samedi, 12 janvier 2013 05:32

Fait divers : son mari est un escroc

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Il est apparu à Niamey principalement une catégorie d’individus qui vivent d’on ne sait exactement quel métier. On les voit toujours tirés à quatre épingles, propres et très bien habillés, endimanchés, errant au gré du hasard. On les retrouve partout et nulle part, attendant le moment propice pour frapper. Ils ne ratent jamais leur cible car, ils savent la choisir.

Et, ils sont irrésistibles. A Abidjan on les appelle les cocos et ici à Niamey ce sont des escrocs modernes.

A Dungass, une bourgade de Zinder, personne n’a revu Tamilo depuis bientôt 15 ans ; depuis l’année où il a été exclu en classe de 4ème. On l’a annoncé à Zinder, puis à Niamey. Personne ne sait qu’il a effectué un séjour infructueux de quatre ans à Lomé au Togo où il a travaillé comme Docker sur le port. Personne ne savait ce qu’il est devenu en réalité si ce n’est ce mois de novembre où il est revenu au village pour chercher… une femme. Eh oui, depuis ce temps qu’il a passé loin des siens, Tamilo ne s’est pas marié. Mais cette fois ci, il s’est bien décidé et il a choisi de revenir à son village de Dungass pour la prendre. Arrivé avec deux grosses mallettes qui ont fait le tour du village, habillé en costume et cravate et tenant un poste radio déversant un flot de musique derrière lui, Tamilo n’a pas eu de peine à accrocher une jeune fille éprise de lui. D’ailleurs, il a même eu l’embarras du choix face à la ruée des jeunes filles vers lui. Finalement, son choix s’est porté sur Chafaatou, la fille de l’imam du village. Une semaine a suffi à Tamilo pour convaincre tout le village. Le mariage fut célébré avec grandes pompes. A la fin de la 2ème semaine, Tamilo et sa femme regagnent Niamey, là où Tamilo travaille comme directeur dans une société.

A Niamey, Chafaatou dû faire face à une grande surprise dès son arrivée au domicile conjugal. Tamilo vit dans un célibatérium en compagnie de quatre autres familles ; l’endroit est trop exigu et très insalubre pour un directeur de société. Néanmoins, en fille bien éduquée, elle ne dit rien.

Un mois plus tard, elle reçut son père au téléphone. Il lui souhaita le bonheur et pour terminer, il demanda à sa fille de lui faire un mandat de 20 mille. Après avoir hésité, Chafaatou finit par demander cette somme à son mari. Tamilo entra dans tous ses états faisant comprendre à la jeune femme qui Niamey n’est pas Dungass. Seconde surprise : comment un directeur de société peut-il refuser 20 mille à sa jeune épouse ? Le même jour, aux environs de 11 heures, un riche El Hadj se présenta chez Chafaatou pour demander d’après Tamilo. Elle fit comprendre à El Hadj que son mari est parti au travail. Avec un sourire en coin, El Hadj lui répondit : « Ah ; Tamilo a enfin trouvé du travail ? J’espère qu’il me paiera mes arriérés de loyer cette fois ci ». Sur ce, El Hadj s’en alla, laissant Chafaatou pantoise.

Le soir, au retour de Tamilo, Chafaatou lui relata le passage d’el Hadj, prenant soin de lui cacher les dernières observations. Tamilo se plaignit de ses El Hadj qui viennent le déranger au bureau pour leur accorder des marchés. Chafaatou ne dit rien, sauf qu’elle concocta un plan dans sa tête.

Le matin de bonne heure, elle laissa Tamilo s’éloigner pour lui emboîter le pas. Elle voulait savoir au juste quel travail faisait son mari. Elle hésita quand elle le vit entrer dans un …bar. Elle, une fille d’un imam, entrer dans un bar… Néanmoins, elle fit un détour par lequel elle entra subrepticement dans le bistrot. Elle prit soin de bien descendre son hijab qui lui masquait bien le visage. Elle aperçut son mari assis à une table en compagnie d’une personne richement habillée. Comme il lui faisait dos, Tamilo ne s’aperçut pas de sa présence quand elle avança pour se planter à quelques mètres de lui, où elle pouvait bien suivre la conversation des deux hommes. Tamilo parlait à l’homme avec une voix enrouée, presque en larmes : « monsieur, j’ai perdu mon emploi il y a deux ; je travaillais dans une société allemande qui vient de fermer à Gao au Mali ; je suis arrivé avec ma femme et mes quatre enfants ; je n’ai pas d’abri et je n’ai rien pour nourrir ma famille. Et hier on vient de m’annoncer que mon père est mort… »

C’en est de trop pour les oreilles de Chafaatou. Elle rebrousse chemin et sort précipitamment du bar. Elle se dirigea vers un télécentre et fit composer le numéro de son père. En sanglotant, elle résuma la situation.

Il était 22 heures quand Tamilo rentre chez lui. La femme du voisin lui fit savoir que Chafaatou s’en est retournée à Zinder. Il fit la moue et lança : « je savais que sa famille voulait juste m’escroquer ».

Madougouizé 

11 janvier 2013
publié le 09 janvier 2013
source :
Le Monde d'Aujourd'hui 

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