Sanef 2018

Problématique d’accès au stage de fin de cycle d’enseignement professionnelle : Le ras-le-bol des étudiants

Depuis plus d’une décennie, l’enseignement supérieur, professionnel et technique privé est en expansion avec la création de plusieurs établissements privés du supérieur. Ce qui est une bonne chose, laissent entendre certains observateurs, quant on sait que la formation professionnelle et technique est un levier important du développement, surtout dans ce contexte de globalisation. « La formation, c’est bon, mais le perfectionnement aussi», a indiqué l’étudiant Amadou Yacouba Oumarou. Le manque de stage et/ou les difficultés d’accès aux stages constituent le principal casse-tête pour les étudiants et leurs parents.

Le stage de fin de cycle de formation professionnelle et technique est un thème qui fait la Une en milieu des jeunes. La situation concerne tant les services et institutions publics que privés.

Faute d’obtention d’un stage, plusieurs étudiants accusent des retards dans l’élaboration et la présentation de leurs rapports et mémoires de fin d’études ou de fin de cycle de formation professionnelle et/ou technique.

Qu’est ce qui explique cette situation? Pourquoi le stage est si difficile à obtenir au Niger ? Y a-t-il des potentialités pour garantir des stages aux jeunes en fin de formation ou de cycle ? Quel est l’avantage pour une institution ou un service d’offrir des stages ? Qu’est-ce que pensent les jeunes de cette question ?

Pour l’étudiant Amadou Yacouba Oumarou, cette situation s’explique sous deux angles. Concernant les étudiants qui sortent directement des universités, ce qui leur est brandi comme argument, c’est de dire qu’ils ont beaucoup plus de théorie que de pratique ; du coup, ils ne sont pas assez productifs. Pour les étudiants qui sortent des instituts et établissements d’enseignement professionnel privés, on dit que le profil ne répond pas aux besoins des services, sociétés ou entreprises.

« Ces raisons ne tiennent pas. L’objectif du stage, c’est de mettre la théorie en pratique, autrement dit mettre en application ce qu’on a appris pendant les cours, c'est-à-dire faire face à la réalité du terrain. Tout ce que les gens ne veulent pas, c’est la prise en charge des stagiaires : rémunération à la fin du mois. Voilà pourquoi le stage est si difficile à obtenir», a indiqué Amadou Yacouba Oumarou.

Il a mentionné que dans le temps, l’un des problèmes qui se pose, est le manque de sociétés et entreprises pour accueillir les stagiaires. Mais aujourd’hui, ce problème ne se pose pas, fait-il remarquer.  

Amadou Yacouba Oumarou précise d’ailleurs qu’en ce qui concerne l’administration publique, même si vous êtes autorisé à effectuer le stage, il n’ y a pas de travail à faire. « Les stagiaires ne sont pas orientés dans les services où ils doivent apprendre et se perfectionner. Les gens confondent le stage au service civique national. Le stagiaire a besoin d’un service conformément à sa formation, alors que le service civique n’a pas cette exigence », a-t-il dit. Pour un stage de un à deux mois, au plus trois mois, quand vous venez, la question qu’on vous pose est : « vous venez de la part de qui ? ».

Le stage a de grands avantages pour les étudiants, parce qu’il permet d’acquérir des expériences utiles pour les appels à candidature. Dans beaucoup de cas, on demande des expériences d’un an, de deux ou trois ans: «alors, si on ne fait pas ces stages pour acquérir les expériences, où est-ce qu’on aura ces expériences?», se demande-t-il.

Pour l’étudiant stagiaire Mahaman Yaou Nassirou, avoir un stage au Niger, surtout à Niamey, est un parcours de combattant sauf pour ceux qui sont chanceux. « Personnellement, j’ai eu une sacrée expérience dans la recherche du stage. C’est vrai actuellement, je suis stagiaire dans un cabinet d’huissier de justice. Mais je reviens de très loin. Dieu seul sait combien de dossiers de demandes j’ai fait et déposé dans des cabinets. J’ai passé environ deux ans à la recherche du stage. Souvent, tu déposes et on te dit qu’on va te rappeler mais aucun retour », a indiqué Mahaman Yaou Nassirou.

Il a souligné que l’un des problèmes qui empêche aux responsables des services et sociétés de prendre les stagiaires, c’est la prise en charge des stagiaires. « Certains, ne veulent pas donner de stage et à la fin du mois donner un petit pécule pour le carburant du stagiaire. C’est pourquoi, l’argument qui est brandi pour refouler un demandeur, c’est de dire ‘’on a trop de demandes ou de stagiaires’’. Moi, je ne suis pas de cet avis. Parce que souvent, nous, nous précisons même que c’est un stage gratuit », dit-il.

Solutions

En termes de solutions, Mahaman Yaou Nassirou et Amadou Yacouba Oumarou ont tous salué l’initiative de l’ANPE. Ils ont souligné que même le programme de cette institution de promotion d’emplois est un programme de stage d’embauche ; c’est un bel exemple à suivre et à soutenir.

Aussi, ils ont souhaité que le gouvernement prenne des dispositions en vue de faciliter l’accès des jeunes au stage dans les services publics. Ils ont lancé un appel aux responsables des sociétés et entreprises privées de faciliter des stages aux jeunes. C’est une opportunité même qui leur ait offerte de faire connaitre leurs sociétés et leurs services. Car chaque stagiaire aura à présenter un rapport de stage ou un mémoire qu’il soutiendra devant un jury. Dans le cadre de l’élaboration de ces documents, le stagiaire parlera sans nul doute de l’entité dans laquelle il a effectué son stage. L’Etat peut créer même des services d’accueil pour des stages et permettre à ceux qui sont en fin de formation de se perfectionner et d’acquérir beaucoup d’expériences.

Ali Maman (onep)

07 septembre 2018
Source : http://lesahel.org/

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