Droit de réponse sur l’article / Enquête sur l’extrémisme religieux à l’Université Abdou Moumouni de Niamey : Des prémisses inquiétantes

Droit de réponse sur l’article / Enquête sur l’extrémisme religieux à l’Université Abdou Moumouni de Niamey : Des prémisses inquiétantes Dans votre parution N°583 du jeudi 24 Octobre 2019, vous titriez « Enquête sur l’extrémisme religieux à l’Université Abdou Moumouni de Niamey : des prémisses inquiétantes. » Nous, Association des Etudiants Musulmans du Niger (AEMN), unique structure formellegérant les activités sur le plan islamique, sommes en devoir de réagir à vos propos. Nous ne nous attarderons nisur le caractère insidieux de certains paragraphes, ni sur le niveau de votre analyse, encore moins sur la qualification du journaliste auteur de l’article ou la coïncidence de calendrier de la publication. Espérant que cette réponse sera perçue comme telle, à la mesure de vos thèses et non comme le relent du même intégrisme anti-islamique coulant sous votre plume.

« L’extrémisme (ou jusqu’auboutisme) est un terme utilisé pour qualifier une doctrine ou attitude (politique, religieuse ou idéologique) dont les adeptes refusent toute modération ou toute alternative à ce que leur dicte cette doctrine. »(Wikipedia). Quant à l’intégrisme, il est l’« attitude et [la] disposition de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution » (Le Larousse). Le même dictionnaire, pour votre référence, définit le terrorisme, que vous forcez dans notre institution, comme un « ensemble d’actes de violence (attentats, prises d’otages, etc.) commis par une organisation ou un individu pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système ».

Cette revue du vocabulaire vous permettra d’apprécier la charge, la hargne et l’insulte auxquelles vous vous êtes adonnés à coeur joie à l’endroit de tous ces intellectuels vivant leur foi, dans la sérénité et la fraternité, à l’intérieur des franchises universitaires. Seuls vous, venus de nulle part, avez pu lire des signes d’extrémisme, de radicalisation, d’intégrisme et de terrorisme, tous qualifiés d’islamiques par votre article.

L’exemple de la bourde « Charlie » que vous avez invoquée, ne nous intéresse guère ici. Ces événements de janvier 2015 étaient loin de l’Université Abdou Moumouni (UAM), et les autorités, à l’époque, en connaissaient, mieux que «Le Courrier», les tenants et aboutissants.Vous pourriez néanmoins nous édifier davantage sur les « complicités avérées au sein de la société » et « les germes qui couvent dans les rangs d’une. certaine jeunesse », lorsque vous évoquez l’extrémisme, qui ne serait pas « assumé publiquement ». Nous osons espérer que vous assumez pleinement vos sources n’apparaissant nulle part dans votre texte.

Vos lecteurs vous concèdent que l’UAM« est le creuset de plusieurs cultes religieux » mais sont en droit de s’interroger sur votre propension à opposer islam et christianisme, mosquées et églises sur le territoire de l’Université. Selon vos termes, un sondage ( ?) non sourcé aurait été mené sur un échantillon de 25 étudiants. Nous n’en rions pas, mais ce travail pouvait être plus sérieux s’il a effectivement été conduit comme vous le prétendez. Vous avez eu la prudence de citer plus loin l’INS selon lequel 99% des Nigériens sont musulmans et 1% pour toutes les autres confessions, mais vous faites maladroitement part de « 19 (dix-neuf) qui pratiquent l’islam, 4 (quatre) [qui]s’affirment d’obédience chrétienne, 1 (un)[qui] se dit animiste et 1 (un) autre [qui] se dit traditionaliste » sur les 25 étudiants qui auraient été interrogés. Ensuite, sans nous attarder sur la nouvelle religion que vous avez créée, nous remarquons que vous vous portez à un procès contre (seulement) vos 19 interlocuteurs en affirmant : « Par contre, la mentalité des personnes interrogées surprend à plus d’un titre. Elle est, pour la plupart des cas, porteuse de germes d’extrémisme religieux. »

La déontologie devait vous commander de recueillir les positions et la « mentalité » de la structure estudiantine islamique, reconnue par les autorités de notre pays et répondant au nom de l’ensemble des étudiants musulmans du Niger, ayant son programme d’encadrement, de formation et de sensibilisation et représentée dans toutes les facultés et grandes écoles. Au lieu de cette démarche scientifique, vous auriez procédé à un échantillonnage que ne reconnaîtrait aucun étudiant en 1ère année de Statistique !

« L’école est laïque, mais… » le journal Le Courrier la voit à travers le prisme des éventuels commanditaires de l’article mal à propos et qui n’agréeraient pas la culture dominante chez nos populations (99% tels que rappelés par vous). La définition de la laïcité serait-elle, selon vous, d’avoir le même nombre de lieux de cultes pour 99% de musulmans que pour 1% des autres religions ?Ou tout simplement la fermeture des mosquées que vous insinuez ?

« Quid du caractère laïc de l’école ? On n’en a cure, faisant pratiquement passer l’islam pour une religion d’Etat. »Voilà une autre thèse que vous formulez ! Votre interjection vise-t-elle vos «25 amis» enquêtés ou les rédacteurs de la Constitution de la République du Niger ?

Etant bien dans l’agenda de l’actualité, vous faites aussi référence à la Loi sur l’exercice du culte au Niger en priant pour un éveil des « consciences à la liberté qui doit être laissée à chacun de pratiquer le culte de son choix ». Cet appel est un manque de respect à l’endroit de vos lecteurs après que vous avez déjà reconnu l’UAM comme « le creuset de plusieurs cultes religieux ». Mais l’erreur est humaine, dit-on.

Parlant des associations religieuses, nous aurions voulu vous voir en surface pour nous révéler vos accointances avec le document de la Stratégie Nationale en matière de Cultes, validé au moment où vous mettiez sous presses. A la page 15 de cette Stratégie, les mêmes proportions d’organisations que vous avez indiqués sont attribuées au Ministère de l’Intérieur comme source et non à l’INS que vous avez nommé. Un travail sérieux a été fait sur ce document les 24 et 25 Octobre 2019 derniers, récusant vos propos eschatologiques au sujet de la situation religieuse de notre environnement. Vos trois derniers paragraphes sont plutôt hystériques et allergiques au nombre et à la prédominance des 99% de musulmans. Vous parlez de « restreindre ou encadrer la pratique du culte de la religion dominante (l’islam) » à l’UAM, vous amalgamez équité et laïcité, vous plaidez pour des églises dans les différentes facultés et la fermeture des mosquées… Finalement votre travail journalistique serait tout simplement un combat contre l’Islam et un aveu de malaise face à la compréhension de leur culture par les étudiants, allant jusqu’à y voir l’éventualité de « la montée de l’intégrisme musulman ».Le mot est lâché !

In fine, il n’y a de prémisses inquiétantes que celles d’un journalisme maladroit et inconsistant. Du moins c’est ce que votre article du 24 Octobre dernier nous laisse voir en filigrane lorsque confronté à la réalité du terrain et au vécu des véritables acteurs dans les facultés et les cités de l’Université Abdou Moumouni de Niamey.

Ampliation

Conseil Supérieur de la Communication.

Pour l’Association des Etudiants Musulmans du Niger

Le Président du BEN

Sani Abdourahamane Idrissa

17 novembre 2019
Source : Le Courrier

Imprimer E-mail

Education