Les raisons de la célébration de la journée mondiale des enseignant(e)s : Par Moustapha Liman Tinguiri, Inspecteur de l’Enseignement Secondaire à la retraite et Planificateur de l’Éducation

Les raisons de la célébration de la journée mondiale des enseignant(e)s : Par Moustapha Liman Tinguiri, Inspecteur de l’Enseignement Secondaire à la retraite et Planificateur de l’ÉducationCélébrée chaque année  le 5 octobre depuis 1994, la journée mondiale des enseignants a été instituée par l’UNESCO pour réfléchir sur leurs conditions de vie et de travail et interpeller les gouvernants sur les préoccupations des enseignants.

Cette journée de réflexion vise en fait à mettre en pratique les recommandations adoptées conjointement par l’OIT et l’UNESCO concernant la condition du personnel enseignant le 5 octobre 1966, complétées le 11 novembre 1997 sur la condition du personnel de l’enseignement supérieur. Ces deux  recommandations énoncent les droits et devoirs des enseignants qui portent sur la formation initiale et le perfectionnement, le recrutement, l’emploi, les conditions d’enseignement et d’études. Depuis leurs adoptions, ces recommandations constituent un ensemble de directives pour l’amélioration des conditions de travail des enseignants et de la qualité de l’éducation.

L’institutionnalisation de la journée du 5 octobre est donc éminemment importante pour célébrer la profession enseignante, réfléchir sur les progrès accomplis et apprécier les défis qui subsistent en vue d’améliorer les conditions de vie et de travail des enseignants et de l’enseignement.

Selon  les données publiées le 28 février 2018 par l’institut statistique de l’UNESCO le monde a besoin de près 69 millions de nouveaux enseignants pour répondre aux exigences de l’agenda Education 2030, de nombreux enseignants travaillent dans des conditions difficiles ou perçoivent de très faibles revenus et environ 263  millions d’enfants et de jeunes sont non scolarisés.

Les enseignants sont importants pour le développement d’une société équitable et on ne peut imaginer le développement de n’importe quel pays sans une éducation de qualité. Pour le développement économique de tout pays il faut avoir un bon système  éducatif, de bons enseignants dans de  bonnes conditions de travail et des infrastructures et équipements adéquats. Les ressources humaines constituent la plus importante des richesses d’un pays et tous les cadres de développement (ouvrier, militaire, médecin, agronome, ingénieur, magistrat, ministre, etc.) sortent du moule de l’enseignant. Les enseignants sont donc très importants mais beaucoup d’entre eux  travaillent dans des conditions souvent difficiles du préscolaire à l’université.

            Les gouvernants et parents d’élèves doivent  donc respecter les enseignants pour  cette mission combien capitale, d’ailleurs considérée par beaucoup comme un sacerdoce. Les enseignants doivent être encouragés à bien mener leur mission avec les soutiens indispensables et non subir fréquemment des critiques négatives à l’occasion des mauvais résultats aux examens ou parce quelques-uns  d’entre eux sont incompétents. Si des enseignants ne font pas convenablement leur travail, c’est aux structures règlementaires que revient la responsabilité de prendre les mesures qu’il faut, à l’issue d’inspections ou d’évaluations telles que prévues par les textes en vigueur des ministères en charge de l’éducation et ou de la fonction publique.

Cette année la journée mondiale des enseignant(e)s sera célébrée le 7 octobre au siège de l’UNESCO à Paris car le 5 octobre tombe durant le week-end. Autour du thème de cette année : « Les jeunes enseignant(e)s, l’avenir de la profession », seront organisées deux tables-rondes :

  • Comment attirer les jeunes vers la profession enseignante ?

2- Comment maintenir en poste les jeunes enseignant(e)s ou ceux qui sont novices ? 

Dans un message conjoint de l’UNESCO, de l’OIT, du PNUD et de l’Internationale de l’Éducation, publié le 2 octobre 2019, la directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay dit : "En choisissant le thème "Jeunes enseignants : l'avenir de la profession", nous reconnaissons combien il est important de réaffirmer la valeur de la mission accomplie par les enseignants. Nous encourageons les gouvernements à faire de l'enseignement une profession de premier choix pour les jeunes. Nous invitons également les syndicats d'enseignants, les employeurs du secteur privé, les directeurs d'école, les associations de parents et d'enseignants, les comités d’administration des établissements, les responsables de l’éducation et les formateurs d'enseignants à partager leur savoir et leur expérience en vue de favoriser l'émergence d'un corps enseignant dynamique. Par-dessus tout, nous célébrons le dévouement des enseignants partout dans le monde, qui œuvrent chaque jour à faire en sorte qu' "une éducation équitable, inclusive et de qualité" et des "possibilités d'apprentissage tout au long de la vie pour tous" deviennent une réalité universelle."

Pour améliorer la qualité des enseignements et une bonne gouvernance de l’école par rapport au personnel enseignant, il faut impérativement restaurer la confiance et la légitimité des enseignants du Niger par une revalorisation sociale et matérielle. Comme actions importantes à court ou moyen terme il faut :

  • Donner une formation pédagogique conséquente à tous les enseignants en activité sans formation initiale, notamment pendant les grandes vacances
  • Dépolitiser l’éducation à travers l’organisation d’un grand consensus autour de l’école républicaine à l’issue de laquelle il faut mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut
  • Recruter les enseignants en fonction de leurs résultats ou  aptitudes et compétences. Ainsi,  par exemple, pour satisfaire aux besoins de recrutement exprimés, les diplômés des écoles de formation doivent être recrutés dans la limite des places disponibles en fonction de leurs relevés de notes et non par concours.
  • Mettre fin à la contractualisation dont le seul avantage réel pour l’Etat est le moindre coût de dépenses salariales. Par contre on note un impact désastreux sur l’éducation car de nombreux enseignants contractuels ne s’investissent pas dans le travail et ont tendance à jeter l’éponge dès la première obtention d’un autre emploi.
  • Rendre la profession enseignante bien attrayante par l’adoption d’un statut particulier longtemps souhaité par l’ensemble des syndicats des enseignants.

En contrepartie, les enseignants doivent exercer leur travail avec conscience, responsabilité  et professionnalisme et donner une bonne image à leur employeur et aux parents d’élèves. L’enseignant modèle d’antan est  bien intégré au milieu où il exerce et a un bon comportement moral, une tenue vestimentaire décente et un esprit de don de soi pour le bien de l’école et de la communauté. On ne devient pas enseignant par plaisir ou en attente d’être « embauché »  dans le cadre désiré, mais par vocation parce qu’on aime partager son savoir, être au service de son pays et de la jeunesse, et qu’on est fier d’être enseignant. Toute critique ou appréciation aidera à poursuivre la réflexion.

Que dire aujourd’hui de cette célèbre citation de Jean Jaurès : « On n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir, on enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est ».

Par Moustapha Liman Tinguiri, Inspecteur de l’Enseignement Secondaire à la retraite et Planificateur de l’Éducation

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