mardi, 05 février 2013 17:25

Fait divers : il plaide pour l’exclusion de sa fille de l’école

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Rassurez-vous, ce n’est pas un de ceuxlà qui jugent que « boko haram », autrement dit l’école serait indécente selon les prescriptions musulmanes. C’est un type normal, de surcroît un de ceux-là qui regrettent leur non fréquentation de l’école.

Bouba est un humble planton dans un ministère de la place et, toute sa vie, il n’a cessé de fulminer contre les intellectuels qui l’utilisent comme bon leur semblent. Comme agent auxiliaire de l’administration, Bouba est soumis à toutes les corvées. Il abat les taches du bureau qui consistent à un éternel va et vient pour expédier ou réceptionner le courrier, mais aussi il doit assurer les courses particulières des patrons : un enfant à déposer à l’école ; une capricieuse dame à déposer à une cérémonie ; des emplettes à faire pour la famille du patron. Dieu seul sait la mesure du calvaire que vit Bouba. « Si j’avais été à l’école… », ne cesse-t-il de proférer à chaque fois qu’il est blessé dans son amour propre par un patron indélicat ou zélé.

Et pourtant, comme le dit le chanteur, c’est ce malheureux planton qui a passé sa vie à regretter son analphabétisme qui est aujourd’hui en train de faire des pieds et des mains pour que sa fille soit renvoyée de l’école. Pourquoi ?

Au CEG Kwara banda, c’est la énième visite de Bouba que l’on vient d’enregistrer. En parent apparemment responsable, il passe régulièrement à l’école pour s’enquérir du travail de sa fille Djamma. A chaque fois, les informations étaient les mêmes : « c’est une fille qui, quand elle est en classe, elle donne le meilleur d’elle-même. Aux devoirs, elle est toujours proche de la moyenne. Sauf qu’elle s’absente trop souvent. Faites un effort pour l’encourager à réviser ses leçons et à être un peu plus assidue à l’école » ; tels sont les sages conseils que le directeur de l’établissement a toujours donnés à mallam Bouba. Et mallam Bouba de renchérir toujours : « inchAllahou ». Mardi matin, il était 11 heures. Premier jour des compositions au CEG Kwara banda. La première épreuve de rédaction était déjà terminée. Les élèves commençaient déjà à rendre les copies de la seconde épreuve, celle de grammaire orthographe. A ce moment précis, Bouba fit une entrée tonitruante dans le collège. Après avoir salué les rares professeurs qui n’étaient pas en classe, il demanda à voir le directeur. Ce dernier était en train de faire le tour de l’école pour enregistrer les éventuels absents. Il avait déjà remarqué l’absence de la fille de Bouba. Aussi, apercevant Bouba vers la direction, le directeur arrêta-t-il sa ronde et se dirigea vers lui. « Votre enfant a raté la première épreuve et elle n’est toujours pas arrivée pour la seconde. Qu’est ce qui se passe ? ». Bouba semblait sidéré par les informations données par le directeur. Il se mit à bredouiller, affichant une gêne qu’il a du mal à contenir. Il dit : « cette fille ne veut pas de l’école ; faites tout pour la renvoyer je vais l’envoyer au village. »

Au même moment, le directeur aperçut une femme qui s’agitait avec le surveillant. Sans savoir pourquoi, Bouba promit au directeur de retourner à la maison pour s’informer de ce qui se passait. Il s’éclipsa tel l’éclair et le directeur rejoignit le surveillant et la dame. Le surveillant expliqua : « cette dame est venue se plaindre de son mari ; elle dit même qu’elle vient de vous apercevoir ensemble avec lui ». Le directeur fit de grands yeux et demanda à la dame : « c’est bien votre mari qui était avec moi ? Pourquoi vous vous plaignez de lui ? ». La dame, indignée comme pas possible se mit à expliquer : « cet homme n’est pas sérieux ; je ne sais pas pourquoi il vient ici au nom de notre fille. Il l’a envoyée au village ce matin alors même qu’elle l’a informé qu’elle a une composition ».

Le directeur ne s’en revenait pas. Comment cet homme qui vient régulièrement s’enquérir du travail de sa fille peut-il agir ainsi ? Décidément, il y a anguille sous roche. Le directeur voulut en savoir plus et la dame lui expliqua : « Il a mangé la dot de cette fille et il veut la retirer de l’école pour la donner en mariage ».Echec et mat. Ainsi donc, les visites de Bouba à l’école n’étaient rien d’autres qu’un camouflet. On apprit que mêmes ses absences répétées étaient dues aux nombreux travaux dont Bouba l’accablait à la maison.

BIZO 

05 février 2013
publié le 04 février 2013
Source : Canard Déchaîné