jeudi, 22 novembre 2012 04:50

Fait divers : un malade remplace un autre

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Hopital NiameyCela fait trois mois que Douka a accueilli de sa lointaine campagne son frère Awali, venu pour se soigner d’une hernie qui le faisait souffrir depuis des années. Awali a été admis à l’hôpital national et a subi une opération qui a causé de petits soucis. Prévu pour être libéré deux semaines après, Awali est à présent à son troisième mois dans le lit d’hôpital.

Son frère Douka broie du noir. Avec un maigre revenu, il doit non seulement supporter une famille pléthorique de plus de 10 personnes et un malade accompagné de son épouse ; c’était vraiment difficile pour la maigre cagnotte de Douka.

Lundi. Douka est aux anges. Le vendredi il était passé à l’hôpital et les médecins lui ont annoncé que son frère serait libéré le lundi. C’est donc la joie dans l’âme que Douka s’est rendu à son école où il sert comme contractuel pour demander l’autorisation d’aller cueillir son frère à l’hôpital. Le directeur accorde la permission sans broncher.

Douka saute sur sa vieille moto, direction l’hôpital. Chemin faisant, juste au niveau du rond-point Kennedy, il croise une de ses anciennes amies du nom de Fatouma. Il range sa vieille moto sur le trottoir où le rejoint la belle. Là, les souvenirs ressurgissent. On évoque les moments langoureux vécus il y a encore un passé récent. Après trente minutes de causeries, il est 8H30, l’heure du rendezvous avec les médecins.

Douka voulait prendre congé quand Fatouma lui fait une proposition alléchante : celle de montrer à Douka là où elle crèche. Celui qui va à la Mecque et qui croise le prophète va certainement rebrousser chemin.

Dix minutes de course, Douka se retrouve en plein coeur de Lacouroussou, un quartier réputé pour son haut degré de libertinage. Une fois dans la chambre de Fatouma, les vieux réflexes ressurgissent. Ce qui devait arriver se produisit et les deux tourtereaux se jettent sur le lit en bambou. C’était fou, fougueux et au bout d’un instant, le lit en bambou cède : Douka se retrouve coincé dans les traverses du lit, la cheville tordue. Bilan, une fracture ouverte de la cheville.

C’est à quatre pattes que Douka arrive à regagner sa moto. Aidé par Fatouma qui a réussi à démarrer la moto, Douka s’y hisse, passe trois vitesses à la main et s’éloigne, direction hôpital où attend d’être libéré son frère qui commence à s’impatienter. Douka arrive à l’hôpital, glisse deux mots aux gendarmes qui montent la garde à l’entrée et franchit les premiers mètres. A 50 mètres devant lui, il aperçoit son frère et sa femme qui ont finalement pu remplir les formalités. Douka accélère la moto et se laisse atterrir en plein dans un des trous qui sert d’égout. La moto se retrouve coincée dans le trou. Les passants qui ont assisté à la scène accourent. On retire Douka, le pied fracassé. Son frère Awali et sa femme arrive à son chevet. Ils le reconnaissent et ils le font admettre à la salle d’urgence.

Trente minutes plus tard, Douka ressort sur une chaise roulante, direction la chambre occupée par son frère. Il retrouve le même lit laissé par son frère et s’y installe. Il en a au moins pour deux semaines. Qui a dit qu’on ne peut pas hériter de son frère ?

DIALLO 

21 novembre 2012
publié le 20 novembre 2012
Source : Le Monde d'Aujourd'hui