mardi, 04 décembre 2012 22:13

Fait divers. l’âne maudit séropositif !

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Ane NigerNous avons hésité à vous servir ce fait divers, tellement il nous a paru invraisemblable au départ. Mais à la faveur de la journée mondiale de lutte contre les IST/ VIH/SIDA qui a été célébrée le 1er décembre dernier, nous avons jugé utile de partager avec vous cet épisode qui vient montrer une fois de plus jusqu’où la lutte la stigmatisation reste un combat permanent. L’histoire se passe dans un village perdu du nord Nigeria.

 

Dans la plupart des régions du Nigeria voisin, on brûle à vif un voleur dès lors qu’il est pris la main dans le sac. Ça se passe ainsi au Nigeria, partout sauf désormais dans la bourgade de ARABA. Pour cause, un habitant très écouté de ce village a trouvé une astuce ingénieuse, une punition à la taille du forfait.

Ce dimanche matin, j’étais assis à la devanture du domicile de mon cousin chez qui je me suis rendu pour passer les vacances. Un brouhaha s’élevait à travers les rues du village. Je n’étais point surpris car depuis que j’étais arrivé à ARABA, les choses se passaient pour moi à l’envers. Certes, on a toujours claironné que le Niger et le Nigeria se ressemblaient fort bien dans bien d’aspects. Mais, je vous assure que le Jaguajagua (pagaille) du Nigeria n’a cours dans aucun pays au monde. Soit.

Malgré tout, le tumulte qui allait grandissant attisa ma curiosité. Je me levai et rejoignis le groupe qui grossissait. Au bon milieu du groupe, un jeune homme mal habillé était assis sur un âne. Tout autour, des insultes pleuvaient sur lui. On scandait : « barawo ! barawo ! » ; Un voleur ! Immédiatement, je fis le recoupement dans ma tête. Ainsi donc, on a cette fois ci affaire à un voleur d’âne. Et, comme à l’accoutumée, on doit le faire promener dans le village avant de regagner le côté Est, là-bas où se trouvait l’horrible espace où on brûlait vif les voleurs. Je me mis dans le cortège pour satisfaire ma curiosité (Ou peut être mon sadisme) de voir un homme brûlé vif. Pourrais-je assister à un tel drame ? L’instinct me poussait et je marchais fermement dans le groupe devenu immense et bouillonnant comme pas possible.

Soudain, le terrain apparut devant nous. Je fus frappé par la propreté de l’endroit ; cet endroit crématoire qui normalement devait laisser voir des taches et des odeurs significatives qui, à présent présentait un aspect presque reluisant. Le sable est fin et aucune trace de souillure. Je n’étais pas revenu de ma surprise quand je vis le groupe s’arrêter net à cet endroit. Chacun s’accroupit et je fis autant. Un homme d’un âge respectable se mit au milieu du cercle. Il prononça une fatiyah et s’adressa à la foule en ces termes : « Haraka est un jeune arrivé dans notre village il y trois mois de cela. Au lieu de se livrer à des activités orthodoxes, il a choisi de devenir un voleur. Il a été pris la main dans le sac dans la boutique de Garba. Il a eu la sanction qu’il mérite car il vient de faire le tour du village sur l’âne maudit. Qu’il descende de l’âne et dispersons nous. » Tel fut fait. Le jeune homme descendit de l’âne et tout le groupe s’ébranla en direction du village. Je ne comprenais absolument rien à tout ce qui se passait mais je me gardai de poser de questions au risque d’être soupçonné de complicité avec le voleur. Une fois à la maison, je m’empressai de demander à mon cousin la signification du rituel auquel j’ai assisté. Il me répondit en ces termes : « Cet âne appartenait à Ambouka qui est mort du sida il y a un an. Un cousin du chef du village qui a été en ville a rapporté que tout celui qui monte sur cet âne attrape indiscutablement le sida. Voilà pourquoi nous ne brûlons plus les voleurs mais nous les faisons monter sur l’âne. Et à l’heure actuelle tous ceux qui sont montés sur cet âne sont morts de sida ». Je n’en croyais pas mes oreilles. Mais que voulez-vous ; au Nigeria, tout est possible. »

BIZO

04 décembre 2012
publié le 03 décembre 2012
source : Canard Déchaîné

Dernière modification le mercredi, 05 décembre 2012 04:51