Enseignement supérieur : Le SNECS plus que jamais déterminé à amener le Gouvernement à la raison

 Les Universités publiques avaient été secouées en 2018-2019 par des grèves perlées des enseignants du supérieur, pendant que le gouvernement montrait peu de souci pour leur mouvement. Mais bien d’observateurs avaient compris qu’en mal de finances, c’est à dessein que le gouvernement joue au dilatoire, pour se créer le bon prétexte de ne pas répondre aux sollicitations légitimes des universités publiques qui vivent des moments extrêmement difficiles du fait que le gouvernement, peu soucieux finalement de l’Education, ait sacrifié les services sociaux sur l’autel de ses extravagances et des ambitions touristiques d’un président qui aura fait le choix de voyager trop et donc de s’absenter trop de son pays, survolant ses misères et ses angoisses, peu à l’écoute de ses cris absorbés par le ronronnement de ses nombreux discours d’ici et d’ailleurs, dissertant sur des sujets qui tranchent avec les urgences du pays. C’est déjà à la conférence des recteurs des universités publiques du Niger de 2017, tenue à Niamey, alors que Ben Omar était ministre de l’enseignement supérieur, que le président de la conférence des recteurs de l’époque, le Recteur de l’université de Tahoua, tirait sur la sonnette d’alarme, appelant le gouvernement à reconsidérer sa politique de l’enseignement supérieur, précisant que si l’Etat ne donnait pas les moyens promis aux universités publiques, celles-ci risquent de fait d’arriver dans une situation où, leurs activités, d’elles-mêmes, s’arrêteront. Or, il se trouve que depuis 2016, sinon bien avant, ce pays, par la voracité et l’empressement à l’embourgeoisement des socialistes, était en faillite, ne jouant que sur le système D, pour faire croire que tout va pour le mieux, n’arrêtant pas de présenter le Niger comme un eldorado. Il n’y avait qu’à regarder ses multiples et futiles voyages du président pour se rendre compte et comprendre qu’une situation l’en oblige car beaucoup d’analystes pensent que ces nombreux et longs séjours ne s’expliquent que par le désir de rencontrer une main secourable pour faire face aux difficultés financières qui sont comme un boulet au pied du régime. Quel président peut s’absenter près de dix jours de son pays, alors même qu’il n’est pas en vacance sans donner des comptes au contribuable ? L’aura-t-on élu pour s’absenter du pays ? Qu’y at- il à chercher tant au dehors qu’on ne saurait trouver par nous-mêmes ici ?

Le gouvernement n’a pas d’argent et joue à la grimace, se refusant à se faire sérieux en face de ses partenaires. L’on avait compris depuis les tiraillements qui avaient conduit au protocole d’entente entre les deux partenaires que le régime de la 7ème République est en difficulté, ne sachant où mettre de la tête avec les nombreux défis auxquels il fait face sans en avoir les moyens. Mais par l’implication de certains enseignants chercheurs à la retraite et la médiation et les bons offices de la CNDH, les deux acteurs finirent par aller à un accord. Mais beaucoup d’observateurs étaient convaincus dès la signature que le gouvernement n’avait aucune sincérité, aucune bonne volonté à appliquer ce qui a été arrêté de commun accord, car déterminé même par le forcing à aller dans la logique qui est la sienne et qui a conduit au conflit, à savoir la remise en cause d’acquis arrachés de hautes luttes.

Et l’on avait vu venir la crise que l’accord ne pouvait pas dissiper lorsque revenant après les courtes vacances à la suite de la prolongation de l’année, l’université rouvrait avec une grève, les Nigériens et les étudiants, avaient légitimement commencé par s’inquiéter pour le déroulement normal de la nouvelle année, déjà mal partie. C’était le 9 septembre dernier. Et les grèves étaient d’autant plus bien suivies qu’il s’agit de salaire et donc de ce qui fait vivre les enseignants-chercheurs, les chercheurs et leurs familles. Après un mois d’activités mornes, le bureau exécutif du SNECS, est revenu, précisément le samedi 12 octobre 2019 avec une déclaration, qui inquiète tant par son ton que par la gravité des griefs portés contre le gouvernement.

L’heure est grave…

Il est dommage que les enseignants chercheurs aient compris très tard ce que presque tous les Nigériens savaient déjà depuis longtemps : ce gouvernement n’a jamais été sérieux dans le respect de ses engagements, se donnant tous les moyens pour ruser avec ses partenaires. Comment d’ailleurs ne pas plaindre ce SNECS qui revient dans sa déclaration s’offusquer de ce que des députés nationaux et des étudiants applaudissent des propos du ministre de tutelle à l’assemblée nationale, prétendant qu’il est possible de faire fonctionner une université sans infrastructures. Ce SNECS, peut-il avoir oublié que son meilleur allié dans ses combats reste « ses » étudiants qu’il a sacrifiés sur l’autel de ses accointances avec le régime qui serait, pour certaines considérations, celui de « ses amis » ? Les Nigériens avaient tous entendu, au moment où ça tournait au vinaigre, le secrétaire général du SNECS avouer que c’est à l’université que fut créé le PNDS Tarreya comme si du « complot » regretté qui accouchait presque nuitamment dans les conforts des facs le parti socialiste, les anciens camarades attendaient de la part de leurs alliés politiques, une gratitude qui préserve leurs acquis et leur donne comme par gentillesse et amitié des facilités dans leur vie professionnelle, oubliant que la vie est un combat perpétuel et que rien n’est jamais définitivement acquis tant qu’on ne sait pas être aux aguets pour les préserver face à toute menace et à toute remise en cause.

