certes, nous sommes dans une zone d’insécurité, mais aussi dans une situation où, il faut le dire, le Gouvernement et ses partenaires au développement font exceptionnellement de leur mieux, et cela nous incitent, nous qui sommes chargés de transmettre le savoir, à plus de confiance et d’engagement’’.

M. Awandé Boukar n’est pas le seul à se réjouir de la situation à Bosso malgré la psychose ambiante. Pour le secrétaire général de la Préfecture de Bosso, M. Lamine Ousmane, la situation se normalise de mieux en mieux dans son entité administrative. ‘’Les habitants vaquent à leurs occupations, les petits commerces ouvrent, la ville est ravitaillée. L’Administration n’est certes pas à 100% reconstituée, mais beaucoup de services techniques sont présents’’.

M. Lamine se félicite des actions des partenaires qui accompagnent les actions du Gouvernement sur le terrain. ‘’Il y a les Agences des Nations Unies comme le PNUD, l’UNICEF, le PAM, et des ONG comme Karkara, AGEDAV, COOPI etc. Ce qui est vital pour les habitants de Bosso et sa zone, c’est la présence et la détermination de nos Forces de Défense et de Sécurité qui tiennent des positions et patrouillent avec des éléments de l’Armée tchadiennes. Nos interlocuteurs n’ont cessé de saluer cette détermination et ce courage qui, disent-ils, donnent aux populations civiles l’espoir et l’élan de continuer à vivre normalement. Le vœu des habitants de Bosso aujourd’hui est que la compagnie d’électricité Nigelec accompagne leur courage en rétablissant le réseau électrique pour que, à côté de l’école qui a repris, les habitants redémarrent les activités commerciales profitables à la vie urbaine.

Côté communication, les choses s’améliorent aussi. En attaquant la ville, les éléments de Boko Haram avaient saboté les installations des compagnies téléphoniques présentes dans la ville. Mais aujourd’hui, une de ces compagnies a remis en marche son réseau GSM, et les puces de cette compagnie se vendent comme des petits pains.

Dans la commune de Toumour que nous avons aussi visitée, le site de relocalisation des écoles se porte très bien. Le seul aspect qui temporise l’enthousiasme de son responsable, M. Abdou Koussoumi, c’est le gap d’au moins 6 salles de classes dont souffre le site, car dit-il, ‘’ici nous affichons complet depuis longtemps avec 18 écoles regroupées pour un effectif de 1467 élèves dont 703 filles, et 50 enseignants dont 18 femmes’’. A Toumour aussi, l’essentiel des appuis à l’endroit des enfants et des enseignants vient de l’UNICEF, du PAM et de Plan Niger. Mais indique-t-il, OXFAM aussi a décidé de ravitailler le site en eau potable, vue l’importante présence humaine qui induit des questions d’hygiène.

Malgré tout, les réponses humanitaires dans la Région de Diffa demeurent une tâche de longue haleine. Selon les chiffres officiels, pour cette année 2017, près de 340.000 personnes auront besoin d’une assistance alimentaire, soit environ 51% de la population vivant dans la Région de Diffa ; 72.455 auront besoin d’une assistance nutritionnelle et 117.456 personnes de protection.

Les actions de l’Unicef financées par le Gouvernement du Japon ont contribué à la réussite du Programme de relocalisation des écoles sur des sites sécurisés de la Région de Diffa, avec comme résultat la reprise du chemin de l’école des élèves de 75 écoles. Cependant, 77 écoles demeurent toujours fermées, soit 3000 personnes d’une génération que le Gouvernement et les partenaires au développement ne peuvent pas laisser pas sans instruction.

Par Mahaman Bako, Envoyé spécial

03 février 2017
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le vendredi, 03 février 2017 07:19