Il n’y aura jamais de renaissance culturelle sans une école de qualité

Image d'illustration Image d'illustration Comment dire que l’école nigérienne va mal et être sûr d’être compris ? En effet cette affirmation pourtant très plausible a tellement été rappelée à qui de droit qu’elle est devenue inaudible à présent. Il a été souvent dit par les acteurs de l’école eux mêmes et certains citoyens, que l’école n’est plus une priorité pour le gouvernement. C’est regrettable. Mais il y a encore pire, que l’école soit un objet de mépris par les autorités qui sont supposées veiller à son bien être et depuis quelques temps il semble que nous sommes dans ce cas de figure.

De l’enseignement de base, second cycle , à l’enseignement supérieur en passant par l’enseignement professionnel, force est de constater que la crise est généralisée. Chaque sous secteur avec son lot de problème. Le payement à terme échu des pé- cules, la mise en solde effective des enseignants recrutés à la fonction publique et l’attribution des matricules pour ceux qui sont toujours en attente depuis 2013 , sont entre autres les préoccupations qui poussent les enseignants contractuels à enchaî- ner grèves et boycotts depuis des années. En décembre 2016 un protocole d’accord a été signé par le comité interministériel mis en place à cet effet et les structures syndicales des enseignants contractuels. Plus d’un an après le gouvernement n'a pas honoré ses engagements bien au contraire il a accentué la crise à travers l’évaluation des enseignants qui selon ces derniers n’était qu’un astucieux moyen que le gouvernement a trouvé pour réduire l’effectif des enseignants contractuels. Aussi le comité interministériel semble jouer sur la division quand le 17 janvier dernier il rencontre une des deux structures syndicales les plus représentatives des enseignants contractuels à savoir le syndicat national des enseignants du Niger SNEN pour la relance des négociations. Pendant ce temps le syndicat national des contractuels de l’enseignement de base renoue avec la grève. La synergie CAUSE Niger-Synaceb a déposé un préavis de grève pour le 18 janvier suivi d’une marche pacifique, marche qui a été interdite par le délégué spécial de la ville de Niamey par un arrêté 04/PDS/VN/SG du 17 janvier.

À l’Université de Niamey, de Maradi, et de Zinder, insuffisance d’amphithéâtre, de bus, d’enseignants en quantité et en qualité, retard des payements des bourses sont les problèmes qui gangrènent la qualité et la compétitivité de l’enseignement supérieur ce qui pousse ces universités à intensifier la lutte. Il est vrai que le changement de leadership intervenu à la tête du comité directeur de l’USN tente d’apporter un changement en ce qui concerne la stratégie de lutte. Idder Alghabit puisque c’est de lui qu’il s’agit veut mettre de l'eau dans le verre du CD USN à travers une stratégie pacifiste loin des récurrentes marches qui donnent très souvent lieu à des actes de vandalisme et d’affrontements avec les forces de l’ordre. Cependant certaines sections ne semblent pas aller dans ce sens. La section lycée et collège de la région de Niamey se montre plus que jamais déterminée à faire aboutir ses revendications. Elle a d’ailleurs lancé en début du mois de janvier un mot d’ordre de suspension des cours de 48h et exigé le départ du gouverneur de la région de Niamey Zataou. Cette grève a par ailleurs donné lieu à un affrontement avec les forces de l’ordre au niveau du lycée Korombe où une caméra de Labari TV a été prise de force et vandalisée par les forces de l’ordre. Que voulaient-ils cacher aux citoyens ?

En ce qui concerne l’enseignement professionnel la situation est encore plus malheureuse. Les promoteurs des écoles professionnelles réunis en associations avaient chassé « comme des chiens » les boursiers de l’État inscrits dans leurs écoles pour non payement des frais d'études, un montant qui se chiffrent à un peu plus de deux millards.Trop c’est trop semblent ils vouloir dire. Il eut fallu que l'union des étudiants des écoles professionnelles et techniques du Niger UEPTN lance un mot d’ordre illimité de grève pour que le gouvernement réagisse. Ainsi un terrain d’entente a été trouvé pour que ces étudiants puissent reprendre le chemin de l’école. Pour mesurer la gravité de la situation de l’école il faut peut être prendre le cas de certaines écoles que l’on imaginait à l’abri de grève et qui sont entrées dans la danse, des écoles comme l’ENAM et l'EMIG. A l'EMIG la situation socio académique est d’autant grave que les étudiants craignent une année blanche.

Il est important que le gouvernement sache que quand on dit que l’école est un facteur de développement, ce n’est pas un vain mot mais une réalité vérifiable et vérifiée. C’est l’école qui est à l’image du pays mais ce n’est pas le pays qui est à l’image de l’école. Quelques soient les moyens qui seront investis ailleurs tant que l’école va mal cela équivaudrait à une construction du sous développement.

31 janvier 2018
Source : L'Eclosion

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