Une colère qui explose dans les douleurs de l’isolement…

Le SNECS déchante car enfin certains de ses membres peuvent-ils comprendre que le socialisme qu’il croyait inventer en ces jours de rêve des années 1990, n’en était pas un car ceux qui devaient le porter n’en avaient aucune conviction réelle pour incarner ses valeurs en donnant notamment à la démocratie des chances de s’enraciner dans toute la strate sociale, non pas que sur l’échiquier politique où, plus qu’un autre, ils avaient porté les coups les plus regrettables qui l’ont travestie. Ces enseignants chercheurs sont visiblement déçus et au regard du réquisitoire qui traduit une colère autant qu’une détermination, on peut croire que la nouvelle année sera gravement perturbée. Comment ne pas le ressentir quand, ils affirment que c’est « pour suivre son funeste projet » de « déstabiliser les UPN » et de « politiser les UPN » que le gouvernement s’entête à imposer ses choix défaitistes à l’université. Il n’en suffisait pas plus pour le SNECS pour conclure et dire que ce gouvernement est un « fossoyeur attitré de la démocratie universitaire » et qu’ « il n’y a pas [et il n’y aura pas] de bon vent pour un capitaine qui ne sait universitaires, n’aient que des préoccupations corporatistes, oubliant qu’ils ont le devoir d’éclairer la société avec leurs lumières en s’invitant dans les débats nationaux pour leur donner sens et légitimité. Mais depuis des années, cette élite semble avoir démissionné, s’éloignant de la société et de ses problèmes. L’on n’est alors que très surpris de voir ce SNECS ne faire cas d’aucun de ces problèmes que traverse le pays à savoir, l’économie de la drogue qui s’enracine dans le pays, la gestion économique cahoteuse, les élections bancales en préparation, les graves injustice, l’impunité, etc. De quoi l’université, pouvaitelle avoir peur pour ne pas inscrire sa lutte dans un combat global et notamment lorsqu’elle parle de démocratie universitaire ?

Ceux-là qui n’ont pas été capable d’assoir la démocratie en saccageant l’équilibre social, en violentant les processus électoraux, en concassant les partis politiques, en piétinant de nombreuses dispositions de la loi fondamentale, en promouvant l’injustice, peuvent-ils avoir du souci pour une démocratie isolée, comme celle, exemplaire après tout, que l’université cultive en son sein depuis quelques années ? Dans une société normale, la lutte d’un autre, lorsque c’est parce qu’on se serait écarté des normes et des lois, reste aussi la lutte de tous. Les Nigériens et les structures qui les rassemblent se sont laissés divisés, et ainsi, le système réussit l’un après l’autre, à les mettre à genoux, aucun ne pouvant faire droit à ses revendications.

C’est pourquoi, avec le recul, le SNECS peut se rendre compte que son combat est difficile car, peut-il ne pas oublier que ce gouvernement qui manque d’argent n’a que faire des arrêts de travail auxquels, du reste, il a montré qu’il est insensible. Les enseignants chercheurs peuvent peut-être se rappeler que c’est quand même le même homme qui supportât plus de cinquante jours de grève pendant qu’il était premier ministre, refusant tout dialogue avec les partenaires sociaux. Et il compte sur l’usure pour voir des grévistes se lasser de leur oisiveté et conséquemment, à les voir se diviser sur la posture à tenir face à l’indifférence d’un gouvernement pendant que le peuple se lasse lui aussi d’une grève qui ne finit pas avec des enfants qui ne vont plus étudier, moralement insoutenable.

Aujourd’hui, le syndicat enseignant patauge dans l’inconfort

Pour avoir démissionné en un moment où, le SNECS comprend qu’il patauge dans une situation difficile ne sachant plus à quel saint se vouer, les enseignants-chercheurs savent qu’il y a urgence à s’organiser et à être vent debout pour faire face aux défis et à l’histoire. Il s’en rend d’autant plus compte qu’il appelle ses militantes et ses militants à se préparer pour la lutte. Mais déjà on peut le rassurer que seul, il ne pourra pas triompher car pour qu’on l’écoute encore faut-il que ceux qui gouvernent aient véritablement une conscience politique de leur rôle dans la gouvernance du pays, ce qui n’est pas évident. Ce qui est certain cependant est que les prochains mois seront très difficiles pour l’université et pour ses enseignants, pour le Niger et pour les Nigériens. Avec cette loi de finances dans laquelle la présidence se taille la grosse part, la taille du lion dira un autre, il y a de bonnes raisons à le croire et à comprendre qu’il y a urgence à se mettre ensemble avec toutes les autres couches sociales pour sauver ce qui reste d’un pays pillé par un socialiste tropical hybride et rapace, aux allures de monstre. C’est d’autant important pour les universitaires nigériens qu’ils doivent comprendre que l’asservissement de ce pays vient aussi de leur complicité pour avoir servi de cadre à ce parti prédateur qui s’est servi de leur naïveté pour gruger le pays. Comme quoi, c’est la main qui a attaché l’hyène qui la détache. Et pour ce, il est une urgence historique pour l’université dans son ensemble et pour les enseignants chercheurs en particulier à comprendre cette urgence qui les met au coeur d’un enjeu historique majeur du pays, pour lutter à fédérer les forces politiques à se mettre en ordre de bataille pour défendre la démocratie, et les UPN qui sont surtout les universités, les seules, auxquelles les enfants des pauvres peuvent avoir accès.

Le corporatisme, dans une situation où tout le monde a un problème sinon des problèmes, a montré ses limites : et l’heure commande de se mettre ensemble. A « mutualiser les efforts » comme aiment à le dire le président Issoufou lui-même, parlant de la lutte contre le terrorisme au Sahel. C’est peut-être le moment de le comprendre ou à jamais !
A.I 

20 octobre 2019
Source : Le Canard en Furie

 

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