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Education : Année blanche ou le CHAOS

Yahouza Sadissou SYNAMEPIl y a de ces situations malheureuses qui sont souvent préférables à celles qui seraient souhaitable ; en clair, la sagesse populaire dirait « à quelque chose malheur est bon ». C’est exactement le schéma qui est en train de se dessiner sur la fameuse école nigérienne. Entre nous, il faut être sérieux, lucides et objectifs pour reconnaitre et accepter que jamais l’école nigérienne n’a connu autant de remous que cette année 2017. Les acteurs du 09 Février 1990 sont là pour en témoigner ; même cette année légendaire n’a pas été autant perturbée que celle-là. Même pas les autres années qui ont été blanchies ou sabotées avec un passage automatique inédit. En somme l’année scolaire en cours ressemble à un chaos académique dont la solution la plus plausible n’est rien d’autre qu’un autre chaos, certes moins sulfureux que le premier. On a le choix entre deux couleuvres et à nous de choisir celle qui mord le moins.

Le caractère inédit des perturbations de cette année réside dans le fait que tous les secteurs de l’éducation sont en ébullition. Les scolaires d’abord avec leurs revendications traditionnelles qui ne reposent que sur la recherche de meilleures conditions de travail et d’existence. Des salles de classes équipées, des fournitures scolaires, des enseignants en quantité et en qualité, des bourses et allocations qui tombent régulièrement, telles sont les principales revendications des scolaires. Qu’est-ce qui n’est pas légitime dans ces demandes ?

Qu’est-ce qui est politique dans ces revendications ? Absolument rien si ce n’est la mauvaise foi des dirigeants qui voient des manipulations politiques partout où un syndicat ou une association bouge. Du côté des enseignants, les revendications sont aussi des plus traditionnelles. Elles reposent significativement sur les questions salariales et statutaires. Il faudrait juste signaler qu’il y a deux niveaux de revendication : celles concernant les enseignants titulaires et celles beaucoup plus nombres relatives aux enseignants contractuels qui constituent de nos jours l’essentiel du corps enseignant du Niger. Là aussi, à bien y regarder, il n’ y a rien de politique dans ces revendications ; tout est corporatiste et il n’ y a que les gouvernants dans leur fuite en avant qui voient des complots politiques même dans leurs propres canapés. Voilà donc notre école prise en otage ou hypothéquée par le refus ou l’incapacité des dirigeants à satisfaire aux légitimes revendications des scolaires et des enseignants. Un autre foyer de dérèglement réside dans le mauvais choix des administrateurs et autres cadres chargés de la gestion du monde scolaire. À commencer par les ministres, ce sont tous des gens dont le profil ne correspond absolument pas au portefeuille. Beaucoup d’observateurs ont par exemple dénoncé la nomination de Ben Omar à la tête de l’enseignement supérieur. Mais rien n’a été fait ; on a préféré vivre l’expérience, une sulfureuse aventure qui a endeuillé le pays. À l’intérieur de l’administration scolaire, la gaffe est partout la même ; des mauvais choix sont encore en train d’envenimer les relations entre les syndicalistes scolaires et enseignants et l’administration. Des gens qui négocient mal ; des gens qui parlent mal, très mal. C’est le cas par exemple du président du comité de négociation qui est sorti sur les ondes menacer d’emprisonner les contractuels du fait, selon lui, de l’arrogance qu’ils témoignent à leur égard. Un aveu qu’il aurait regretté car, l’arrogance est un sentiment qui ne se déploie que face à de piètres individus.

Scolaires, enseignants, cadres et personnels administratifs, tel est le chaos de désolation qui est en train de déstabiliser profondément l’école nigérienne. Ce travail de sape n’est plus en cours ; non ! Il est terminé et plus aucun messie ne saurait sauver cette année. Seule issue conséquente, un prolongement de l’année d’au moins trois mois ! Et cette option, l’Etat la trouve très onéreuse ; il ne peut pas en supporter les charges et exigences financières. Pour cela, une solution tatillonne a été envisagée : ouvrir les écoles matins et soirs. Figurez-vous que cette solution est plus dangereuse que salvatrice. D’ores et déjà, élèves et enseignants sont en train d’en faire les frais. Les élèves chôment comme ils le peuvent pour se mettre à l’abri de la canicule ; les pauvres enseignants se retrouvent démotiver devant un nombre insignifiants d’élèves dans les soirées ; un nombre dont une partie somnole à volonté, épuisés qu’ils sont par les incessants allers-retours.

Y a –t-il quelque chose à sauver dans cette affaire ? Absolument rien pourvu que les uns et les autres veuillent être objectifs. Au fait nous ne sommes pas du tout pessimistes ; nous dénonçons toute solution colmatée qui ne ferait qu’exacerber le problème. Qu’est-ce qu’on enseignerait matin et soir et à qui ? S’il vous plait, avec la baisse criarde de niveau, les enseignants ont du mal à conduire efficacement leurs activités. Des chapitres prévus pour une (01) heure prennent une (01) semaine à l’épreuve des faits. Alors, c’est à de tels élèves qu’il faut dispenser des cours du soir ? Pourquoi ? Certainement pour les abrutir davantage car leur piètre niveau de connaissance ne permet pas objectivement ce dosage dont on veut leur imposer. S’il vous plait ! Prolongez cette année ou laissez les élèves aller en vacance pour qu’ils reviennent boucler avec septembre et octobre. Comme cela la nouvelle année démarrerait ou en novembre ou en décembre. En dehors de cela, toute solution s’apparente à un saut dans l’inconnu et, il faut préférer une année blanche à vos propositions occultes. Les parents d’élèves le savent très bien et certains parmi eux ont cessé de donner de la voix dans le sens d’un éventuel sauvetage : il faut carrément blanchir l’année et commencer très tôt à préparer activement et conséquemment l’année scolaire 2018. À bon entendeur, salut.

BOUDA

11 mai 2017 
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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