dimanche, 03 février 2013 06:41

Fait divers : 20 ans sans père

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Après avoir gardé le silence pendant 20 ans, Mariam s’est finalement décidée à parler à son fils Ibrahim. Le jeune garçon sait maintenant qu’il a un père et il se décide à se présenter à lui. « Hé MC, dans ma boutique il n’y a ni pantalon bouffant ni chaîne ; moins encore de débardeur ! Sors de ma boutique et va voir ailleurs ! » ; Tels sont les mots durs qu’El Hadj Garba crache sur le jeune homme à l’air effronté qui rôde autour de sa boutique depuis une demiheure.

Le jeune homme s’approche de Garba assis majestueusement dans un imposant fauteuil. Il lui adresse un bonjour auquel Garba répond par un hochement de tête avant de répéter : « Je t’ai dit qu’il n’y a rien à ta convenance dans ma boutique ; que veuxtu au fait ? ». Ibrahim garde tout son calme et se met à dévisager l’homme un court instant avant de lui répondre : « Je ne suis pas venu acheter quelque chose ; je suis juste venu te parler. ». Sur ce, El Hadj Garba jette un regard autour de lui et demande au jeune homme de se rapprocher. Il se pourrait que ce jeune homme ait été envoyé par une de ces jeunes filles dont El Hadj Garba en raffole. En réalité, malgré qu’il soit allé à la Mecque par deux fois, El Hadj Garba ne s’est toujours pas assagi. Il reste un sacré coureur de jupons. Sa spécialité, les jeunes filles de 17 à 2O ans, dans la fleur de l’âge.

 

Après s’être assuré qu’ils ne sont pas observés, El Hadj Garba demande au jeune homme de parler. Ibrahim s’adresse à lui en ces termes : « C’est Mariam qui m’envoie ». Un sourire radieux se dessine sur le visage d’El Hadj Garba. Il ne s’est pas trompé ; c’est un coup sûr. Il renchérit : « Et elle t’a dit quoi ? ». Ibrahim hésite un instant, baisse la tête mais réussit à bredouiller : « Elle m’a dit que tu es mon père ». El Hadj Garba ne peut s’empêcher d’éclater de rire. Il dévisage le jeune homme qui garde toujours la tête baissée. Un temps, entre deux rires, El Hadj Garba dit : « Hé petit, je ne vois pas qui est cette Mariam mais laisse-moi te dire que mes enfants, je les connais tous et ils habitent sous mon toit… ». Ibrahim fixe El Hadj Garba dans les yeux et lui dit : « Tu es mon père, c’est ma mère qui me l’a dit ». EL Hadj Garba commence à perdre de sa contenance : « Hé petit, c’est vrai que je peux être ton père car j’ai des enfants de ton âge, mais… ». Ibrahim ne le laisse pas terminer : « Tu es mon père et si tu doutes, ma mère m’a dit qu’elle va te convoquer au commissariat pour te le faire comprendre ! ». Dans un excès de colère, El Hadj Garba lâche : « Je ne connais pas ta mère et je m’en fous d’elle ! ». Toujours calme, Ibrahim revient à la charge : « Tu ne la connaissais pas mais tu l’as connu il y a 20 ans de cela, au moment où elle était une jeune fille en classe de 4ème au collège. ». Soudain, le visage d’El Hadj Garba s’assombrit. Il se met à réfléchir. Puis : « Ecoute petit, tu ne trouves pas que ta mère a trop attendu avant de se manifester ? Dans tous les cas, je ne connais aucune fille de ce nom. Ecoute, ta mère a peut-être des problèmes qu’elle a du mal à résoudre. Je vais te donner 300 mille tu vas lui amener et je ne veux plus entendre parler de cette histoire. ». Ibrahim devient de plus en plus amer : « C’est justement la même proposition que tu lui as faite quand elle était tombée en grossesse pour se débarrasser de moi mais elle a ne l’a pas fait ; et je suis là, je suis ton fils ». El Hadj Garba se met à transpirer de tout son corps. Sa calvitie brillait d’un éclat indescriptible. Il demande : « Petit, qui est en réalité ta mère ? Elle t’a dit quoi à mon propos ?». Ibrahim est au bord de sa colère. Il lâche : « Je ne peux rien te dire. Je m’en vais ». A peine Ibrahim a-t-il fait deux pas qu’il est rattrapé par El Hadj Garba. Il se met à le supplier sans succès. Ibrahim s’éclipse.

Le lendemain matin vers dix heures, Ibrahim se pointe chez Garba. Il le trouve assis dans son fauteuil à la devanture de sa boutique, la tête entre les mains. Il arrive à son chevet sans qu’il ne s’en aperçoive. Il adresse un Sallamou Alleykoum qui surprend El Hadj Garba qui sursaute. Il répond au salut et dit : « eh… petit, fiston, tu es revenu ? ». Ibrahim répond sèchement : « Oui ! Je suis revenu mais avec une convocation ! ». El Hadj Garba est déboussolé. Il se met à parler à tort et à travers. Il se calme un temps et dit au petit : « S’il te plait fiston, calme-toi, et ais pitié de moi. Que vont penser les gens quand ils vont savoir que j’ai conçu un enfant hors mariage il y a 20 ans. C’est vrai que j’ai connu une fille au nom de Mariam mais je ne me souviens pas avoir eu un enfant avec elle. ». Ibrahim réagit : « Tu as reconnu la grossesse et tu lui as donné de l’argent pour qu’elle avorte, ce qu’elle n’a pas fait. C’est bien toi Garba Douka non ? ». Subitement, El Hadj Garba éclate de rire. Il riait aux éclats, se tordait de rire. Les voisins alertés se rapprochent. El Hadj Garba se calme et dit aux curieux qui se sont approchés : « Dites au petit que je ne suis pas Garba Douka ; moi c’est El Hadj Garba Maidoka. Petit, tu vois la boutique fermée là-bas, c’est celle de Garba Douka. Il est décédé la semaine dernière ». Tous approuvent.

Madougouizé 

3  février 2013
publié le 30 janvier 2013
Source :Le Monde d'Aujourd'hui

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Dernière modification le dimanche, 03 février 2013 09:06