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vendredi, 21 décembre 2012 01:10

Fait divers /Ces bébés que l’on répugne : la faute à qui ?

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Docteur NigerQuand à 11 ans, elle a choisi de quitter Torodi pour Niamey, Fatiya n’a consulté ni ses parents ni aucun de ses proches. D’ailleurs, à qui se confier dans cet environnement familial où tous se sont accordés les violons pour la déconnecter de l’école et la proposer en mariage à son cousin Modibo, un jeune marabout qui, parait-il, excelle dans la lecture du saint coran.

Juste cause pour cette famille qui a produit une dizaine de marabouts et qui reste accrochée aux valeurs islamiques. Etait-ce alors une erreur d’avoir envoyé Fatiya à l’école ? Non ; c’était sous la pression de Garba, un oncle à Fatiya qui vivait à Accra et qui était présent cette année-là au moment des inscriptions scolaires. Depuis, Fatiya a fait preuve d’une intelligence remarquable qui l’a amenée à décrocher son CFEPD avec brio. Avec 15,37 de moyenne au premier semestre, c’était parti pour un avenir des plus radieux. Mais non ! C’était sans compter avec les visées de Modibo, appuyé par tout l’entourage familial de Fatiya ; on ne saurait refuser une femme à un jeune marabout comme Modibo. Fatiya allait devenir sa 3ème épouse.

 

Trois ans à Niamey. Fatiya vit chez Kouboura, une magagiya qui l’a accueillie à son arrivée. Au tout début, Fatiya aidait magagiya kouboura à préparer le repas qu’elle vendait le soir aux alentours d’un bar. Kouboura veillait sur la petite, écartant d’un revers de main toutes les avances des mâles voraces et inconséquents tournés vers la chair fraîche. « C’est ma petite-fille ; elle vient du village ; elle ne connaît rien de vos conneries des gens de la ville » ; c’était ainsi que Kouboura chassait les hommes indélicats qui rodaient autour de la petite innocente.

Une nuit pourtant, à peine l’a-t-on débarrassée de la tasse de touwo qu’elle a déposée à la devanture du bar, kouboura la renvoie à la maison pour raccompagner un homme qu’elle lui a présenté comme étant son frère venu du village. L’homme est d’un certain âge et Fatiya ne pouvait rien imaginer de mauvais qui puisse lui arriver car, de tous les temps, Kouboura lui a témoigné une affection sans faille, digne d’une mère, plus que celle de sa propre mère qui a voulu la jeter dans la gueule du loup à travers un mariage forcé. Mine de rien, Fatiya arrive à la maison et installe l’homme qui, curieusement ne porte aucun bagage. Fatiya s’apprête à rejoindre sa protectrice quand l’homme l’a rappelle. Il l’a fait asseoir sur ses genoux et commence à lui palper le corps. Fatiya proteste mais l’homme menace de parler mal de la fille à Kouboura. Ainsi, les larmes aux yeux, elle digère toutes sortes d’humiliations. Une fois ses caprices satisfaits, l’homme s’éclipse et demande à Fatiya de rejoindre Kouboura. Toujours en larmes, Fatiya rejoint kouboura: « Tais-toi imbécile ! ». Cette réaction de Kouboura assomme Fatiya. Jamais sa protectrice ne lui a parlé sur un ton pareil. Pour ne pas davantage compliquer la situation, Fatiya choisit de se taire et de s’atteler au lavage des tasses qui ont servi aux clients. De retour à la maison, Kouboura s’enferme dans sa chambre sans dire mot à Fatiya. Le lendemain, quand l’homme se présente à nouveau et que Kouboura répète les mêmes consignes à Fatiya, celle-ci comprit alors que sa protectrice est bien complice de la nouvelle situation. Le même manège se reproduit. Et c’est bientôt la routine, une manoeuvre dans laquelle tantôt Fatiya en ressort meurtrie, tantôt un tantinet satisfaite des vices de l’homme.

Fatiya ne comprend plus rien ce qui lui arrive. Elle a 14 ans et déjà, elle est marquée par les stigmates de la vie ; une vie qui se résume à kouboura, une femme qui a fini par faire preuve d’une immoralité sans commune mesure. Fatiya a fini par se résoudre, arrivant à la conviction que si ses propres parents ont failli sévir sur elle, pourquoi une personne tierce la protégerait elle ? Aussi s’était-elle résolue à prendre son destin en main. Quel destin ? Une grossesse qu’elle traîne depuis huit mois. Kouboura l‘a confinée au fond de la maison, ne la laissant plus traîner dehors. Kouboura a tout essayé pour faire disparaître cette grossesse. En vain. A chaque fois, Fatiya s’en est tirée avec des douleurs atroces sans résultats concrets.

Rien, absolument rien ne se serait su de cette mésaventure sans cette trouvaille macabre sur le tas d’immondices qui longe la maison de Kouboura : un jeune bébé, de sexe masculin, jeté dans les décombres après qu’on lui ait ôté la vie en l’étranglant.

Kouboura et Fatiya, toutes les deux ont concouru à reconstituer les faits de cette mésaventure. Trois ans qu’elles croupissent en prison.

BIZO 

20  décembre 2012
publié le 17 décembre 2012
source :
Canard Déchaîné

Dernière modification le dimanche, 23 décembre 2012 03:38