AGADEZ/Education : Le redéploiement des enseignants contesté

Dans la région d'Agadez, le redéploiement des enseignants dans le secteur de l'éducation primaire est confronté à un sérieux problème. Une mauvaise répartition géographique des enseignants est constatée. Le milieu rural est dépourvu d’enseignants, alors qu’on remarque une forte concentration des enseignants dans le milieu urbain.

Des difficultés de tous genres

Au niveau de la direction régionale de l’Enseignement primaire, de l’Alphabétisation, de la Promotion des Langues nationales et de l’Education civique d’Agadez, des difficultés de tous genres sont enregistrés. M. Sani KANE DREP Agadez s’exprime sur la question de redéploiement : ‘’ Merci de nous permettre d’éclairer l’opinion sur cette question de redéploiement des enseignants au niveau de la région d’Agadez. Effectivement, on a fait un redéploiement, mais les difficultés rencontrées sont de tous genres. On a affecté des enseignants, maintenant c’est tout un problème. Certains pensent qu’on a fait cela de manière exprès. Mais, je vous assure que c’est faux’’.

Poursuivant ses explications, le Directeur régionale de l’Enseignement primaire, de l’Alphabétisation, de la Promotion des Langues nationales et de l’Education civique d’Agadez ajoute : ‘’ La nécessité de redéploiement s’impose. Nous avons des enseignants qui sont en surnombre dans les grands centres alors qu’au niveau des villages, les écoles sont là sans enseignants. Vous voyez, combien c’est important dans la mesure où chaque enfant a droit à l’éducation. En tant qu’enseignant, quand tu signes un contrat, il n’est pas dit qu’il faut que je reste à tel endroit. Le redéploiement s’impose dans la mesure où les centres urbains sont saturés. On a même organisé un atelier pour parler de cette question et trouver une feuille de route, qui va nous faciliter cette tache de redéploiement. Nous avons reçu une liste de plus de 57 enseignants dans laquelle, plus de 90% sont des femmes de Niamey, dont les maris se trouvent à Niamey. Qui est ce qui a fait ça là ? C’est la liste de Niamey que le ministre a utilisé pour que ces enseignants soient envoyés au niveau des régions pas seulement ici à Agadez .Ces enseignantes-là dont les maris sont à Niamey se retrouvent un peu partout dans l’intérieur du pays. Nous, à notre niveau, nous avons pensé au lieu d’envoyer cette liste que nous avons à Niamey pour qu’on puisse les affectés dans les autres régions hors Agadez, on a préféré faire le redéploiement par rapport aux besoins des différentes inspections comme Ingal, Aderbissanet, Tabelot et Iferouāne. Imaginez si nous envoyons la liste des enseignants au niveau du ministère, je suis sûr que ces enseignants seront affectés que ce soit des mariés ou pas dans les autres régions.’’

Un redéploiement contesté

Le Syndicat des enseignants contractuels de bases SYNACEB région d’Agadez, regrette de ne pas être associé aux prises de décisions dans le cadre du redéploiement. Lawaly Garba Secrétaire Général SYNACEB Agadez confie au journal « La Nation » : ‘’ C’est vrai, la direction régionale a fait son redéploiement. On a pris des femmes mariées et même des malades parmi ces enseignants qu’on a amenés loin dans les brousses d’Agadez. En fait ce n’est pas que les enseignants ne veulent pas partir comme on le dit, mais il y’a un problème. Le problème, c’est quoi ? Nous, on aurait voulu à ce qu’on associe au moins les partenaires, c'est-à-dire les syndicats parce que nous connaissons mieux les vrais concernés, parce que ce n’est pas tout le monde qu’il faut redéployer. On ne peut pas prendre une femme mariée qui a six à huit enfants et la balancer jusqu'à Aderbissanet, Ingal ou Iferouāne et laisser son foyer. Et puis, on ne peut pas venir aujourd’hui dans une école de 13 classes et dire seulement qu’on va garder 13 enseignantes. Vous constatez bien, c’est des femmes dans plusieurs écoles. La fonction enseignante est féminine de nos jours et ces femmes elles ont leurs maladies. Il y a des petits enfants et les congés de maternité. Imaginez si quatre enseignantes partent en congé de maternité, on va fermer des classes de 70 élèves donc priver presque 300 élèves. C’est pourquoi nous avons dit ce redéploiement n’est pas normal. On doit chercher des personnes bien portantes. Nous avons des jeunes enseignantes qui doivent être redéployées. Aussi avant de procéder au redéploiement on doit faire la situation. Nous avons constaté que là où on veut amener ces enseignants, c’est des écoles qui ne dépassent pas 08 élèves souvent. On prend un enseignant de 70 élèves, on le jette dans une école de 08 élèves, c’est du gâchis. Vous pouvez trouver en brousse une école de 08 élèves avec 04 enseignants. C’est pour cela que nous disons d’abord on doit faire la situation, faire le tour de la région et chercher à savoir quelles sont les écoles qui ont réellement des besoins ? Quelles sont les inspections qui présentent des besoins ? En ce moment, on peut revenir et mettre en place un comité. On ne peut pas comprendre que la direction de l’enseignement décide de balancer les gens comme ils veulent et où ils veulent. On doit tenir compte des cas spécifiques comme des malades ou des femmes mariées. Voilà ce que nous contestons. Mais on n’est pas contre un redéploiement s’il est fait dans un bon sens. Il est à revoir et c’est mieux pour la bonne marche de l’école’’.

Les autorités régionales d'Agadez conscientes du problème parlent de dynamique pour rentabiliser l’éducation. Adam ATTAHIR SG de la région d'Agadez donne son éclairage : ‘’ Comme vous le savez, nous sommes dans une logique qui est insupportable pour l’administration. En ce sens, les gens ne font plus place au redéploiement ou au transfert alors que l’Etat qui vous emploie en tant que agent c’est lui qui sait mieux que quiconque là où il doit vous amener pour travailler. Et cela, il faut que les enseignants le sachent. Nous sommes dans une dynamique où il faut rentabiliser l’éducation en général. Cela veut dire qu’il faut faire un redéploiement de qualité. Cela veut dire que chacun peut servir là où il est convenable qu’il serve. Donc c’est une question de qualité et de rendement. C’est vrai que cela va faire mal aux gens mais avec le temps ils vont comprendre et ils vont s’adapter à ce mécanisme de planification de l’Etat.’’

Pour remédier à ce problème, la DREP d'Agadez en partenariat avec l’ONG Contrepart Internationale a organisée avec les différents acteurs de l'éducation une rencontre afin de trouver des solutions pérennes et durables.

Issouf Hadan (Agadez)

23 novembre 2017 2017
Source : La Nation

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