Redéploiement du personnel enseignant : Une contestation fondée sur un principe et non sur un texte de loi

Daouda-Marthe-sonnette-alarme-Education-Niger-02.jpgLe redéploiement du personnel enseignant du ministère en charge de l’Enseignement Primaire continue toujours de susciter une vive polémique au sein de l’opinion, de surcroît, la question autour des enseignantes mariées. Qu’est-ce qui a amené le Ministre Marthé à aller à cette option susceptible de créer des conflits de couples. Sur quoi se fondent les contestataires et leurs syndicats pour rejeter la décision ? Eléments d’analyse ...

Lundi 5 mars 2018, le Ministre de l’Enseignement Primaire, de l’Alphabétisation, de la Promotion des Langues Nationales et de l’Education Civique (MEP/A/PLN/EC), Daouda Mamadou Marthé a reçu en audience une délégation de l’Association Islamique du Niger. Au centre des échanges, le redéploiement des enseignants, notamment le cas des enseignantes mariées. Le Ministre Marthé a expliqué à ses interlocuteurs les motivations autour de ce redéploiement, qu’il s’agit en fait de nécessités de service, Niamey étant en surnombre. Le redéploiement a concerné plus de 1200 enseignants. Les régions bénéficiaires sont principalement Dosso et Tillabéry et dans une certaine mesure Tahoua. Ce redéploiement, selon toute vraisemblance, définitivement acté par le Ministre Marthé, continue à faire l’objet de contestations de la part des concernés et leurs syndicats. « Ce n’est pas de gaieté de cœur que l’on a procédé à ce redéploiement en pleine année scolaire. C’est la situation qui l’exige. On ne peut pas continuer à garder plus de 3 enseignants dans une même classe alors que de nombreuses écoles de l’intérieur du pays souffrent cruellement de problème de personnel » ; Dixit une source proche du ministère en charge de l’Enseignement primaire. Au sein de l’opinion, les avis restent jusque-là partagés sur le sujet. Pour Mato. O, agent d’assurance réagissant ici en sa qualité d’acteur de la société civile, « le Ministère en séparant de nombreuses enseignantes de leurs foyers s’oppose carrément au caractère sacré de la famille ». Nombreux sont ceux qui plaident pour la cause des femmes enseignantes séparés de leurs époux et enfants. Mme Idrissa. R, institutrice à la retraite, elle, va loin dans son analyse : « C’était prévisible qu’on arrive à une telle situation. Aujourd’hui, à Niamey, les femmes représentent plus de 90% du corps enseignant. Et si l’on continue avec le principe d’affectation de ‘’l’enseignante qui rejoint son mari’’, la tendance à la féminisation du corps enseignant dans les grandes agglomérations va s’accroitre davantage avec comme conséquence le surnombre dans les classes des centres urbains.

Car les filles enseignantes trouvent généralement époux dans les villes et non dans les campagnes ». Le surnombre d’enseignants dans les classes des écoles urbaines est donc lié à un contexte du moment qui ne peut pas être réglé sans toucher le tissu social. Que faire à l’avenir pour éviter au maximum à des nombreux foyers les séparations qu’ils vivent du fait de ce redéploiement. Mme Idrissa. R répond : « Il faut revenir à l’engagement décennal ». Qu’est-ce à dire ? ‘’L’engagement décennal’’, c’est ce papier signé au début de l’entrée en fonction d’un agent de l’Etat recruté qui l’oblige à servir sur n’importe quel lieu du territoire national pendant au moins dix ans. Selon Mme Idrissa. R, la signature d’un tel document permettra d’éviter toute polémique du genre à laquelle on assiste aujourd’hui.

Si socialement parlant, la séparation des couples est difficile à comprendre dans une communauté fortement islamisée où le mariage est sacré, que disent les textes de loi en vigueur en la matière dans le pays ? Selon un averti, dans les dispositions du Statut Général de la Fonction Publique en application, nulle part, il n’est écrit que l’enseignante mariée doit suivre son époux. Ce n’est donc qu’un principe ayant pris au fil du temps un caractère de loi. Comme quoi, la contestation ne peut pas prospérer devant un tribunal. « C’est pourquoi, nous préférons un traitement au cas par cas tenant compte des situations des enseignantes mariées, des enseignants malades et ceux ayant beaucoup de charges » ; soutient un animateur du syndicalisme enseignant qui pense que la question du redéploiement doit être abordée avec plus de tact et moins de tambours comme les autres revendications.

Oumarou Kané 

08 mars 2018
Source : La Nation

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